AU XVIII® SIÈCLE
La Turquie, selon l'expression dont les Gonsourt se servaient en parlant de la Chine*, est devenue un instant, au xvm* siècle, « une des provinces du rococo ». Sans vouloir établir ici l'influence de la décoration orientale sur le style de cette époque, il nous a semblé curieux de rechercher, en groupant, pour la première fois croyons-nous, un certain nombre de tableaux de l'école française, les raisons qui ont fait des plus célèbres artistes du xvni® siècle des « peintres de Turcs ».
Certes, il n'est pas surprenant qu'un Yan Mour, qui a passé trente années de sa vie à Constantinople, ait représenté des scènes orien-
1. L'art du xviii» siècle. Paris, 1874, in-8<», t. I, p. i4o.
taies, et qu'un Liotard ^ ou qu'un Favray aient tenu à montrer au public les types qu'il leur avait été donné d'observer au cours de leurs séjours au Levant ; mais pourquoi trouve-t-on en si grand nombre des sultanes et des personnages à turbans dans l'œuvre de peintres qui n'ont jamais voyagé en Orient, comme Parrocel, Latour, Cochin, Lancret ouïes Vanloo?
Parmi ces artistes, quelques-uns ont rencontré leurs modèles à Paris même, dans la suite des ambassadeurs qui, à deux reprises sous le règne de Louis XV, ont étonné la Cour et la ville par le spectacle de la magnificence et de l'étrangeté du faste du Grand Seigneur. Coypel, qui avait été le peintre de l'ambassade persane en 1714, semblait indiqué pour conserver le souvenir de l'ambassade turque de 1721, et, en effet, nous apprenons par le Mercure^ qu'il fut admis à présenter au Régent l'esquisse
1. Sur les dessins turcs 4e Liotard, voir l'ouvrage de MM. Humbert, Tilanus et Revilliod, La vie et les œuvres de Jean-Etienne Liotard. Amsterdam et Paris, 1897, in-4«.