‹ Les PaysBas au 16. siecle Le comte d'Egmont et le comte de Hornes 15221568Chapitre 88 sur 180 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

de Bruxelles et déclarèrent au magistrat que, la régente demeurant sur leur parole, il ne fallait rien négliger pour que l’ordre fût maintenu dans la ville (1).

Le conseil d'Ëtat, l’étant réuni dans la journée, reçut communication de la dépêche qui contenait les dernières résolutions de Philippe II. Les membres qui, en général, opinaient comme Viglius, c’est à dire Berlaymont, Arenberg, Hachicourt et d'autres voulaient que l'on se conformât aussi étroitement que possible à cette dépêche du 31 juillet. Mais tel n’était point le sentiment du parti opposé. Le comte d’Egmont opina le premier et contredit vivement Viglius. « Si le roi, dit-il en « substance, eut connu les conjonctures présentes, il eût pris « une autre résolution. En tout cas, s’il se fût décidé plus tôt, « mieux eût valu. Certainement il a fait plus qu’on ne pourrait « dire; mais h un nouveau mal, comme à présent, il faut un « remède nouveau. La décision royale ne pouvant contenter « ni la noblesse ni le peuple, il semble que la régente, ayant « égard aux conjonctures , devrait ne pas se renfermer strie- « tement dans les ordres du roi, mais sortir de ces limites « étroites. Il ne convenait donc pas de communiquer la résolu- « tion du roi aux confédérés; il fallait au contraire la tenir « secrète et annoncer simplement que l’Inquisition était abolie, « sans même ajouter : sauf F autorité épiscopale; il fallait annon- « cer en outre l’abolition des placards jusqu'à ce qu’il y fût « remédié par le roi. » Toutefois le comte d’Egmont n’était pas d’avis d’introduire l’anarchie en matière de cultes, de vivre, comme il disait, sans loi et en confusion ; mais il fallait établir un ordre politique qu’on pût observer, et il se réservait d’exprimer une autre fois son avis sur ce sujet. La régente avait vivement exhorté les seigneurs à prendre les armes pour réprimer et châtier l’impiété des sectaires. Le comte d’Egmont ne s’y refusait pas d’une manière absolue : cependant il ne voulait

(1) La duchesse de Parme au Roi, Î7 août 1566. (Correspondance de Philippe U, t. I", p. 15Î.) — Le comte de Ilorncs au seigneur de Montigny, son frère, 10 octobre 156$ (Déduction de l'innocence, etc., p. 376 cl suiv.). — J. de Wesenbeek, Description de l'estât, etc.

point qu’on employât des troupes étrangères; il demandait que chaque gouverneur prit les armes en son gouvernement. Il demandait en outre que l’on observât la paix de religion, telle qu’elle était en vigueur dans l’Empire ; quq l’on défendît à tous les étrangers de porter des armes, que les transgresseurs fussent déclarés ennemis et les prêcheurs étrangers interdits. Le prince d’Orangc, qui avait mis son avis par écrit, parla dans un sens analogue. Le comte de Homes se référa à ce qu’avait dit le comte d’Egmont et le prince. Il ajouta « qu'il fallait remontrer « aux confédérés de participer à la répression des violences et « commander à tous les chevaliers de l’Ordre de faire de même ; « qu’il fallait envoyer dans chaque ville l'un d'eux pour faire « poser les armes et prévenir de nouveaux excès ; qu’il fallait « prendre les armes à cette (in seulement et non pour cmpê- « cher les prêches. » Comme le comte d’Egmont, il désirait que des mesures spéciales et temporaires fussent adoptées pour régler ce qui se rapportait aux prédications (1).

La régente avait vainement cherché â influencer le comte d’Egmont afin qu’il se soumît aux derniers ordres du roi; tous ses efforts avaient échoué. Elle avoua elle-même ces vaines tentatives dans sa correspondance secrète avec Philippe II. « Malgré tous les moyens de persuasion auxquels elle avait eu « recours, elle n’avait pu amener le comte d’Egmont, disait-elle, « à donner son assentiment aux résolutions prises par le roi « en ce qui concernait l'Inquisition, la modération des placards « et le pardon général, ni à consentir à l’emploi de la force « contre les sectaires. Elle avait eu beau lui rappeler ses pro- « messes, si souveut laites, de prendre les armes pour le ser- « vice de Dieu et du roi, au cas que les trois points fussent « accordés; il avait répondu que les temps étaient changés, « que les résolutions du roi étaient venues trop tard. Elle lui « avait encore représenté vainement que, en supposant que le « roi voulût admettre deux religions (ce qu’elle ne pouvait « croire), elle ne voulait pas, elle, être l'exécutrice d’une sem- « blable détermination ; qu’elle se laisserait plutôt mettre en

(1) Jfotutes du conseil dÉlat (séance du ÎS août).

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