Chapitre VIII. — Sciences et lettres. — Beaux-arts
J 1 . L’Académie do Belgique. — La Bibliothèque
de Bourgogne et les .Vrchives 214
3 2. Sciences et belles-lettres 220
3 3. Beaux-arts.
a. Peinture 229
h. Sculpture 231
c. Architecture 232
(/. Crravure »
t. La Musique. — Le Théâtre 233
PafTP- .
CImpitre IX. — L’Ai-mée 235
ArPENDiCK. — Maum et caractère. — La vie matérieUe.
§ I . (’aractère et mœurs 239
§ 2. La vie matérielle 242
CflNCLUSION 246
Annexes 249
1 H 1 i 1 il U J
Av nontbrv drx qvcstiiiiis que la vinsse des Mires île l’ Académie /In jak de lieliiique ariiil mises an concmtrs pour 1872, s'en Irnvrnit une ainsi conrue :
“ Apprdeior lo ri‘gno do Marie-Tlidrèso aux Pays-Bas. »
L' Aendémie reçut en réponse à eette question un premier mémoire rédipé en f ranrais et un second mémoire cnjlamaud.
IjCs trois acnddmieirns chanjés de juger le roncours furent en complet dissentiment. AI. le baron Keregn de Lttcnhore. et Al. le chanoine de. Smet projjoscrent d'accorder le prix au second mémoire ; AI. Wauters denuinda que l'on couronnât le premier.
Voici in oxtonso les rapports des commissaires du concours: {\)
(1) Ouilrlin dr CArmirmir. 2“*'’ 8crit% tome XXXIII, n" 5, mai 1872.
DE M. LE BARON KERYYN DE LETTENHuYE.
« Un mois ne s’était nas éroiilé depuis Ja mort de Marie-Tliérèse, lorsque sous les voûtes de Sainte-tîudule, en présence d'une foule profondément émue, son oraison funèlire fut prononcée le 2d déeemlire 17is0. li'orafour sacre chargé do lui rendre ce dernier hommage était l’un des ]>remiers memhres de notre Compagnie, l’aid é ilo Nélis, et il no manqua point, en énumérant les titres de rim|)ératrice à la reconnaissance ])uldique, de rapiuder la création do l’Académie : « L’Europe, disait-il, » l'a vue encourager les lettres et les arts par des étaldissements utiles * faits pour en conserver et propager le fruit. Elle s’honorait eu hono- » rant les savants; approhation qui ]>eut tout sur des âmes sensibles à » la gloire, lorsqu'elle descend du tronc. •
T, 'Académie ne pouvait célébrer sa fête jubilaire sans rendre hommage à la mémoire de son illustre fondatrice. Peut-être est-il à regretter (pi’elle n’ait point inscrit dans le programme l’éloge de Marie-Thérèse, ))iiis(pie cette forme, sans exclure l’impartialité, imposait davantage l’élévation de la pensée et la no'olesse du style; peut-être, en se bornant à réclamer une appréciation de son règne, a-t-elle tracé la limite trop étroite qui semble demander <à la statistique ses principaux éléments.
Mais, quelles que puissent être à cet ég.irtl les réserves qui ont été déjà exprimées par d'honorables membres de la classe, on ne saurait faire un reproche aux concurrents de s'être inclinés devant les termes mêmes du lu ogramme. Nous aurons donc à ex.iminor quels sont les travaux les plus consciencieux, quelles sont les recherches les plus iiersévéi-antes auxquelles cette question adonné lieu; nous ne crevons lias toutefois devoir en séparer le mérite de la composition et de la réilaction, puisque ce mérite l eü've, avant tout, des compagnies chargées de conserver les saines traditions littéraires.
Deux mémoires nous sont parvenus;
Le n" 1 est écrit en français, le n ' 2 en Hamand ; ils ont l’un et l'autre environ la même étendue, et les nombreux chapitres qui se succèdent embrassent à [leu près les mêmes matières.
Dans le n" 1, la première [lartie est consacrée à la souveraine et à ses ministres; la seconde aux institutions jiarmi lesquelles l’auteur range tOiir à tour le pouvoir exécutif, les institutions provint iales et commuimles. Tordre judiciaire. Tordre ecclésiastique, les .ailministrations financières, l’instruction publiipie et les établissements militaires. La trois. ème partie a pour objet Texamen des'réformes introduites |iar Tlrajiératrice dans les conseils provinciaux et communaux, dans les finances, dans la législation, dans le culte, dans l’enseignement, dans les sciences et dans Tannée. Suit un appendice destiné à faire connaître le caractère et les mœurs des habitants ainsi que les règles et les usages qui président à la vie matérielle.
