NICOLAS DE FLUE
Nicolas de Hue naquit à Saclislen, en 14 17, le 21 mai*s. I)ic3u, (jui l'avait d» stiné pour servir de modèle aux chrétiens dans tous les états de la vie, lui imposa successivement les devoirs de tils, d'époux, de père, d'homme public et d'honnnc privé. Nicolas de Flue fut soldat, magistrat, chef de famille, et toujoui*s le serviteur lidèle du Maître tout -puissant : brave au milieu des camps, intègre sur le tribunal, doux et ferme à son foyer, pieux et.bienfais<ant p.ntout. Mais lorsqu'il eut rempli ces devoir^, défendu
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-on pays, j'endu la justice, élevé ses enfants, il prit luimême sa récompense. Abandonnant la maison où il avait vécu et les champs fertilisés par son travail, il alla s'établir, à Tage de cinquante ans, dans une solitude voisine, n'emportant de sa fortune qu'un vêtement, son chapelet et son bâton. Lh il se livra tout entier à la contemplation et à la prière, ouvrant du reste généreusement tous les trésors de sa sagesse et de sa piété aux nombreux pèlerins que le bruit de sa retraite attirait auprès de lui.
Nicolas, ou, comme on l'appelait, frère Klauss, demeura vingt ans dans son asile, couchant sur la dure, avec une pierre pour tout lit, sa robe pour unique vêtement, et ne prenant d'autre nourriture que la très-sainte eucharistie. Le miracle de cette perpétuelle abstinence, qui était comme une marque extraordinaire de la sainteté de Nicolas, ^et, si l'on peut parler ainsi, comme la lettre de créance donnée par Dieu à cet ambassadeur du Ciel, fut d'abord pour l'humble anachorète une source d'affronts et de calomnies. On disait, malgré la modestie irréprochable de sa vie passée, qu'il voulait éblouir le vulgaire, et que des aliments lui étaient apportés en secret. Nicolas souffrit ces bruits outrageants; mais l'Kglise s'inquiéta. L'évèque de Constance fit faire une enquête solennelle. Il alla lui-même trouver Nicolas, et lui ordonna, en vertu de la sainte obéissance, de manger et de boire devant lui. L'ermite y consentit avec quelque répugnance. Mais à peine eut -il pris une bouchée de pain et avalé quelques gorgées de boisson, qu'il l'ut saisi de convulsions violentes et qu'il rejeta tout. Non content de cela, on fit cerner sa demeure pendant un mois entier par un cordon de soldats, et l'on se convainquit enfin que son jeune était réel. Et pourquoi donc aurait- il menti, cet homme plein d'honneur et de foi, qui avait
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tout abandonné afin de vivre durement au désert ? que pouvait-il ambitionner ?
Après cette enquête, dont Bullinger et Muller, tous deux archi- protestants, donnent les détails sans élever le moindre doute contre leur authenticité, voici ce qu on écrivit dans les archives publiques de Sachslen.
« Nous faisons Siivoir à tous les chrétiens que Tan tt 1417 naquit à Sachslen Nicolas de Flue ; qu*éle\e « dans la même paroisse , il quitta son père , son frère . « son épouse et ses enfants, pour habiter une solitude « .ippelée Raufft; qu'il s'y est conservé avec Taide de a Dieu, et sans prendre aucun^^ nourriture, depuis dix- « huit ans, jouissant, au moment où ceci est écrit, de it toutes ses facultés, et menant une vie fort sainte. C'est « ce que nous avons vu nous-mêmes, et ce que nous w affirmons ici en toute vérité. Prions donc le Seigneur u de lui donner la vie éternelle lorsqu'il daignera l'ap- « peler de ce monde. »
Si ces preuves ne suffisaient pas, il y en a d'autres : c'est le concours incessant des personnes de toute condition et de tout âge qui venaient de la Suisse entière recev(»ir de l'ermite des conseils toujours écoutés. Les magistrats sollicitaient ses avis, fes malheureux imploraient ses prières, les pécheurs accouraient pour lui demandei- connnent il fallait vaincre le péché : a Conservez la pureté de cœur, et soumettez-vous en toute chose à la volonté de Dieu. » C'était le résumé de tous ses discours, et il priait avec ceux qui voulaient se réformer. Un de ces visiteurs, le comte Ulrich, de Munich, fut si frappé de cette sainte vie. qu'il ne voulut plus en mener d'autre. Abandonnant aussi le mondr et ^es splendeurs, il se bâtit, non loin de Nicolas, une cellule austère, où il demeura toute sii vie.
