‹ Les péchés de jeunesseChapitre 4 sur 24 · LE DÉPART · texte numérisé non relu

LE DÉPART

Le jour même où les scènes de famille rapportées dans le chapitre précédent se déroulaient si tristement à Barville, Bouvard, ignorant tout ce qui s'était passé, se rendait gaillardement au château, en hâtant de la voix l'ardeur d'un magnifique cheval, récemment sorti des herbages du Coltentin. Le notaire avait réussi à rattraper le dossier relatif au majorât et à retirer sa demande de mariage; de sorte que, rassuré sur l'attentat aux convenances qu'il avait un Instant redouté, il revenait un instant à Barville uniquement occupé de ses espérances.

Persuadé que Gabrielle agréait son amour et que Marcel lui était favorable, sûr de l'approbation de la baronne, il n'avait plus à gagner que l'amiral, qui na pouvait seul résister à tant de volontés réunies. Aussi maître Bouvard prenait-il, dans son cabriolet, des

poses triomphantes, tout en poursuivant à part lui un monologue d'amoureux satisfait.

— Enfin, je suis agréé de quelqu'un ! pensait-il.... Cela s'est fait attendre; mais voilà le fruit de la persévérance. Après quatorze refus (car je n'en avoue que dix, mais à moi-même je puis ne me rien cacher); après quatorze refus, tout autre à ma place se fût résigné au célibat! mais moi, jamais! Je n'ai pas appris pour rien mon rudiment : Labor probus omnia vincit.

Tout en poursuivant ces méditations et beaucoup d'autres, Bouvard atteignit Barville; mais il apprit en arrivant que l'amiral était renfermé chez lui, que la baronne ne recevait pas, et que Gontran venait de partir avec M. René de Ramière. On ne pouvait parler à personne.

Ces détails furent donnés assez brusquement par le contre-maître, qui semblait inquiet. Le notaire essaya de l'interroger, mais lui-même en était réduit aux conjectures; il avoua pourtant qu'il soupçonnait quelque mésintelligence entre la baronne et l'amiral Il y avait eu un coup de vent, selon son expression, et il avait lieu de croire, d'après quelques mots échangés entre M. René et Marcel, qu'il s'agissait du mariage de mademoiselle Gabrielle. Autant qu'il eu

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pouvait juger, le baron appuyait les prétentions du jeune Américain, lesquelles étaient repoussées par la mère et par la fille.

Ces détails, arrachés à Duret l'un après l'autre, avaient pour Bouvard un intérêt que ne pouvait soupçonner le contre-maître.

— Diable! murmura-t-il, fidèle à ses souvenirs classiques. Denostrareagiturî Et, impossible devoir personne, mon brave Duret?

— Impossible !

Le notaire se gratta le menton avec le manche de son fouet.

— Alors, je reviendrai demain, dit-il après quelques instants d'hésitation.

Et il ajouta en lui-même :

— Je préparerai des lettres! Si je ne suis point

reçu, du moins ma rédaction parlera pour moi

A défaut de plaidoyer, on se sert du mémoire à consulter.

II salua Georges, remonta en cabriolet et reprit la route de Rouen, un peu dégrisé de sa confiance, mais décidé à lutter jusqu'au bout, alors même que tous l'abandonneraient : JE'^^aww^■ omnes, ego non!

Pendant que cet espèce d'intermède avait lieu, le drame domestique auquel nous avons fait assister nos

lecteurs continuait à se développer, non plus il est vrai au milieu des éclats du désespoir; mais dans l'isolement et le silence. Retranché derrière ses verrous, l'amiral avait refusé d'ouvrir au contre-maître lui-môme, et, en regardant à travers les fissures de la porte, celui-ci avait vu le vieux marin occupé à ranger des papiers et à écrire. Ernestine, de son côté, avait feint de s'endormir pour obtenir que Gabrielle la laissât seule, et la jeune fille en avait profité pour courir s'enfermer et donner toute liberté à ses larmes.