Le n* 2, plus complet que le n' 1, renferme 11 chapitres. Le premier chapitre nous met en jiré.sence de Marie-Thérèse et de ses ministres; les chapitres II à Y s'oceiqient des relations des l’ays-Das avec les |iavs étrangers. Les chapitres YI à YIII nous initient aux détails assez com-
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pliqués de radmjiiistratinn intérieure. Le eliapitro IX, l’iin des plus importants du mémoire, étudie dans chaque jnovinoe ce qui formait les véhtaldes institutions nationales. Dans les chapitres suivants, l’auteur passe successivement en revue les qaest.'ons financières, les affaires ecclésiastiques, l’ensoiRuement à tous ses degrés, la situation des arts et des lettres, la bienfaisance publique, l’industrie, l'agriculture et les divers pouvoirs judiciaires.
Sous tous les r.apports, le n" 2 est siqiérieur au n" 1 . Il est vrai que l’auteur du n’ 1 fait précéder son mémoire d’une assez longue liste d’ouvrages relatifs à Marie-Thérèse, parmi lesquels on s’étonne de rencontrer les annuaires des départements de la Lys et de l’Escaut, m.ais tout révèle dans le cours de l’ouvrage une extrême précipitation .à réunir des documents mal combinés et mal digérés.
L’auteur du n" 2, plus attentif, plus circonspect, a pesé avec soin la valeur des pièces qu’il a eues sous les yeux et parmi celles-ci il en est un assez grand nombre qu’il a tirées des précieuses collections des archives générales du royaume.
Il y a aussi entre ces deux mémoires une notable différence. D’une part, l’auteur du n" 1, injuste pour Marie-Thérèse, qu’il peint disposée • à la vengeance et portée à la dissimulation comme si elle était de l’école de liOiiis XI (1), s’est inspiré des idées de Voltaire et do Diderot, liées, selon lui, à l’éternel honneur do la France (2). D’autre part, l’auteur du ir 2 reproduit, en appréciant le règne de Marie-Thérèse, le jugement «[ue nos pères en ont porté, jugement conforme à nos traditions nationale.s, qui, eu iiroclamant les vertus de l’Impératrice, a néanmoins déploré, à plus d’une reprise, des tentatives malheureuses dont Tcxemplo égara et perdit Joseph II.
Le stylo du mémoire n“2 est empreint d’une simplicité digne d’éloges; je me bornerai à citer quelques lignes de la conclusion :
« Au dix-huitième siècle, c’est-àiilire aune éiwque ou Ton admettait » nue tous les pouvoirs étaient réunis dans la main du souverain, se » développèrent d’autres principes qui devaient répandre l’anarcliie dans « toute l’Europe. De là, des conflits qui depuis des siècles étaient réso » lus en lielgique; de là, de longues discussions sur la forme des gonver- ” nements et la base des États, qui eussent dû rester étrangers à un » pays dont les institutions opposaient une barrière au pouvoir absolu.
• Nos lois, consacrées jiar une longue suite de siècles, assuraient je » maintien de nos libertés publiques : leur révision était superflue et » n’était demandée p.ar personne. En Belgique, comme en Angleterre,
» elles étaient le fruit d’une longue expérience et à ce titre entourées » du respect de tous. Les théories propagées en France et en Allemagne
(1) n Marie-Thérèse savait (lisaimuler ; elle était un peu do l’école de ce maître-roi
n Louis .XI. La vengeance n’a pas été assez étrangère à sa iwlitique. n (Méin n» 1 pp. 13 et H.) ‘ ’
(2) “ Ce sera l’éternel honneur do la franco d’avoir organisé en quelque sorte cc n muuveuieiit su<'ial ; ce sera sa gloire la plu» pure que d’avoir donne un corps a de.s » théorie» que le génie de» Voltaire, des Diderot, de.» d’Alemhert a précisées et revè- » tue» d’une roriiie imi>éri«sable, n iMéni. n” I, H.)
