MADAME RENNETERRE, ERNEST, EMMA
Emma examine des cartons posés sur la table, Ernest lit une br(V chure, madame Renneterre donne des ordres à un valet, au fond.
Madame Renneterre, au valet, — Vous avez bien compris, André ? La table sera dressée dans le petit salon d'été ; ayez soin que rien ne manque.
(Le valet sort.)
15Î LES PREVENTIONS.
Ernest. — Mon Dieu! ma marraine, je suis honteux de tout l'embarras que nous vous donnons, ma sœur et moi, depuis une semaine que nous habitons votre maison de campagne, et j'ai presque regret, maintenant, d'avoir invité le colonel de Beaulieu à venir y passer quelques jours.
Madame Renneterre. — Pourquoi donc?
Ernest. — Vous vous donnez tant de peine pour le recevoir.
Madame Renneterre. — Ne mérite-t-il pas tout ce que l'on peut faire pour lui? Un jeune homme charmant, à ce que l'on dit, car nous ne l'avons jamais vu. Puis, l'empereur le protège ; il sera bientôt général, baron...
Ernest. — Oh ! c'est un héros ! Je lisais là le bulletin de la dernière campagne ; il n'est question que ie lui. Ce cher Gustave a traité les Prussiens comme ri me traiitait autrefois.
Madame Renneterre. — Vous vous battiez ?
Ernest. — Comme des frères. Nous annoncions dès lors nos vocations respectives d'avocat et de soldat. C'était toujours moi qui avais le dernier mot, et lui le dernier coup. Je ne l'avais pas revu depuis notre
LES PREVENTIONS 153
sortie, du collège, lorsqu'il y a trois jours, en traversant les Tuileries, je heurte un officier en grand uniforme ; nous levons la tête en même temps, et nous nous reconnaissons.
Madame Renneterre. — J'espère que nous le garderons quelque temps à Saint-Germain. Nous allons avoir des fêtes danstous les châteaux voisins, et nous pourrons y conduire le colonel. Il fera danser Emma,
Emma, qui a fouillé dans tous les cartons. — Ah ! mon Dieu ! mon Dieu !
Madame Renneterre. — Qu'ya-t-il?
Emma. — J'étais sûre que cela arriverait I
Ernest. — Quoi donc?
Emma. — On ne m'a pas envoyé de fleurs pour ma coiffure.
Madame Renneterre. — Ciel {
Emma. — Regardez,
Madame Renneterre, atterrée. — Pas de fleurs !
Emma, de même. — Pas de fleurs !
Ernest, s'approchant. — Ah ça l mais c'est donc un bien grand malheur?
154 LES PREVENTION».
Emma, prés de pleurer. — Si c'est un grand malheur, Monsieur ? Je ne pourrai pas aller ce soir au bal chez le sénateur.
Ernest. — Pourquoi donc ? Vous mettrez des plumes, ou les diamants de votre mère.
Madame Renneterre, se récriant. — Mes diamants I
Emma, de même. — Des plumes !
Madame Renneterre. — Pour que l'on croie ma fille mariée. A quoi servirait alors de la conduire au bal ?
Ernest, souriant. — Ah ! j'entends. Les fleurs sont une enseigne»
Emma. — 0 mon Dieu 1 Une fête où je me promettais tant de plaisir !...
Madame Renneterre. — Où il devait y avoir une foule de jeunes officiers supérieurs, d'excellents partis !
Emma, d'un ton pleureur. — Encore, si j 'étais veuve. . ? j'aurais pu mettre un turban.
Ernest, avec une pitié moqueuse. — Ah ! pauvre enfant, qui n'a pas le bonheur d'être veuve !
Emjia. — Et dire que je n'ai même pas apporté ma parure de perles I
LES PREVENTIONS. IftS