La nuit se passa ainsi dans un désespoir muet pour tous trois, et dans l'inquiétude pour Georges Duret. Quant à Marcel, parti avec M. de Ramière, il n'était point revenu au château.

Vers le matin, Ernestine, qui avait, pour ainsi dire, épuisé sa douleur, se rendit chez Gabrielle. Celle-ci, fatiguée de pleurer, avait fini par s'endormir. Couchée sur la causeuse, telle que le sommeil l'avait surprime, elle continuait à sangloter, et quelques larmes glissaient encore entre ses cils humides. Ses deux mains, posées sous sa tête avec une grâce naïve, étaient à demi perdues dans les boucles éparses de ses cheveux ; des frémissements nerveuxparcouraient, par instants, son corps affaissé, et le coin de ses le-

vres se crispait, de loin en loin, avec cette expression plaintive habituelle aux enfante qui veulent retenir leurs pleurs.

La baronne regarda longtemps cette innocente créature déjà condamnée à expier la faute des autres ! Un rayon de soleil, qui, après avoir joué dans sa chevelure glissa jusqu'à ses paupières, l'éveilla en sursaut. A la vue de sa mère, un sourire Inachevé entr'ouvrit ses lèvres et elle lui tendit les bras. Ernestine s'assit à ses pieds en appuyant la tête sur son sein.

Quelques heures avaient suffi pour faire disparaître entre ces deux femmes la distance d'âge et la différence de rôles. L'une, découronnée de son auréole maternelle, n'avait plus d'autre autorité que celle de l'amour; l'autre, subitement arrachée à ses naïves ignorances, avait compris les coups de foudre de la passion, en se trouvant à demi ensevelie sous leurs ruines. La souffrance venait de les mettre de niveau.

Elles restèrent longtemps ainsi embrassées sans se parler. Qu'auraient-elles pu se dire qui valût cette étreinte? Leur seule consolation n'était-elle pas désormais dans leur tendresse? Parler c'était rappeler des fautes commises et des bonheurs perdus, éveiller des remords ou des regrets. Il n'y avait désormais

d'adoucissement pour toutes deux que dans les baisers et les larmes.

Elles ne voulurent même rien discuter, rien prévoir : la pensée les effrayait ! Livrées à une sorte de langueur douloureuse, mais dans laquelle surnageait la douceur de leur affection, elles la prolongèrent aussi longtemps qu'il leur fut permis. La voix d'une femme de chambre les arracha à cette espèce de halte dans l'affliction; elle annonçait Georges Duret.

Duret jeta un regard scrutateur et curieux aux deux femmes, qui s'étaient redressées à son approche, et parut déconcerté de leur pâleur. Cependant, sur l'interpellation d'Ernestine, il déclara que l'amiral demandait à parler à madame la baronne.

Celle-ci se leva pour passer chez elle ; Gabrielle la retint.

— Avertissez M. de Rostang que ma mère l'attend ici, dit-elle vivement.

Et se jetant dans ses bras, dès que Georges eut dis-^ paru :

— Ah ! je ne vous quitte pas ! s'écria-t-elle.

— Que peux-tu craindre? répliqua Ernestine qui tremblait elle-même; cette entre\T3e était indispensable, je m'y attendais. Ne faut-il point que je connaisse la décision de l'amiral ?

— Le voici, interrompit la jeune fille.

On entendait, en effet, la marche lourde et inégale du vieux marin. La baronne fit signe à Gabrielle de la laisser ; mais, après avoir fait quelques pas, celleci s'arrêta à l'entrée de la chambre, et resta à demi cachée sous les plis de la portière.

L'amiral ne parut point la voir. Il entra lentement, salua la baronne en silence, et lui fit signe de s'asseoir. Il avait le visage sillonné de plis profonds, et ses yeux semblaient plus enfoncés que d'habitude. Du reste, rien en lui n'annonçait la colère.