» (■taivnt donc sans otijct dans un pays qui avait traverse toutes les » é|)rouves. Nos pu|>ulations, hostiles à la eentralisation, étaient réso- >■ lues à conse,rver a nos provinees et à nos eonimuues le liienl'ait de » leurs vieilles institutions ni.irquées du sceau «lu sentiment national. • Elles croyaient «pie le jiremier «Icvoir du gouvernement était do s’y ■■ «xmformer et de les protéger. Ija Uelgiipie sentait i>rofondément le > liesoin de résister à des principes nouveaux qui devaient hienU'it ruiner » la maison d’Autriche elle-même. Combien n’eût-il pas etc plus sage d'écouter et de développer le sentiment national an lieu de chercher à l'aft’aihlir! Si le gouvernement autrichien, tidèle à sou rôle naturel de conservation, au lieu de se poser en réformateur politique et roli- » gicnx, s'étaithorné à faire disparaître dos abus incontestés, s’il s’était » seulement appliqué à rébablir rorilre là où régnait le dé.sordre, si ses » soins avaient été réservés aux intérêts matériels du pays, jamais les » l’ays-lîits n’eussent possédé une administration jilus féconde en bien- » faits, et c’eût été la plus belle page do notre histoire. »
Dans le ir 1, au contraire, nous rencontrons trop souvent le mauvais goût, l’(unphase, la négligence, parfois même l'incorrection ; il serait .aisé de citer bien des phrases «pii trouveraient fnieux leur [daee dans la polémiipic de la presse ou dans des communications familières que diins un travail soumis dans une circonstance solennelle à l’approbation «le la première compagnie savante du mys. L«‘s images aux<iuelles l’auteur a recours sont vulgaires et «le plus inex.ictes. (”est ainsi ipi’à la première jiago de son mémoire, il nous «lit qu’il y a dans tonte o'uvro trois eboses : l'ouvrier, ses instruments et son travail. I, 'ouvrier, c’est .Marie-Tbérèse ; les instruments, ce sont les institutions; le travail, ce sont les réfonnes. ("est nous donner immédiatement une fausse idée du tableau «pi’il esipiisse. Sans nous arrêter à distinguer dans les actes du l ègue de .Marie Thérèse ce «pi'elle fit et ce qu’elle laissa faire, nous devons bien reconnaître «pie les institutions ne lui servirent guère d’instruments dans les réformes «pTelle entreprit, mais que le plus souvent ce fut contre ces institutions mêmes «jue ces réformes furent dirigées.
Ce qui fit la grandeur de. Marie-Thérèse, ce qui fit la pojmlarité de son règiu', c’est que, malgré b'S mauvaises mesures dont on accusa ses ministres et à raison du bien qu’on rapporta toujours à sa propre initiative, il n’y eut jamais qu’une voix pour proclamer son sincère et loyal ilésir «l’assurer le bonheur de ses peuples. Peu «le chose inau«iua à son ailministration pour ipi’elle fût saluée d’une acclamation unanime cfimme exempte de iléfaillances et «1e fautes. 11 lui eût suffi d’avoir vécu ipiehpies annéi's plus tôt et d’avoir pu ainsi se dérober à la triste iniluence «les théories qui, en 17H0, avaient déjà creusé de toutes parts l’abîme qu’allait ouvrir la dévolution.
.l’estime qu’il y a lieu «le décerner le jirix à l’auteur «lu mémoire iv, 2, l»ortant pour épigraphe les mots ; Maria-Theresia gchorl :h, etc. n
lîAPrOliT 1>E .M. DE SMET..
« L'n des principaux bienfaits que la lîcigique doit à Marie-Thérèse est à coup sûr la création do notre Ac;uléniie, «pii fit sortir [leu à peu de
l:i torpeur, où il "émissait deimis si longtemps, un pays renommé autreibis par ses savants, ses littérateurs et ses artistes. It’autrcs que nous pourront dire que cette création est même une des gloires de l’impératrico-reine. Nous allons célébrer rannée jubilaire d’une institution chère à nos cmurs et restée debout a|)rès tant de révolutions; il était bien juste que le Gouteraement de Marie-Thérèse en lielnique lut proposé comme une qm^stion au concours de l’année.
IVaprèsle mémoire n” 2, que nous avons sous les yeux, l’auteur ne nous paraît ])as novice dans les luttes académiques ; il a voulu traiter le sujet dans toute son étendue et n’a négligé aucune source imprimée' ou consen'ée encore dans les archives de Vienne et de notre pays : il a même eu le bonheur singulier d’écrire à une époque où l’ou venait de publier des recueils de documents du plus haut prix dans la matière, tels que te livre do M. le chev. X. von Arnetli : Maria-Theresia und Joseph H. En parcourant le mémoire avec soin, nous n’avons trouvé aucun fait que l’auteur ait omis, mais quchiues-uiis, en petit nombre, il est vrai, qu’il aurait pu omettre sans inconvénient, et, surtout, quelques noms de savants ou il’artistes (lu’on sera peut-être étonné de voir placés si haut parmi leurs rivaux.
Au nombre des statuaires on compte Van l’oucke et Godecharlea, qui n’appartenaient pas à l’époque de Marie-Thérèse, ni Iledouté, Herreyns et Ducq, peintres d'un temps bien postérieur.
En général, le chapitre des hcaiix-arts laisse à désirer pour le fond comme pour la forme, ainsi que celui des sciences.
