LA PÈCHE AU LOUP-MARIN
“ Il y a différentes espèces de loups-marins sur les côtes de Terreneuve, du Labrador et cu golfe St. Laurent, qui font leurs petits au commencement de mars. Deux des plns grandes espèces sont connues sous le nom de harps, (Phoca Groenlandeca), et hoods,
(Phoca Leonina), les derniers ainsi appelés parce qu'ils ont un capuchon ou vessie sur le nez qu’ils enflent à volonté où quand ils sont irrités, et qui effectivement résiste à aucun coup de bâtons qu’ils peuvent recevoir des robustes pêcheurs au lou»-marin, lesquels néanmoins se hasardent rarement de les attaquer, un homme seul. Les autres espèces sont con.
nues sous le nom de square fipper, le loup-marin bleu, le zar ou betlama, et le loup-marin des baies.
“ Sur la côte sud du Labrador et sur les côtes de Terreneuve dans le golfe, on y trouve le loup-marin en grand nombre durant les:mois de mars et d'avril sur les champs ou banquises de glaces. Les jeunes sont considérés les meilleurs lorsqu'ils sont âgés de six ou dix jours, et on les tue par un léger coup de bâton sur le nez. Les vieux ne pouvant être aisément approchés sont tués à coup de fasil. Lorsque le loup-marin est tué, on emporte la graisse à bord et on laisse la carcasse sur la glace. Il se fait une grande pêche de loups-marins à Terreneuve. Quatre cents vaisseaux de 90 à 250 tonneaux font voile tous les ans vers le ler mars avec des équipages de 40 à 50 hommes.
“ Les habitants des Iles de la Magdeleine font aussi cette pêche, mais avec une classe de
vaisseaux beaucoup plus petits. Ils ne sont pas aussi bien épuisés ni si bien pourvus de gréements de pèche que ceux de Terreneuve, cependant je pense que la part des hommes qui s'y livrent, égale, si elle ne surpasse pas, celle des autres; qu’ils sont, en proportion de la grosseur de leurs vaisseaux, plus heureux, et que leurs voyages les paient mieux.
# Cette année (1858) plusieurs pècheurs au loup-marin sont partis d'Halifax, du Cap Breton et de la Nouvelle-Ecosse, Ceux du Cap Breton ont fait des voyages heureux, et plusieurs vaisseaux ont été anvoyés à cette pèche profitable en considérs.ion d’une prime accordée par la province.
“ Il se construit maintenant à Québec un petit vapeur à hélice destiné à cette pêche luerative, laquelle, si elle est bien conduite et sans accidents imprévus, devra sanportor un profit de cent pour cent, dans uu %n,
“ Cette pôche est accompagnée de dangers effrayants, principalement sur La côta orientale de Terreneuve, mais le robuste pêcheur au loup-marin brave toute difiiculté et s'engage aves empresement dans ces aventures périllouses, forçant par fois son vaisseau dans les glaves, par une grosse brise, s’attendant à tout instant à le voir broyé par les banquises ; évitant ces banquises et lançant son vaisseau
à force de voile à travers les glaces les plus serrées”pour parvenir à un point où l’eau est comparativement claire et unie. (C’est alors qu’il doit faire tous ses efforts pour empêcher son vaisseau d’être écrasé, et chaque homme à bord est employé à y suspendre des défenses sur les côtés ; d’autres se servant de longues piques d'environ vingt pieds pour éloigner le vaisseau des banquises et gagner une meilleure position où il demeurera jusqu’à ce que l'orage modère. Je prendrais trop de temps à décrire les divers dangers qu’il rencontre ou les misères qu’il endure. Il est souvent forcé d’attacher son vaisseau à une de ces banquises avec 800 ou 100 brasses de câble, et d'y demeurer attaché jusqu’à ce que la tempête soit appaisée ; d’autres fois il est active ment employé à couper la glace dans laquelle son vaisseau est embarrassé ou gelé pour le traverser dans un espace libre d’où il pourra continuer sa route. Un vaisseau sera quelques fois pris dans les glaces durant trois semaines ou un mois. la cinq ans, et durant mon séjour à Terreneuve, une continuation de vent d’est chassa les vaisseaux, qui étaient engagés dans les glaces, sur les côtes et près des Iles de Ia Magdeleine, où plus de trente furent perdus; un certain nombre fut abandonné (plusieurs furent ensuite ramenés au port) et
après la porte de beaucoup d'hommes, ces équipages se montant à plus de 1600 hommes, après bien des misères, réussirant à débarquer sur des îles dései.a où ils faillirent mourir de faim avant J’én étre ramassés.
“ On peut se faire une idée des souffrances qu’ils endurèrent, des dangers qu'ils coururent, des privations auxquels ils furent assujettis et des efforts incroyables qu’ils firent, quand on considère qu’ils eurent à monter sut la glace qui avait été brisée en petits morceaux assez grands pour les porter, Plusieurs y perdirent la vie ; d’autres eurent des jambes et des bras fracturés. Oes pauvres malheureux faisant terre sur une {le déserte, mouillés et épuisés de fatigues sans fou, ni provisions, glacés et abattus, y demeurèrent plusieurs jours et plusieurs nuits avant d’être délivrés, quoiqu'en vue de ceux qui désiraient le faire, mais ne le pouvaient
pas.”