— J'avais à vous parler. Madame, dit-il d'un ton haletant plutôt que brusque. Ce que j'ai à vous dire sera court... mais cet entretien... était nécessaire.

— Je vous écoute. Monsieur, répondit Ernestine palpitante.

— Hier, reprit l'amiral, quand un funeste hasard est venu détruire mes illusions de dix-huit années... j'ai cédé à un premier mouvement... Sans votre fille, je vous tuais... et... j'aurais eu raison : j'en avais le droit.

Gabrielle frissonna.

— Mais ce que je n'ai pas fait alors, continua le marin, je ne puis le faire maintenant... Il n'y a que les lâches qui reprennent leur vengeance à deux

fois... Vous pouvez donc vous rassurer, Madame:

j'ai usé mon indignation !... Je suis caime désormais.

Ernestine s'inclina sans avoir la force de répondre.

— Quant à un scandale judiciaire, reprit le baron, vous ne l'avez jamais craint de moi, sans doute; je ne suis pas de ceux qui redorent leur honneur en public comme on le fait pour les enseignes de boutiquiers! entre nous, tout se passera sans bruit. Je dois respecter en vous. Madame, sinon vous-même, du moins le nom que vous portez.

— Quoi que vous ayez décidé. Monsieur, fît observer Ernestine, je m'y soumets d'avance. Et dès que je connaîtrai le parti que vous voulez prendre...

— Il n'en est qu'un, répliqua brièvement l'amiral, une séparation !

La baronne baissa la tête sans répondre ; mais Gabrielle ne put retenir un cri. L'amirall 'aperçut alors pour la première fois.

— Votre fille était là, s'écria-t-il en changeant de visage... eh bien... à la bonne heure ! ceci la regarde comme vous. Les ordres sont donnés et la chaise de poste, dans laquelle vous devez partir avec elle, arrivera avant une heure.

Gabrielle fit un geste de stupeur douloureuse ; les sourcils du baron se crispèrent.

— Pardon, Monsieur, dit la baronne avec une humilité suppliante; moi, j'étais prête à tout; mais cette enfant ne savait pas!... Excusez-la, Monsieur, c 'est ici qu'elle est née. . , qu'elle a grandi, qu'elle a été heureuse!...

Les larmes la gagnèrent malgré elle, l'amiral fit un mouvement d'impatience.

— Nous partirons. Monsieur, nous partirons, se hâta-t-elle d'ajouter, et si vous ne craignez pas les suppositions que peut faire naître une résolution subite...

— Eh I parbleu, on supposera que vous n'avez pas pu me supporter plus longtemps ! répliqua le marin avec amertume ; tout le monde ne con naît-il pas dans le pays votre douceur ainsi que mon mauvais caractère? Ne répètent-ils pas tous que je suis une bête féroce et que vous êtes un ange ? Ne vous inquiétez donc pas de ce qui arrivera. Madame ; ce sera alors comme maintenant, comme toujours; on vous plaindra et on me maudira !

Peu m'importe, au reste, continua-t-il, après une courte pause ; mon parti est pris à cet égard comme pour le reste. Si j'ai voulu vous voir, c'est que cet entretien devant être le dernier entre nous, il était nécessaire de tout régler. — Voici une lettre»

Madame, qui vous ouvre chez maître Bouvard, un crédit illimité.

— A moi ! interrompit la baronne

— Usez-en largement, reprit l'amiral, dont la respiration devenait plus courte; il m'enrestera toujours assez : je suis riche et vieux Dieu merci!

La voix avait fléchi à ce dernier mot. Ernestine joignit les mains avec attendrissemeat.

— Ainsi , Monsieur, dit-elle d'un accent pénétré, quand votre juste ressentiment me chasse, votre générosité veut m'enrichir ! Quoi que vous fassiez, chea vous la honte l'emporte sur la colère.

— Finissons , Madame, reprit le baron brusquement : nous ne sommes point ici pour nous dire des douceurs, mais pour terminer une affaire. Voici la lettre; prenez.