Le concurrent pense, et nous le croyons comme lui, qiie Tjbcadéinie ne demande pas un iianégyrique de Marie-Thérèse, mais la célébration du jubilé ne devait-elle pas faire admettre dans quelques faits des circonstances atténuantes’/ L’Impératrice, dit le concurrent (page 50), agissait souvent avec irrésolution dans ses négociations avec les puissances étrangères et y perdait souvent les voies, parce qu'elle leur portait rancune. S’il s’agit des puis.sanccs maritimes qui insultaient à son autorité par le traité honteux des Barrières et ruinaient le commerce do scs sujets par la fermeture de l'Escaut, comment blâmera-t-on son mécontentement contre elles (p. 50) ?
l’our l’intérieur, comme elle le disait elle-même, les résolutions qu’elle prenait émanaient d’un plan longtemps arrêté, d’un calcul fait avec soin et exécuté avec une volonté de fer. Deux princijies la guidaient ; le bienêtre de scs sujets et son autorité absolue. Ses mutes avaient toutes leur origine en ce dernier point; de là ses empiétements sur le pouvoir spirituel et la scandaleuse expulsion de doux membres des États de Flandre, par suite de leur opposition à la loi tout à fait inconstitutionnelle du subside fixe.
Nous croyons ([ue le mémoire mérite la médaille d’or, mais le style doit être sévèrement revu.
L’auteur du n" 1 nous parait évidemment inférieur à l’autre; son érudition étant de seconde main, il n’a pu s’en rendre maître.
Nous sommes heiu'oux de voir que notre opinion, qui décerne la méilaille d’or au n- 2, est entièrement conforme à celle de M le baron Kervyn lie Lettenhove. »
RAPrOllT DE M. ALPII. WALTERS.
« Appelé à me prononcer, après mes deux honorables collègues, sur le mérite relatif des mémoires en réponse à la question concernant le règne de Marie-Thérèse, je dois exprimer le regret de ne pouvoir en aucune façon partager leur manière ne voir. Empruntant à un célèbre historien de l’antiquité les paroles qu’il met dans la louche de Caton d’Utique, je me vois forcé de dire : Longe uUa mihi mens c*/ (■< tout autre est mon opinion ») (1). Et comme ce n’est pas un caprice, une question personnelle, mais un ensemble de motifs très-sérieux qui m’ont influencé, la classe me permettra de développer mon opinion; je ne désespère pas de la justifier et de prouver que le mémoire n" 1 est digne de la médaille d’or et de l’impression dans les publications de notre Académie. Le mémoire n" 2 ne mérite, d’après moi, que la seconde place ; on pourrait lui accorder une mention honorable.
Les deux mémoires sont à peu près égaux en étendue; je puis ajouter (jue l’un ne le cède guère à l’autre en érudition ; car les deux auteurs ont egalement compulsé, outre les meilleurs ouvrages publiés dans le pays et à l’étranger, le riche dépôt des archives du royaume, source inépuisable de documents de la plus haute importance pour Thistoire du dix-huitième siècle. Mais là s’arrête la ressemblance. Autant le mémoire n" 1 est coloré, concis, méthodique, autant il donne une grande et favorable idée du règne de Marie-Thérèse, dont il blâme cependant, mais dans une juste mesure, certains actes et certaines tendances, autant l’autre mémoire est incolore, diffus, systématiquement opposé à la plupart des grandes réformes qui furent opérées par notre illustre fondatrice, ju-esque constamment hostile aux vues essentielles des hommes éminents qui ont administré l’Empire, et en particulier la Ilelgique, pendant le règne de Marie-Thérèse, le plus éclatant, sans contredit, de l’existence de la monarchie autrichienne.
L’auteur du mémoire ir 1 a-t-il bien positivement comparé Marie- Thérèse à Louis XI, a-t-il voulu rabaisser cette grande princesse? Ses propres paroles vous exprimeront ma pensée mieux que je ne jmurrais le faire : je n’interprète pas, je reproduis :
« Marie-Thérèse avait beaucoup de jugement et une mémoire fort « heureuse : deux qualités précieuses quand on occupe le pouvoir. Elle « en avait une autre, moins estimable, mais nou moins utile aux gou- » vernants :elle savait dissimuler. Elle était un peu de l’école de ce maî- »■ tre-roi Louis XI qui aimait à répéter : (^ni nescll dmimularc nescit » regnare; à preuve l’affaire de l’alliance avec la France et les inci- » dents relatifs au partage de la Pologne. Nulle souveraine n’a po.ssédé * à un si haut degré le talent de plaire. Conservant, alors même qu’elle » était le moins disposée à l’enjouement, une physionomie riante et
> gracieuse; ayant toujours, de l\iveu même de sou critique Podewils, » des manières aisées et prévenantes; écoutant avec patience et bonté
> tous les solliciteurs q^ui, à certains moments, formaient presque » légion, Marie-Thérèse devait être et a été excessivement sympathique » à scs sujets.
(I) Sallustc, Ik Cntilin» co-ijvralioiif, c. 5'i.
