LE MALHEUR
Un grand malheur donne de la
grandeur, même à un être insignifiant.
Ne soyez pas fier d*ayoîr supporté
votre malheur. Pouviez-vous ne pas le supporter?
Il y a une espèce de fraternité qui se
forme à première vue entre ceux que le malheur a frappés. Lorsque vous ayez
longtemps porté le deuil, vous vous
PBNSBES d'une REINE
seotez attiré vers chaque robe noire que vous rencontrez.
Vous en voulez au temps qui voua
éloigne d'une perte cruelle ; il vous enlève ce qui vous restait, le droit de
pleurer.
Le respect qu'on vous montre dans votre malheur diminue longtemps avant que vous ne recommenciez à vivre; et vous voilà irrité de ce qu'on vous traite
comme avant.
LE MALHËL'R
'il
il faut être bien malheureux, pour tenter deux fois le suicide.
Le malheur est comme Thydre de Lerne; mais on ne gagne rien à faire rUercule.
LA SOUFFRANCE
La souffrance est notre plus fidèle
amie. Elle revient toujours. Souvent, elle change de robe et même de figure ; mais nous la reconnaissons aisément à son éli-einte cordiale et intime.
La souffrance est une lourde cliarrue,
coaduite par une main de fer. Plus le
8â PBNSiBS D*UNB REINB
sol est ingrat et rebelle, plus elle le
déchire; plus il est riche et facile, plus elle s'enfonce.
Ne vous plaignez pas de souffrir, car TOUS apprenez à secourir.
Quand on est jeune, la douleur est
une tempête qui vous rend malade; dans Tàge mûr, elle n'est qu'une bise qui ajoute une ride à votre ligure et une mèche blanche aux autres.
LA SOUFFRANCE
La souffrance est sensitive et clairvoyante. Le bonheur a les nerfe plus
solides et l'œil moins juste.
C'est presque toujours notre corps qui nous fait demander un appui pour
l'àme.
Une bête qui soutire cherche la solitude. Il n'y a que Thomme qui aime à faire parade même de sa souffrance.
81 PENSÉES d'une REINE
Quand nous avons un chagrin que nous ne voulons pas dire, nous parlons des autres que nous cachions autrefois.
La douleur est comme une source chaude : plus on la comprime, plus elle bout.
Il y a des gens qui se nourrissent de leur douleur, au point qu'ils s'en engraissent.
LA SOUFFRANCE
Il y a des larmes qui brûlent et laissent des cicatrices. Il y en a d'autres qui embellissent et qui parent le visage.
Il y en a enfin qui menacent et font trembler.
L'anguisse est muiiis supportable que la douleur; l'angoisse aiguise les sensations; la douleur les émousse.
La douleur se venge de notre courage ; elle s'augmente.
86 PENSEES 0*UNB REINE
Ouand on esl clepuis longtemps sevré de la joie, on ne la demande plus, et lorsqu'elle frappe à votre porte, vous ouvrent en tremblant, de peur qu'elle ne soit la douleur travestie.
Ceux qui prétendent que la douleur chantée est presque guérie, ou ne sont pas poêles ou n'ont pas souffert. C'est comme si Ton disait que celui qui crie dans la torture, ou pendant une opération, ne souffre pas.
LA SOUFFRANCE
Lorsque vous souffrez beaucoup, vous voyez tout le monde à une grande distance, comme au bout d uue immense arène. Les voix mêmes paraissent venir de loin.
xvu
Dans la grande souffrance, vous vous
fermez comme l'huître. Si on vous ouvrait le cœur de force, on vous tuerait.
XYIII
Le découragement est comme une éponge : il grossit par les larmes.
La compassion de ceux qui n*ont pas soufTert voua arrive comme un petit vent glacé qui refroidit le soleil. La sympathie de ceux qui ont souffert est comme le sirocco, chaud, même en hiver; mais il vous rend mou.
La lutte contre le monde extérieur double les ressorts de l'organisme ; la lutte contre nous-mêmes les brise.
LA SOUFFRANCE
La mélancolie quand elle n'est pas une langueur physique, est une espèce de convalescence, pendant laquelle on se croit toujours boa ii coup plus malade que pendant la maladie.
LA VIE
La vie est un art dans lequel on reste
trop souvent dilettante. Pour passer maître» il faut verser le sang de son cœur.
^affection est un enfant câlin qui vous retient dans la vie, malgré vous.
PENSÉES D*UNB REINE
Les cheveux blancs sont les pointes d*écume qui couvrent la mer après la tempête.
L'amour, la haine, la jalousie, le sort sont aveugles; à la justice on bande les veux ; il faut donc sortir de la vie pour y voir.
Si vous pouviez, du temps que vous gaspillez, faire une aumône à ceux qui savent l'employer, combien de mendiants seraient riches I
L A VIE
Les grands seigneurs aiment les
animaux, parce qu'ils se croient sûrs de leur affection désintéressée, et ils se trompent I
C'est For qui plombe nos ailes et nous retient à terre. Sans lui, nous nous envolerions peut-être.
VUl
Les jeunes ûUes traversent parfois
des marais, d*un pied si lé^er que la
l'ENSKES d'une REINE
boue ♦'Fil»' lire ù peine leur^ talons. Ce nest qu'arrivées en terre ferme qu^elles se sentent empoisonnées par les miasmes putrides qu'elles ont recueillis.
Les défauts de voire mari ou de votre femme ne sont insupportables que tant que vous insistez pour les corriger.
Prenez-en votre parti, comme de Fodeur de votre cliien que vous supportez, parce que vous l'aimez.
L'habitude trempe la patience et la rend inusable^
LA ViK
Un ne peut jamais être fatigué de la vie ; on n'est fatigué que de soi-même.
Aminuit, ce sont les gens joyeux qui passent dans la rue ; à quatre heures du matin, ce sont les malheureux; peut-être, entre minuit et quatre heures, le bonheur a-t-il passé à tired'afle 1
Chacune de nos actions est récompensée ou punie ; seulement, nous n'en convenons pas.
A force de vivre, on arrive à craindre même le ciel, comme la dernière et la plus cruelle déception.
11 vaut mieux avoir pour confesseur
un médecin qu'un prôti*e. Vous dites au prêtre que vous détestei les hoaimes ; il vous répond que tous n'êtes pas chrétien. Le médecin vous donne de la rhubarbe et voilà que vous aimez votre semblable. Vous dites au prêtre que vous êtes fatigué de vivre; il vous répond que le suicide est un crime. Le