11 tendit un papier à la baronne. Gabrielle fit un pas et fut près de s'entremettre, mais elle se contenta de regarder sa mère avec anxiété.

Ernestine, qui avait paru hésiter, prit enfin la lettre.

— Donnez, dit-elle, je veux tenir, je veux serrer dans mes mains cette nouvelle preuve d'une bienveillance que rien n'a pu lasser 1

Elle pressa le papier sur ses lèvres en pleurant^ puis redevenue maîtresse de son émotion :

— Et maintenant, ajouta-t-elle avec dignité, vous n'exigerez pas de moi davantage ! Accepter un tel présent pour ma fille et pour moi serait nous en montrer indignes. Je garde ma reconnaissance, amiral, je la garde tout entière, mais je dois refuser le bienfait.

Elle baisa encore une fois la lettre, puis la déchira.

Ah ! merci, ma mère .' cria Gabrielle en se jetant dans ses bras.

M. de Rostang, qui luttait contre un attendrissement involontaire, fît un soubresaut; un flot de sang lui monta au visage.

— Ainsi, vous refusez! reprit-il irrité; vous refusez à cause de la main qui propose !

— Ah ! ne le croyez pas. Monsieur!

— Vous avez peur de me devoir quelque chose I Votre désintéressement n'est que de l'orgueil, de la haine !...

La mère et la fille voulurent protester, il jepoussa le fauteuil sur lequel il était assis, et se leva sans les écouter.

— Dieu me damne ! n'en parlons plus alors, cria-

t-il; partez, Madame, partez avec votre fille !... je ne veux plus vous voir, je ne veux plus entendre parler de vous!... Allez au diable et surtout n'en revenez jamais !

Il avait regagné la porte malgré les supplications des deux femmes, et il sortit en la refermant avec violence.

Ce dernier débat venait de l'achever. Attiré malgré lui vers Ernestine, et surtout vers sa fille, par le souvenir du long bonheur qu'il leur avait dû, il s'était, pour ainsi dire , réfugié dans l'espoir de les retenir au moins attachées par la reconnaissance. En continuant à partager avec elles sa fortune, il ne leur devenait point étranger ; c'était un expédient qui satisfaisait à la fois son ressentiment et son reste de tendresse involontaire. Le refus de la baronne brisait ces derniers liens; elle l'entraînait à une séparation absolue.

Il en éprouva une colère et une douleur qui so traduisirent, comme d'habitude, en violence. Il descendit au parc, où il s'emporta contre le jardinier; entra voir ses chevaux, qu'il trouva mal soignés; parcourut le château en se plaignant de tout, finit par chasser deux ou trois domestiques, et remonta chez lui, où il se jeta dans son fauteuil de goutteux.

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Pendant ce temps, la baronne et Gabrielle faisaient à la hâte leurs préparatifs. Elles eurent bientôt réuni ce qu'elles voulaient emporter, et la chaise de poste les trouva prêtes.

Mais lorsque Gabrielle entendit le bruit des roues sur le sable de la cour d'entrée, et qu'elle aperçut le postillon descendant de cheval, elle fut prise d'une sorte de vertige. Jusqu'alors les impressions s'étaient succédé si rapidement, qu'elles avaient passé comme des visions. Ballottée d'angoisse en angoisse, la jeune allé n'avait point eu le temps de prendre pied dans son malheur, et d'en vérifier, pour ainsi dire, la réalité. Un vague espoir restait toujours au fond de sa souffrance ; il lui semblait confusément qu'elle faisait un mauvais rêve dont elle attendait, à chaque instant, le réveil. La vue de la chaise de poste qui allait l'emporter loin de Barville, l'arracha à cette espèce d'ilïusion. Complètement saisie, pour la première fois, du sentiment de la réalité, elle en demeura d'abord étourdie ; puis , par un de ces ardents retours qui sont le privilège de la jeunesse, elle voulut profiter au moins des derniers instants qui lui restaient pour dire adieu à tout ce qui avait fait jusqu'alors sa Joie.