• Avait-elle tous les défants que Podewils étale si complaisamment
• dans sa Relulion du 18 janvier 1747 (1), et que, d’après lui, clic aurait « eu l'adresse de, dérober à tous les reparus dans les six premières B années de son rcpne? Était-elle si vindicative, si ambitieuse, si enne-
• mie de la contradiction qu’il s’est plu à le dire? — Il faut faire, sans » doute, la part de la passion qui est visible dans le portrait qu’a tracé » de l’Impératrice l’ambassadeur prussien. Il y a certainement de l’exa- » pération dans certains traits: le récit des arabassadeui-s vénitiens,
• dont le caractère personnel nous parantit l’impartialité, en fait foi.
• Il n’est pas vrai, par exemple, que l’Impératrice n’aurait été bienvcil-
• lante et pénéreuse que par ostentation ; il n’est jias vrai non plus » qu’elle n’aurait jamais éprouvé aucune répupnance i>our la guerre. Sa
• correspondance avec son fils .Joseph est laite avec trop de bon sens “ et dénote trop de cœur pour que nous ajoutions foi aux assertions de » l’odewils. La souveraine qui, dans le secret de l’intimité, et alors que » personne n’est là pour l’entendre, écrit à son fils : « Jl faut faire le ” bien et conraincre le monde par là, mais jamais le dire, cette femme n’est » )ws aussi hypocrite que veut bien le dire le ministre in-ussien (2). »
Je m’arrête ici; ce portrait n’est certes pas une satire, l’écrivain ne porte son jugement qu’avec circonspection et en s’entourant de tout ce qui lient l’éclairer. Il rap|)elle les attaques dirigées contre l’Impératrice, mais en ayant soin de faire apprécier la v.aleur des témoignages, et il retrace, je puis le dire, les grandes qualités de la princesse avec une élégance de style que l’on ne rencontre pas fréquemment dans les mémoires envoyés aux concours. A la fin do son travail, l’auteur du mémoire n” 2 a également cons.icré quelques mots à l’Imjiératrice ; dans l’appréciation, fort courte, qu’il fait du caractère de Marie-Thélèse, il la traite de princesse irrésolue et pas trop franche {cene hesluiteloose en niet :eer oj>euhartige rorstiu) (3). Un peu dissimulée, soit; mais manquant de décision, elle, si ferme, si opiniâtre dans ses desseins : le re])roche me semble singulier.
Dans le mémoire n" 1 , l’auteur conclut en ces termes :
« Les sympathies des esprits libéraux de notre temps doivent être » acquises aux gouvernements intelligents qui marchent d’un pas ferme » dans la voie du progrès.
• Le gouvernement de Marie-Thérèse a été de ceux-là.
» Il nous voulait du bien, il nous en a fait (4). b
Tout autres sont les idées do son concurrent. 11 loue Marie-Thérèse, mais il blâme plusieurs des grands actes de sou règne les plus généralement approuvés. 11 va plus loin : il rejette en quelque sorte sur elle la responsabilité des malheurs du règne de son fils. .Après avoir parlé des concessions faitesaiix acatlioliques du temps de l’Impératrice, il ajoute :
« L’indulgence de Marie-Thérèse pour les cultes étrangers fut le jiréciir-
(1) Voir Bn/tflini de tn eommÎÊa-o» roijiüe d'iiiaiitire, «irie. Ionie II, page 2110.
(2) Page» IH à 14 du loami-eril.
(3) Page 220 du mauuneiit.
(4) J’age KSI du inauuserit.
» seur (lo l’fklit de tolérance promulgué plus tjird par Joseph II. 1/intcr- » vention de l’Impératrice dans les affaires religieuses et les nouvelles » tendances de ses hommes d'État, tous ces faits auxiiuels elle avait » participé dans une si large mesure, eurent sur son fils une influence » qu’elle regrette fréquemment dans sa corrcs]iondance avec la mar- • quise d'IIerzelles. Si Joscjih II est devenu un fils ingrat et un homme » indifférent (liesiui/eloos), comme elle lo nomme dans ses lettres, elle « devait s’attribuer à elle-même ces suites fâcheuses pour une mère ” aimante et tendre comme elle l’était, et son imprévoyance on fut la
> principale cause (1). »
Ainsi, les défauts de Joseph II sont imputables aux fautes politiques de l’Impératrice et, en particulier, aux principes de tolérance qu’elle manifesta aux l’ays-U.as, La conclusion me semble singulière, ])oiir ne pas dire davantage.
