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ETABLISSEMENTS DE PECHE

Il y a un grand nombre d'établissements de pèche sur la côte sud du fleuve jusqu'au fond de la Baie des Chaleur: : les princisaux sont | Mont Louis, Ste.-Anne, Grand-Etang, la Magdeleine, la Grande Rivière, le Can Rosier, la Rivière aux Renards, Douglasstown, la Pointe St-Pierre, la Malbaie, Percé, l’Anse au Beau Fils, l’Anse au Griffon, Bonaventure, Pabos, Paspébiac: on compte de 100 à 200 barges à chacun de ces .ndroits: chaque barge contient deux pêcheurs. On appelle grave (du mot grôve probablement) l'établissement même : les piqueurs, les trancheurs, les saleurs, les garçons de grave composent la classe des terriens ou gens de terre. Deux modes existent de rémunérer les pêcheurs : on leur donne un salaire qui varie de 820 à 850 par mois, en sus des provisions: ou bien on leur fournit les barges et les matériaux de pêche et on leur alloue la moitié du poisson qu'ils capturent dans la saison: ce que l'on appelle les moitié-ligmes : les. pêcheurs s’engagent pour la pêche d'été, trois mois : quand

(*) Voyage au Labrador. -L'atbé FerLanb.

ils'font un mois deplus, on dit qu’ils ont fait la pêche d'automne.

Les Canadiens-Français font d’excellents pêcheurs et ambitionnent les places de trancheurs, lesquelles sont largement rétribuées.

Mais de tous les pêcheurs, les plus habiles et les plus aventureux sont les Jersiais. Je me rappellerai toujours avec plaisir les six jeunes Jersiais qu’un ami avait-envoyés avec une bargepour me conduire du bassin de Gaspé à la Pointe St.-Pierre: la distance est de dix lieues et le vent ayant manqué, le trajet se fit à la rame par une nuit d’une beauté remarquable.

Je leur adressai la parole d’aborc en français : mais il me fut impossible de comprendre leur patois. “ Sumnum / ves-tu me bailler c’te brioche que v'lai ? ” me dit l’uv. pointant vers un couteau de poche que je tenais à la main.

Je lui parla’ alors en anglais et je pus de cette sorte le comprendre. Trois de l'équipage étaient frères, du nom de Sivret : le plus jeune n'avait que dix-huit ans: sa taille était d'à peu près six pieds un pouce, son teint enluminé et sa force herculéenne. Ses deux frères étaient courts, trapus et d’une charpente fort osseuse. Ce ne sont pas tous les pêcheurs qui se risquent à passer la nuit à trois ou quatre lieues au large, anerés sur des fonds, dans trente ou quarante brasses d'eau: au ces où il

s'élèvs un fort vent de terre, il est assez difficile pour la barge de prendre le rivage en louvoyant : le plus hardi destrois frères s#’aventurait seul dans sa barge et revenait le lendemain avec un chargement complet de morues.

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