Elle descendit au jardin, éperdue, parcourut les

allées en saluant de la voix et du regard les arbres, les gazons et les fleurs ; s'arrêta dans la clairière où René lui avait sauvé la vie, près de la charmille où sa rencontre avait été suivie d'une explication avec l'amiral, à la porte du kiosque où un cri de sa mère avait fait crouler son édifice de bonheur ! Elle contemplait tout avec cette fièvre de tendresse qu'éveille l'heure des séparations douloureuses; elle envoyait aujtour d'elle des baisers muets, elle eût voulu presser sur son cœur tous ces témoins d'un bonheur à jamais perdu !

Haletante et échevelée, elle rentra au château et alla frapper à la porte de Marcel ; mais il n'était point rentré. Elle allait rejoindre sa mère lorsqu'elle se trouva à l'entrée du corridor qui conduisait chez l'amiral.

A cette vue son cœur se fondit ! l'idée de partir sans l'avoir aperçu une dernière fois la frappa comme une flèche ; elle ne prit point le temps de la réflexion et s'élancant devant elle, elle arriva au seuil du baron.

La portière à moitié tirée lui permit de le voir sans être vue.

Le vieux marin était livré, en même temps, aux tortures de la goutte et à l'amertume de ses ressen-

liments. Renversé dans sa ganache, il repassait tous les détails de sa dernière entrevue avec la baronne et Gabrielle ; il s'exaltait de plus en plus dans son dépit. Celui-ci se traduisait en phrases interrompues qu'il complétait par la pensée ; c'était un soliloque, moitié parlé et moitié muet.

— Tout refuser ! murmurait-il ; m'enlever cettfc dernière consolation ! Les malheureuses ! elles me feront mourir, et elles en seront bien fâchées ! Ce sera un service qu'elles m'auront rendu î

Ici, une douleur plus lancinante lui arrachait un gémissement.

— Allons ! reprenait-il, ce n'est pas assez de tout ce qui me tourmente, il faut encore que la goutte s'en mêle ! mille millions de diables I

Et, revenant à sa principale idée :

— Me refuser ! eh bien, tant pis pour elles, après tout ! Qu'est-ce que cela me fait, à moi ! Imbécile que je suis d'aller ra'inquiéter, comme si je ne pouvais pas être heureux ici tout seul ? vivre rien que pour moi.... comme un ours?.., Parbleu, j'ai de quoi, m'occuper : la goutte, le journal...

Il s'interrompit.

— Eh bien ! où est-il donc, le journal ? Cet animal de Georges ne me le donne pas.

H tira un cordon de sonnette qui lui resta dans la "^ main, et se mit à frapper le parquet avec sa béquille, ? en épuisant tout son vocabulaire maritime de malédictions.

Gabrielle se glissa doucement dans la chambre, prit la gazette qu'elle venait d'apercevoir parmi les papiers qui couvraient le bureau, et la posa sur le petit guéridon placé près de l'amiral ; celui-ci vit la feuille sans prendre garde à la main qui l'apportait.

— Enfin, dit-il, sans se détourner, et croyant parler k Georges, ce n'est pas malheureux que vous vouliez bien entendre ! pourquoi me laisser là tout seul ? pour que je m'y habitue, sans doute !... Je n'ai rien de ce qu'il me faut, pas même ma boîte à cigares.

Gabrielle la plaça rapidement près du journal. L'amiral se renfonça dans son fauteuil.

— Ah ! murmura-t-il, avec un sentiment d'amertume irritée, rien ne me manquait autrefois ! quand c'était la petite qui veillait.

Et interrompu de nouveau par une douleur de goutte, il s'écria :

— Tonnerre !.... donnez-moi au moins de quoi mettre ma jambe !...

Gabrielle glissa adroitement un tabouret sous le

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pied malade ; les yeux du baron la rencontrèrent ceîte fois, il se retourna stupéfait :

— Vous ici ! dit-il ; qni vous a appelée ? que voulez-

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