L’auteur du mémoire n” 2 n'a aucune sympathie pour les hommes qui entouraient Marie-Thérèse, le prince Charles do Lorraine excepté, auquel un hommag(f comidet est rendu pour sa constante modération, sa bienveillance sans égale ; mais Kaunitz, Cobenzl, de Nény, etc., sont forU'ment blâmés : le règne a été glorieux et prospère, les réformes dans les finances ont été heureuses et fécondes, l’impulsion donnée à rindustrio et au commerce a été énergique et salutaire ; mais jiounpioi ne pas s’être arrêté là, pourquoi être sorti du cadre des intérêts inafériels (de stojfelijke belamje») (2) V Oui, le mot y est, les intérêts mnterieh. Ceux-là seuls auraient dû préoccuper le gouvernement autrichien ; sa grande faute, nous autres nous dirions son vrai titre de gloire, est donc d’avoir songé aux besoins do l'instruction publique, des sciences, des lettres et dos arts. Mais les ministres de notre fondafrioe étaient, les uns, comme de Nény, des disciples de Van Espen ; les autres, des im]>ios, imbus des malheureuses maximes des pliilosophes français et allemands !
< Toutes ces personnes, dit l’auteur du mémoire n" 2, n’avaient qu’un
> but, une tendance, un dessein. Elles portaient un dévouement illimité » à la maison d’.âutriche. dont elles désiraient étendre la puissance, dont » elles rêvaient la grandeur et la gloire ; elles nourrissaient une défiance » aveugle à l’égard de l’Allemagne et des principes qui y dominaient ; 1 ) elles étaient dévouées à la France et à ses projets; elles vivaient dans 1 ) l’incrédulité ou l’indifférence au point ne vue religieux; oui, elles
> prenaient souvent une attitude hostile à l’Église (.’l). •
Cobenzl, en particulier, est peu ménagé. Ou le rejirésente, comme aimant l’argent, et, à rai>])ui de cotte accusation, on allègue qu’à son arrivée dans lo pays, il reçut dos États de Flandre 1,000 pistoles au lieu do vin d’honneur; on aurait du ajouter que c’était là, non une innovation, mais un usage adopté depuis longtemps. De Kouigsegg, Harracli en avaient profité avant Cobenzl, comme l'iattestent les documents mêmes auxquels l’écrivain a puisé. Quand on cite un fait, il ne faut pas en tronquer la signification.
0) UW <)u maiiuH-rit.
(2> 221 «lu mainiHiTit.
(H) Pftjjo IH du manuscHl.
» Einporlcnient et imprévoyance, dit-on encore ; ces défauts, mii « doivent être étrangers a nn bon administrateur, étaient sans contredit » le partapc de CobenzI. Par ses procédés, il donna naissance à la lutte » qui s’engagea entre le clergé et le gouvernement des Pays-lias. Disons » toute notre jiensée : il était l’ami de Kaunitz, et ce fut en vain que >' des plaintes parviurent contre lui à l'Impéraü’ice. CobenzI persista !• dans sa maniéré de faire (1). »
Pour achever le portrait de l’homme d’État à ejui notre corps doit sa naissance et dont le souvenir doit être respecté parmi nous, l’auteur emprunte à un Allemand écrivant en français cette phrase malencontreuse : < Les correspondances de CobenzI nous donnent parfaitement
un tableau malheureu.sement très-comique de la méthode de gouver- » nement suivie par cet homme d’État dans les rapports de l'État avec » l’Église, » et il trouve si belle cette phrase ridicule qu’il la répète deux fois dans la môme page (2). Comique, la correspondance de CobenzI et sa manière'de traiter les affaires? Ah ! qu’on les blAme ou qu’on les approuve, les travaux de CobenzI ne sont pas de ceux dont on rit. A quelque opinion qu’on appartienne, on doit admirer le labeur prodigieux auquel s’est voué ))endant dix-sejit ans cet homme remarqimble, le plus capable, le plus actif des ministres qui ont gouverné la Helgique au dix-huitième siecle. CobenzI avait de grands défauts, il est vrai, mais il possédait l’intelligence, la persévérance, l’énergie, sans lesipielles on ne fait pas sortir un peu]ile d’un état léthargique pareil à celui dans lequel notre pays était plongé à l’avénement do Marie- Thérèse.
L’auteur du mémoire n" 2, consacrant trois lignes à peine au jirince de Stahremberg, qui gouverna la Belgique pendant dix minées, se borne à en dire qu’il était ]'nf/er ego de CobenzI, avec ]ilns de modération et moins d’imprévoyance. L’auteur du mémoire n" 1 est plus explicite ;
« Si CobenzI mourut trop tôt pour sa gloire et pour notre pays, les » Belges eurent du moins la consolation de le voir remplacé par un » homme qui partageait ses idées et qui, soucieux comme lui des inté- » rôts de la Belgique, étendit et développa les principes auxquels elle » devait sa nouvelle prospérité.
» Kaunitz avait jeté les yeux sur le prince de Stahremberg pour >• compléter l’muvro de CobenzI. Il fut bien inspiré. Stahremberg fut un • autre CobenzI, aussi ferme devant les adversaires des réformes, aussi > empressé à la recherche des moyens qui pouvaient l’assurer, tout en >■ sauvegardant, ceci n'est jamais oublié par les ministres .autrichiens, » les droits et les prérogatives de la couronne im])ériale.
