SCÈNE IX
VINCENT, 4 Gaspard. *
Eh bien ! père tranquille, comment ça va-t-il?
GASPARD
Tu vois, mon garçon!., comme un homme qui est enchanté de te voir !..
VINCENT
Cette jolie dame que tu nous amènes est sans doute la cousine Jeannette?..
JEANNETTE
Oui, Monsieur...
VINCENT
Voulez-vous permettre à un carabinier?..
JEANNETTE
Mais sans doute. (A pan.) 11 est fort bien...
GASPARD
En via encore un qui embrasse... c’est une manie qu'ils ont apparemment..
VINCENT, à Jeannette.
Je vous avals reconnu tout d'abord pour une parisienne... il y a toujours un chique dans la tournure!., un fion dans la toilette!., le bonnet seulement ne sent pas la rue Viviennc!.. c’est sans doute une production du département?..
JEANNETTE
Vous l’avez deviné... c’est mon cousin qui m’en a fait cadeau ce matin...
VINCENT
Voyez-vous ce que c’est d’avoir été en garnison à Paris ?.. comme on se forme.
JEANNETTE, ôtant le bonnet.
Il fait une chaleur étouffante... pour déjeilner surtout...
CATICHE, à Louise.
Bégueule! elle ne veut déjà plus du bonnet de ton mari.
LOUISE
Tant mieux !
HURET, 4 paru
Il ne fait pas si chaud , elle pouvait bien garder mon bonnet.
VINCENT, 4 Jeannette.
Eh bien ! foi de carabinier, vous êtes encore plus jolie avec ces beaux cheveux.
( Il lut serre la taille.)
GASPARD, 4 part
Si c’est pour ça qu’on lui a donné un congé... merci!..
LOUISE
Allons, à table!.. (Elle désigne les places.) Jeannette ici, entre Huret et Gaspard.,, mon cousin Vincent, là... entre moi eÇCalicbe... (aux invités.) Vous, mes amis, comme vous voudrez.
(On s’assied.)
Au : JV»i in' plaindre an Roi.
Le dimanche , 4 la barrière ,
On va pincer son rigodon;
Du troupier, l’allure est litre ,
Sa t'nuc est belle , il a bon ton.
Le carabinier, dont la cuirass' brille,
Est I’ plus dangereux 4 voir.
Car, dans ses rayons, il prend un’ jeun’ fille Comme une allouent* au miroir.
Faut les voir autour du quartier, ces pauvres petites, ça viendrait jusque dans la chambrée s’il n’y avait pas une consigne et un factionnaire : — Qui que vous demandez? que dit le camarade qui drogue. — Le beau carabinier. — Ils sont tous beaux !.. — Le plus beau, M. Vincent.. Mais moi, pas bétc , j’ fais savoir que j’ suis pas visible à Paris... Ça fait l'effet d’une éclipse de soleil... parce qu’enfin, on a beau être carabinier, on n’est qu'un homme , et auand il vous vient tous les matins une douzaine de femmes, on est forcé de dire...
Non , non , non , non , non 1 Plus d’ fredaines.
Adieu les bell’s, ça donn’ trop de peine,
Je deviens 4 rien, ma foi.
On n’ m’aura pas, je peus’, malgré moi ,
Ou, j’ vous P cacli’ pas, j’irai m’ plaindre au roi. C’est surtout pourl’ mariage Qu’un beau soldat est recherché ,
Par un’ blanchisseuse sage Ou par quelque dam’ du marché.
Tout en se donnant pour la rendre heureuse,
L’ Iroupicr s’ dit en offrant sa main,
C’ matin vous l’avez, belle blanchisseuse ,
Pour V mariag’ vous r’pass’rez demain.
Vous sentez bien qu’on est obligé d'y mettre de la rigueur, ou bien on aurait un tas de futures sur les bras ! Si on les écoutait , on deviendrait bigame, trigame... Je ne chante pas ces gamineslà, moi, et je leur dis : mes petites poules, vous êtes bien gentilles, mais...
Non, non, non , non , non !
L* mariage N’est pas l'usage D’ l’oiseau d’ passage Qui n'engag' jamais sa fol.
On n* m’aura pas, je pens\ malgré mol,
Ou, j’ vous l’ cach’ pas, j’irai m’ plaindre au roi.
CHOEUR
Célébrons , selon l’usage ,
D’ la cousine et du cousin ,
L'heureux retourau village.
Versez , versez du vin.
Que c’est agréable de se retrouver avec de bons parens , de vieux amis , devant une table bien servie... surtout entre deux jolies femmes...
IIURET.
Ça vaut mieux que la gamelle, n’est-ce pas?
VINCENT
Chaque état a ses désagrémens...
HURET
A qui le dis-tu ? Nous autres marins nous n’en manquons pas...
VINCENT
Le soldat a aussi sa ration d’amusemens et de vexatious...
HURET, b«. i Jr.noetU.
Ce soir, avec mystère , J’Irai chez vous , ma chère.
JEANNETTE, de même.
Oui , cousin.
GASPARD, Im> iJuniifll»
Vous connaissez la flamme Qui consume mon âme.
JEANNETTE , de même.
Oui, cousin.
GASPARD, de mi’me.
O soir, attendez-moi Et comptez sur ma foi.
JEANNETTE, de même.
Oui, cousin.
ClUüin. •&* Venait, c’était charmant
Célébrons, etc.
VINCENT, ].* èCrtfeU.
S’il vous trompe sans cesse ,
Choisissez un vengeur.
Voyez si ma tendresse Suffit k votre corur.
CAT1CIIE, de même.
On pourrait se voir à l'ombre.
Sous le grand marronnier.
Mais il y fait bien sombre.
VINCENT, de Hrfmr.
Je n’y serai pas le dernier.
l-Ot'ISE , de même.
Mon cousin, dans une heure.
Seule, dans ma demeure.
Je vous attends ce soir ;
Venez me voir.
VINCENT, «tomé Elle aussi.
1/alTaire est arrangée.
Avant de voir l’autre affligée.
Je consolerai cctle-d.