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Un jour, frère Klauss vit arriver à sa porte un hijmme qu'il tenait en haute estime. (Tétait le curé de Stanz, hori prêtre et bon patriote. Un grave sujet l'amenait. Après les récentes victoires de (irandson et de Morat , le trouble s'était mis dans la Confédération. Suleure et Fribourg. qui avaient pris leur part des dangers communs, demandaient à faire partie de la ligue helvétique ; mais plusieurs des cantons ne voulaient pas les y admettre. Nombre d'assemblées s'étaient tenues à cet effet, et les esprits n'avaient fait que s'y aigrir. Une dernière diète réunie à Stanz, loin d'amener un meilleur résultat, semblait n'avoir fait que consommer la division ; et, comme les coups suivaient toujours de près les disputes, la guerre était à redouter. Le bon prêtre supplia Nicolas de Flue, dont il connaissait l'amour pour la concorde et la paix, de venir en toute hâte tenter un dernier effort sur les députés, qui étaient au moment de retourner chez eux. L'ermite prit son bâton, et sans perdre de temps se rendit dans la salle des séances. Il était d'une taille majestueuse et élevée, son noble visage portait l'empreinte de ses vertus. A son aspect, les députés se levèrent respectueusement; il s'avança au milieu d'eux la tête découverte. (( Mes chers seigneurs, leur dit-il, je viens ici « de mon ermitage; je n'entends lien ;iux science> « humaines, mais Dieu m'a instruit. Vous, députés de> «( villes, renoncez aux alliances particuhères qui ne peuu vent faire naître que des dissensions; et vous, députés « des cantons, souvenez-vous des services que vous ont «< rendus Fribourg et Soleure ; admettez-les dans le corps « helvétique : uti jour vous vous applaudirez d'avoir suivi t< mon conseil. En outre j'ai appris avec douleur qu'au - lieu de remercier hieu de vos victoires vous disputez v« sans cesse entre vous sur le butin. Chers anus, par-
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c< tagez dans la suite les terres conquises suivant le « nombre des cantons, et le reste du butin suivant le « nombre des hommes. Enfin unissez-vous tous par un « lien commun d'affection, de bon ordre et de fidélité. « Et maintenant, mes chers seigneurs, je n'ai plus rien « à vous dire. Je retourne à ma solitude. Que le bon Dieu « soit avec vous. »
LkI démarche, la présence et les paroles de Termite touchèrent fortement les députés pieux des cantons. Ils crurent sagfment ne pouvoir mieux faire que de suivre ses conseils; la négociation, entièrement rompue le matin même, fut reprise, arrangée, conclue en moins d'une heure. Quelques jours après, Talliance des dix cantons fut signée à la joie générale. De toutes parts on se rendit dans les églises pour remercier Dieu, et le nom de Nicolas fut couvert de bénédictions publiques. On ne sait, dans ce fait si remarquable, ce qu'on doit admirer ou de la confiance du solitaire, ou de la docilité des hommes qui . mettant aussitôt de côté les préventions et les discordes . se conforment à ses avis.
Du reste, la suite des événements fit voir avec quelle certitude Nicolas avait lu dans l'avenir. Les petits cantons se félicitèrent, comme il l'avait prévu, d'avoir accédé à ses désirs. Soleure et surtout Kribourg, sincèrement attachées connue eux à la foi catholique , demeurèrent toujours leurs tidèles alliées.
Les cantons exprimèrent à Tenvi leur reconnaissance ini bon anachorète, en lui offrant des ornements pour une petite chapelle que la piété de ses concitoyens lui avait bâtie. Quels autres dons auraient pu le flatter? Il accepta cependant de Kribourg une pièce d'étofl'e pour remplacer sa robe qui tombait en lambeaux. Les Bernois lui liront cadeau d'un vase saci^é. il les remercia dans une
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lettre on sa tendresse patriotique et chrétienne enferma des conseils précieux : « Ayez soin de nnaintenii" la j>aix « et la concorde parmi vous; car vous savez combien cela « est agréable à Celui de qui proviennent toutes choses, w QU'ind on vit selon Dieu, on conserve toujours la paix : « bien plus, Dieu est la souveraine paix qui ne peut « jamais être troublée en lui. Protég;ez les veuves et les ({ orphelins, comme vous avez fait jusqu'ici. S'il vous « arrive du bien dans le monde, remerciez-en Dieu, afin <( qu'il vous en accorde la continuation dans le ciel. Ré- <( primez les vices publics, exercez toujours la justice. (( firavcz profondément dans vos cœurs le souvenir de « la passion de Jésus-Christ, et vous en ressentirez de « grandes consolations dans les moments d'adversité. On « voit de nos jours un grand nombre de personnes qui c< ont des doutes sur la foi, et que le démon tente. Mais « pourquoi avoir des doutes? La foi aujourd'hui est la (( même que celle qui a toujours été. »
Jusqu'à sa mort, qui arriva le 21 mars 1487. le jour même où il accomplissait sa soixante -dixième année, Nicolas resta, malgré lui, l'arbitre de la Suisse, (hi s'en remettait à lui du jugement de toutes les querelles. Dans cette solitude où il ne voulait que servir Dieu, par le seul fait de sa sainteté il fut, parmi tous ses compatriotes, le plus utile à sa patrie et cà son prochain. Ses bienfaits lurent si grands, qu'on s'en souvient encore, et ceux qui s'en vont pleins de foi prier sur son tombeau publient que le cours des grâces obtenues du Ciel par son intercession ne s'est point arrêté.
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