» Les objets sur lesquels Stahremberg concentra plus particulière-
U) Drift en onvoorzigtigfheid, ffelireken die tien cooden l>oîitiiai*dor nutoten vriMiid zijn, waren zonder topcnspnuik aie van Colicnzl. ifij was Iict tlic aanvankelijk, door r.hne hamieliiigen. de bot/ing tiHsehen do geestoIijUieid en het iK'stum' van Man'u- TliercHH te wege Itragt ; zeggnu wij ailes; Ttij was do vriend van Kaunitz, en vruclileloos wenlcn aile klapten over iiein aaii de koningin nverpel.rapt. (’oltonzl lilcel’ vnlhardon in zijne Imndelwijze. (Pape (Î5 du manuscrit,)
(2) Papefiô du manuscrit.
Digitjzed byCoogI
> ment ses efforts sont relatifs à rétiit civil, à renseignement, aux arts « et aux lettres. C’est lui qui lit ériger en Académie, en 1772, la Société » littéraire fondée par CobcnzI ; qui prescrivit pour la tenue des regis- » très de l’état civil des règles presque conformes à celles qu’a coiisa-
> crées le code Napoléon, qui ouvrit au public la Ilibliotlièque de >• liourgogne, qui fit décréter lu sécularis.ation de renseignement et
> réorganisa complètement l’enseignement secondaire après la suppres- >■ sion de l’ordre des jésuites en 1773. •
Voilà deux appréciations bien différentes. L’Académie s'étonnera-t-elle que je donne la jiréférence à la seconde ?
Après une brillante introduction de quelques pages, introduction offrant un tableau résumé des événements du règne et écrite dans ce style brillant et nourri de faits et d’idées dont j'ai cité quelques exemples, l’auteur du mémoire n" 1 aborde le fond même de la question. Jbins trois parties parfaitement distinctes et coordonnées, il s’occupe :
1’ De la sauterai ne et de ses eolMorateurs ;
2’ Des iiistitiiliuiis telles qu’elles existaient à l’avéncment de l’Impératrice ;
3' Des rd/ormes, c’est-à-dire des cliangcments apportés à ces institutions par Marie-Thérèse.
Chacune de ces parties se subdivise eu chapitres, et chacun do ces derniers en sections. 1,’àuteur procède partout et toujours avec méthode, jiaisant aux meilleures sources manuscrites et imprimées, soumettant les renseignements qu’il a recueillis à une saine cntiipie, les résumant de manière à se faire lire, sachant sacrifier les détails oiseux, et cependant toujours intéressant et instructif. Il serait facile, sans doute, d’y relever quelques erreurs de détail, quehpies fautes secondaires, éehap- ))ées à 1 attention de l’écrivain, provenant de la nécessité de finir un travail aussi considérable dans un temps déterminé; mais Tieuvre, considérée dans son ensemble, étudiée dans ses détails, m’a paru trèsremarquable au point de vue littéraire et scientifique, riche en outre en données nouvelles et parfaitement présentées, digne, comme je l'ai dit en commençant, du laurier académique.
Le mémoire ir 2 présente une seule suite de chapitres dont Tagenccment ne me semble pas heureux. Ainsi uii chapitre, n" 22, est consacré à l’administration des postes, et un autre, le chapitre 40, au notariat, do même que la jurisprudence et les tribunaux forment le chapitre 36, jilacé entre le chapitre 3.0, consacré à la noblesse, aux armoiries et aux chaiiitres nobles, et le chapitre 37, intitulé Polke, et où il est question du prévôt général de l'hôtel, du drossard de lîrabant et de la jointe criminelle de Namiir. Il est vrai que le chapitre du notarial ne consiste q'Tcn sept lignes, où Ton no signale aucun fait curieux, et que l’état do 1 1 jurisprudence et des tribunaux est étudié dans treize pages seulcm ‘lit. Par contre, l’auteur s’étend outre mesure sur l’état (les lettres et des arts et consacre près de cinii pages à Téiuiinération des ouvrages d’histoire qui ont été imprimés (lu temps de Marie-Thérèse, ouvrages dont un grand nombre sont d’une médiocrité désespérante. Je suis donc fondé à dire qu’il pèche par la méthode.
