SCÈNE XIV
LOUISE , puis ensuite HURET.
LOUISE
Voyez comme la colère inspire mal!., heureusement elle ne rencontrera pas Vincent, qui déjà ne pense plus à elle... elle n’aura péché | que d’intention... c'est moins dangereux... Huret va sans doute bientôt rentrer... il n'aura pas non plus trouvé Jeannette, que Vincent a emmenée... Maintenant il faut songer à me parer... (Elle sc regarde dans une petite glace placée au-dessus du buffet.) lin peu de coquetterie ne nuit pas en ménage... Ah! le bonnet qu'il a donné à Jeannette... elle ne l’a pas trouvé assez joli pour elle, et l'a laissé là...
■ huret, avec humeur.
Oui, oui... {A part.) La coquette se moquerait-elle de moi?.. Nous verrons cela...
LOUISE
C’est bien aimable de quitter le billard... des amis... pour venir voir sa femme...
Hi’AF.T, & part.
Pauvre femme, si elle se doutait (Haut.) Ah!
oui , quand on a passé une nuit en mer, on se trouve à I étroit dans un café... j'avais besoin de resprier...
LOUISE
Assieds-toi... je vais me mettre là... (Elle s’assied auprès de lui. ) Mais regarde-moi doue... Comment me trouves-tu?
huret, qui la regarde avec peine.
Toujours bien gentille...
LOUISE
Mais tu ne me vois pas...
huret, soupirant
Si, je vois que tu es toujours ma petite Louise. . . toujours bonne, toujours aimable, toi !..
LOUISE
Parce que je t'aime comme le premier jour...
parce qu'il y a là, dans cette chambre, un petit ange qui doit et qui me ferait oublier mémo tes torts... si tu pouvais en avoir... mais je ne crains rien... car Marie et moi tu nous aime toutes les deux, n’est-ce pas?..
AURET.
Comment ne pas t'aimer, toi ?
LOUISE, gaiement.
Ah ! mais je veux aussi que tu me trouves jolie... aussi jolie que les autres... regarde ce bonnet.
HURET
Tiens ! n’est-ce pas celui que j'avais apporté à Jeannette ?
LOUISE
Précisément... elle l’avait jeté là... moi je m'en suis parée.
HURET
Vrai.
LOUISE
Au (If Ourle» O***.
Allons, essayons ma parure,
Plaçons ces rubans, ce bonnet.
Et puis donnons & ma tournure Un air élégant et coqucL Le péché de coquetterie Sera bien pardonnable, ici On peut vouloir être jolie Quand c’est pour plaire à son mari.
De le revoir, ah ! qu’il me tarde.
Car je crois retrouver son cœur.
Avec plaisir je me regarde ,
Je suis jolie !.. ah ! quel honheur !
Vraiment nia figure est piquante :
Dans mes traits l’amour a souri,
A ses yeux Je serais charmante,
Si ce n’était pas mon mari.
UURhT, en entrant à part.
Jeannette qui m’avait promis d’étre chez elle est sortie... Fiez-vous à la parole des femmes?.. LOUISE , arrangeant ses cheveux.
Ali ! c’est toi, mon ami ?
J’ai oublié qu’elle l’avait dédaigné... je me suis souvenue seulementqu'il venait de toi... Me va-til bien!
huret.
Beaucoup mieux qu’à elle.
LOUISE
Ah ! que je suis contente !
HURET
Voyez-vous cette coquette avec scs grands aire i qui avait méprisé mon cadeau.
LOUISE
| Tant mieux, je garderai le bonnet.
HURET
Oui, tu le garderas, et tu le mettras tous les [ jours pour la faire enrager.
LOUISE.-
| Non, mais pour que tu me trouves aussi bien ; qu'elle.
HURET
Aussi bien !.. mieux, tu veux dire !... et puis, vois-tu, Louise, elle n’a pas comme toi de la borné dans le sourire... de l’amour vrai dans les | yeux... Je n'y puis plus tenir... il faut que je l’a- «3» voue mes failles... je suis un méchant homme.