CHAPITRE IX
Le 30 août, étant arrivé près de Grammont, il chargea avec son escorte une bande de briseurs d’images, en tua douze sur la place et en emmena trente comme prisonniers; le lendemain vingt-deux de ces derniers, parmi lesquels un prédicant, furent attachés au gibet et les autres battus de verges (1).
Lorsqu'il fut entré dans Audenarde, le 1" septembre, Beckerzcel produisit une lettre du comte d’Egmont qui le chargeait de s'aboucher avec les chefs du consistoire pour faire restituer aux catholiques les églises dont leurs adversaires s’étaient emparés (2). 11 s’acquitta habilement de cette mission, gagna par son affabilité la confiance du magistrat de la ville, dont il était auparavant inconnu, et ménagea également les réformés dont l’exaspération pouvait encore être redoutable. Il assurait d’ailleurs lui-même qu’il avait trouvé un grand nombre de gens fort intimidés par la défaite des sectaires de Grammont et mieux disposés h accepter l'accord ; sans l’énergie qu’il venait de montrer, sa négociation n’aurait pas eu, prétendait-il, un aussi bon succès et n’eut pas été si fructueuse pour le bien public (3). Le 4, une transaction fut acceptée de part et d’autre. Elle stipu-
(1) Histoire des Pays-Bas, parEm. de Meteren, fol. 46. — Procès du comte (PEgmont, p. 49. — Mémoire justificatif du magistral d' Audenarde, p. 49. — Renon de France, MS. I" partie, cliap. 33‘. Cet annaliste catholique assure que ce fut une exécution exemplaire pour deux motifs. « Le premier que Berkerzcel avoit été du nombre des confédérés. Le second qu'il lit ceci par forme de justice et pour l'exécution de l'accord des confédérés du 43 août, & cause que le prédicant s’avançoit de prêcher ès lieux non permis, ou tolérés, cl que le peuple fut trouvé saisi d'armes... »
(4) Dans cette lettre datée du 47 août 1366, le comte d'Egmont disait au magistral d'Audcnarde : « ... J’envoie celle part le seigneur de Bacqucrzcele
• mien conseiller pour parler avec les principaulx sectaires dudit lieu et < traicter avec eux, affln de les faire sortir des églises, où j'entends qu'ils
• preschent, à mon grand regret, et que les curez y puissent paisiblement « faire le service divin, comme du passé, conforme à la résolution prinse « par S. A., comme vous pourrez voir par l'escript (le Itérés), que je vous « envoyé ci-joinct... « Mémoire justificatif du magistral d'Audcnarde, p. 4H.
(3) C’est ce que Beckerzeel ailirme dans une lettre qu’il écrivit au magistrat de Gand le 4 septembre. Rapport du magistrat de Gand, pièces justif., p. 419.
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LF. COMTE d’eGMONT ET LE COMTE DE HORNES.
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lait que les catlioliques et les protestants observeraient dorénavant tous les points compris dans le dernier traité conclu avec les nobles et les gentilshommes confédérés. Les catholiques ne seraient plus troublés en aucune façon. Les religionnaires déposeraient leurs armes entre les mains des chefs du consistoire, qui les garderaient et en rendraient compte tant au peuple qu’aux officiers et magistrats de la ville; les catholiques devaient également désarmer. Les prêches ne se feraient plus dans la ville ni même dans les églises du dehors consacrés au culte catholique, 5 condition que l’on désignerait hors des murs un endroit où lçs religionnaires pourraient tenir leurs assemblées et même élever une « grange » pour se mettre à couvert. Tout exercice de la nouvelle religion devait donc cesser dans la ville ; les religionnaires pourraient toutefois enterrer leurs morts dans l’intérieur, mais avec la plus grande modestie, secrètement, sans assemblée ni chant des psaumes. On éviterait enfin tout ce qui pourrait blesser le magistrat ou troubler la tranquillité publique. Les religionnaires cessèrent en effet de tenir leurs réunions dans la ville, et le culte catholique fut rétabli dans toutes les églises, cloîtres et chapelles. Pour témoigner sa gratitude au négociateur, le collège des échevins d’Audenarde lui offrit un banquet le 8 septembre (1).
Les religionnaires d’Anvers et de Tournai, plus puissants que ceux de la Flandre, obtinrent du prince d’Orange et. du comte de Hornes des concessions qui, sur un point important, différaient de l’accord d'Audenarde.
Dès le 26 août, le prince s’était rendu à Anvers, chargé par la régente d’obtenir la soumission des sectaires, conformément à la convention conclue avec les confédérés. Le 28, le magistral fit pendre et étrangler sur le marché, en présence du prince, trois briseurs d’images. En outre, une ordonnance défendit, sous peine de mort, de troubler l’exercice du culte ancien, et Guillaume de Nassau fit restituer aux catholiques les églises dont leurs adversaires s’étaient emparés. Mais, après avoir prescrit ces restitutions, il transigea avec les partisans de la
(I) Mémoire justificatif du magistrat d'Audenarde, p. 47 et 50.