Nous avons vu le jugement défavorable (iiie Tautcur du mémoire n" 2 )iorte sur les ministres de Marie-Thérèse, l'e jugement est basé sur les
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Rnimlus réformes qui s'accomplirent à cette éiioque et parmi lesquelles il faut placer: les mesures prises pour arrêter l’accroissement des biens de mainmorte, les modifications introduites dans l'instruction publique, la suppression de l’ordre des jésuites, etc. Ces mesures, les concurrents ont usé de leur droit, de tout temps reconnu par l’Académie, en les approuvant nu en les condamnant, mais où ce droit s’arrête et ce qui motive l’un des reproches que j’ai à adresser à l’auteur du mémoire n" 2, c’est qu’il considère toutes ces réformes comme le produit des idées philosophiques et surtout des idées françaises, qui se propagaient alors en Europe. Sans doute, la Belgique est un pays essentiellement religieux, et ce caractère, il en était plus fortement que jamais empreint au dix-huitième siècle, mais ce qui n’est pas moins vrai, c’est que, à toutes les époques, nos ])opulations, nos communes, nos cours de justice ont, pied à |)ied, défendu l’indépendance du pouvoir civil. Nos archives abondent à cet égard en détails pleins d’intérêt et sur lesquels je m’arrêterai à peine, car ce serait répéter ce que tout le monde sait.
L’édit sur les acquisitions de biens do mainmorte, qu’est-ce autre chose que le renouvellement des mesures prises du temps de Guy de Dampierre, de Charles le Téméraire, de Charles-Quiut, renouvellement qui était devenu d’autant plus nécessaire que, déjà on 1740, remarquez cette date, le Conseil de Brabant se plaignait des acquisitions illicites faites par les corporations religieuses et posait en fait que la jn-esque totalité des biens immeubles, à la campagne, leur appartenait. La limitation du nom'ire des établissements monastiques et des religieux qui y pupvaicnt être admis avait toujours app.irtenu à l’État et avait toujours été exercée par lui; ces établissements ne jiouvaient même sefomler, à Bruxelles en particulier, que du consentement de l’autorité locale, et cc consentement fut maintes fois refusé ou donné avec répugnance. Une interdiction absolue d’en établir encore fut même portée aux Pays-Bas dans les dernières années du règne de la pieuse Isabelle. Les reproches d’irréligion adressés au gouvernement de Marie-Thérèse sont doue exagérés.
Sans doute, des idées nouvelles se sont introduites en Belgique au dix-huitième siècle et ont agi sur les tendances de nos gouvernants. Et comment en aurait-il été autrement? Il n’est pas possible d’élever autour de notre pays un mur qui le défende contre les doctrines prêchées ou répandues à l’étranger. Quoi ipi’on fasse, nos provinces, entourées par de grands peuples, subiront toujours, jusqu’à un certain point, l’influence des littératures du dehors. Quel remèile opposer à cet état de choses? Faut-il immobiliser notre intelligence, repousser tout contact avec nos voisins, ne communier tju’avec le passé ; mais ce serait la mort du pays et le signal d’une complote décadence.
Nous ajouterons de plus : ces réformes, stigmatisées par l’auteur du mémoire n" 2, ces doctrines nouvelles répandues, d’unepart, par Leibnitz ' et son école, et, d’autre part, par les philosophes français, ont-elles été si désastreuses? Sans doute, le pays a subi de grands maux, il a passé [)ar de rudes épreuves; mais n’en est-il pas sorti triomphant? Aimons notre passé, étudions-le avec ardeur, mais n’en désirons pas le retour.
Il existait chez nous de belles institutions, il y avait fréquemment de nobles aspirations, mais les abus aussi étaient nombreux, et ce n’est pas
sans peine que nous avons renoncé à la ilîme et au servage, à la ilivisioii (les personnes en ordres, aux prérogatives féodales et seigneuriales, au morcellement des juridictions et des coutumes, aux idées d’intolérance, pour en arriver à l’égalité des personnes devant la loi et aux autres conijuêtes de la société nuKlerne.
Le règne do Marie-Thérèse est remarquahie surtout parce qu'il a ouvert pour la Belgique une ère nouvelle de prospérité et de grandeur, et c’est avec fierté que nous allons célél)rer l’anniversaire de la fondation de l’Académie, parce que cette fondation fut l’un des épisodes les plus caractéristiques do l’époiiue. En méconnaître le véritalde caractère, c’est, à mes yeux, manciuer ilo sens historique et aller com])létcment à l’encontre des intentions de la Compagnie, .le ne puis donc, pour les motifs les plus graves, accorder mou a|)prohation au mémoire n" 2 ; toutefois, comme l’auteur s’est livré .à un travail considérahlc. je serais d’avis de lui accorder une mention honorable. »
Im classe des lettres rendit le jt'fjement suiranl :
O Eu présence de la dissidence d’opinion (|ui s'est inanif'e.stée entre 1 ses rapiiortours, la classe a décidé de ne pas accorder de récompense » aux mémoires présentés, s
/'■ trarnil qve je son mets nnjnnrd’hvi an pnldic — sans commentaire a nain — est le mémoire n" 1 .