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CHAPITRE SIXIÈME

Le système de protection que réclame nos pêcheries de rivières me semble suffisamment indiqué dans le judicieux Mémoire du Rév. Dr. Adamson que l’on vient de lire. Nul doute, que si les finances de la Proviice le permettaient, le public verrait avec plaisir, l'érection d'incubateurs ou appareils artificiels comme ceux de Huningue, pour l'éclosion du frai nécessaire pour empoissonner toutes les rivières du Haut et du Bas-Canada, celles qui relèvent de la couronne aussi bien que celles qui appartiennent aux particuliers ; mais ce genre de propagation, tout excellent qu’il puisse être doit, à mon avis, céder le pas à une méthode beaucoup moins dispendieuse, et plus inf:illible: je veux dire l'érection de passes à saumons dans toutes les écluses qui barrent les cours d’eau, dans toutes les chûtes trop élevées pour permettre au poisson de les franchir au temps du frai. Ce n’est donc pas un nouvel état de choses que je veux substituer à celui inauguré en 1858 : c’est simplement l’extension, le perfectionnement de l’organisation actuelle, et si l’on me demande en quoi la loi ac-

tuelle péche, quels sont les résultats qu’elle a a donnés, je répondrai que son fonctionnement est enveloppé d’un mystère si profond qu’il me serait fort difficile de préciser exastement ce qui a été fait et ce qui n’a pas été fait. On a annoncé, il est vrai, que le Gouvernement était prêt à affermer les rivières Îes plus poissonneuses de la côte du Nord: combien de rivières ont été ainsi affermées par la Couron— ne? à qui l’ont-elles été ? est-ce des Compagnies ou des particuliers qui en ont entrepris l'exploitation ? a-t-on pratiqué dans les écluses et les chûtes les passes à. saumons voulues par la loi ? Quels sont les obstacles éprouvés de la part de ceux qui les ont affermées ? combien de ces “ Postes du Roi ” remis à la Couronne par la Compagnie de la Baie d'Hudson sont encore disponibles? a-t-on respecté les droits des propriétaires riverains, ou des occupants qui, préalablement, avaient employé des capitaux dans des établissements de pèche ? Doiton affermer les rivières dans le but d'en retirer le plus possible dans un court espace de temps ? ou bien, doit-on adopter des baux à long terme, propres à encourager les exploitateurs à s’efforcer de restaurer le poisson pour leur propre avantage dans les rivières épuisées ? ainsi pourraient se poser quelques-unes des importantes questions que fait

naître l’organisation de nos Pécheries de rivières. Dans les Provinces inférieures, le Commissaire des Pêcheries, M. Perley, présentait chaque année à la Légisiature un Rapport étendu, raisonné, sur ce qui avait été fait pendant les douze mois précédents. Est-ce qu'un semblable Rapport est moins nécessaire dans cette Province dont les Pêcheries sont encoie plus vastes, plus précieuses ?

A partles travaux de M. Hamel, de M.

Bossé, de M. Warren, et de quelques autres écrivains dans les journaux, qu'y a-t il d’écrit en langue françaïse sur cette question ?—nos renseignements officiels ou autres sont maigres, presque nuls.

Extrait du journal anglais le “ Field.” LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS ET LA PISCI- CULTURE.

‘ C’est surtout dans les mesures prises depuis quelques années pour développer les pêcheries françaises, que brille dans son plus vif éclat la sagesse du gouvernement de l'empereur, dont les efforts sont incessants, soit qu'il veuille encourager l'industrie parmi les classes ouvrières, soit qu'il s’agisse de faire fructifier les ressources naturelles du royaume. A venir à tout dernièrement, on avait prétendu totalement ignorer la capacité de l’élé. ment liquide pour fournir à l'alimentation du peuple; mais enfin, il faut qu’une chose en soit rendu à son dernier état de décadence, avant qu'elle com-

menc: à s'améliorer.

Quand Remy et Gehim firent leur précieuse dé couverte, les pêcheries, surtout celles de l’intérieur étaient dans le dernier état d'épuisement : l'Etat voyant dans cette science l’aurore d’une ère nouvelle pour les pêcheries, s’y livra énergiquement. Il en est peu parmi nos lecteurs qui n’aient entendu parler du colossal appareil pour la pisciculture construit à Huningue: à l'instar d'autres entreprises du même genre, ses commencements furent faibles et peu étendus, mais après quelques années, ses proportions s’accrurent à un degré incroyäble—et lè où il y a quelques années l'on trouvait seulement quelques centaines d'œufs pour repeupler les rivière” de la France, il en existe maintenant des millior destinés au même objet.

L'Etat, désireux d'améliorer les pêcheries, n’a négligé aucun moyen d’atteindre ce but, et lors qu'il s'est agit d'étudier à fond la question et de mettre à profit l'expérience d'autrui, le gouvernement a envoyé ses émissaires en Hollande, en Norvège, en Italie. On a mis à contribution tous ces pays—et les bulletins de la Société d'Acclimatation font voir sur quelle vaste échelle et avec quelle constance, le gouvernement a suivi la marche qu’il s'était tracée à ce sujet. Nos lecteurs ont pu voir par une correspondance de M. Buckland que le gouvernement français avait intention d'envoyer un de ses agents pour s’enquérir des progrès de la nouvelle science en Augleterre, en Scosse, en Irlande.

Cet agent, c’est M. Coumes, qui a acquis sa connaissance de la pisciculture à Huningue ; il semble éminemment qualifié pour sa mission: il est maintenant à Londres. Nous avons été assez heureux pour le voir et pour entendre de sa propre bouche

ce qu’il entend faire. Il veut étudier nos lois sur les pêcheries, examiner leur fonctionnement, constater les progrès de la pisciculture, l'utilité des passes et des échelles à saumons, en un mot, réunir une somme de faits et de renseignements propres à éclairer le département dont il relève.

Nous sommes sûrs que dans une matière aussi importante et recommandée par la science et par l'utilité publique, nous ne ferons pas en vain appel à nos lecteurs en favour de M. Coumes—que cet étranger distingué aura toutes les facilités possibles de remplir l'objet de sa. mission ; l'opinion qu'il émettra sur ce qu'il verra dans notre pays, étant désiatéressée, doit nécessairement avoir beaucoup de poids. Tout en exprimant l’admiration que nous : éprouvons de voir le gouvernement français travailler avec tant d'énergie à multiplier la subsistance alimentaire pour le peuple, nous ne pouvons uous empêcher de contraster ses actes avec l’inertie de notre gouvernement qui a. fait si peu pour développer une science à laquelle le gouvernement français a pris une si large part. En France, en Allemagne, en Hollande, même en Norvège, jus pêcheries sont des objets d'importance extrême. L'Angleterre seule, dont les pêcheries sont encore plus considérables et par tant plus précieuses que celles de tous ces contrées réunies, demeure inerte et se laisse dépasser par ses voisins.”

Ainsi ajoute le Mercury de Québec, s'exprime le journal de Londres, le Field du 16 août dernier. Nous sommes heureux de pouvoir dire que le but indiqué dans ces lignes n’a pas ‘échappé à l’attention de l’administration: ce moyen d'alimenter les masses, pour ainsi dire gratis, elle ne permettra pas qu’il soit réduit à néant, par son incurie. Des spé-

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