LA NATURE
les bouledogues voudraient être des
lévriers, et ainsi de suite; de là la confusion et les méprises.
L'ESPRIT
Les grands penseurs et les hautes montagnes Yous élèvent à vos propres yeux,
Quand deux femmes inielligeiiles ne parviennent pas à tirer quelque chose d'un homme, soyez sûr qu'il n*y a rien.
Un être borné ne dit jamais : « Je
suis une bète! » Sa timidité naturelle lui fait craindre d'avoir raison.
Lorsque» dans une conversation, vous
apercevez i'arrière-pensée de l'autre, il vous semble que vous cherchez ses mains à travers un mur.
Les conversations deviennent pénibles lorsqu'on répond, non plus aux paroles
dites, mais aux paroles pensées.
L'ESPRIT
lt7
L'imagination est une gaie compagne qui gambade le long de la route en nous racontant des histoires. La réalité est une vieille femme qui ne parle que d'elle, et qui, toujours lasse, demande à être portée.
Les comparaisons gâtent les impressions, comme les ressemblances gâtent les visages.
vni
Vous ne pouvez être spirituel que
118 PENSÉES D'UNE REINB
lorsque ceuK qui vous entourent le sont aussi. Le coq a beau chanter aux
canards ; ils ne rentendent pas.
Nous craignons Toriginalité comme
un habit trop neuf, et nous faisons nos plus grands efforts pour être comme tout le monde.
A force d'écrire sur les écrits des
autres, on finit par se croire plus d'esprit qu'eux ; et si Ton n*était pas convaincu que Jésus est Dieu, les prédica-
L'ESPRIT
leurs ne lui trouyeraient qu'un esprit
médiocre.
A force de parler, on change For de ses pensées en petite monnaie, jusqu'à
ce qu'on semble pauvre.
Dans un moment tragique et dans une situation diniciie, on dit des bêtises. — Le chien aboie quand il a
peur.
Pour mesurer Fesprit, nous mesurons
PENSÉES d'une reine
les crânes. C'est comme si Ton mangeait des peaux de raisin pour trouver le bouquet du vin.
Lorsqu'on se moque d'une personne
que vous aimez, on fait de la gelée dans votre jardin.
La plume console mieux que la religion et torture mieux que l'Inquisition.
Les penseurs gouvernent le monde,
sans s'en douter, et les puissants sont
L*BSPRIT
gouvernés par le inonde, sans s'en douter davantage.
XYll
Il faut autant de réflexions pour produire une pensée qu'il faut de générations pour produire un penseur.
LA VERTU
Ne vous croyez pas avili pour avoir connu la tentation. Socrate était deux
luis grand, pour avoir clomplu l aulre,
La patience n'est pas passive ; au contraire, elle est active, elle est la force
concentrée.
126 PBN8ÉB8 D*UNB RBINB
Il faut une délicatesse infinie pour
répondre à une confession sans envenimer le mal.
Une conscience tranquille aime la solitude; une àme coupable n'y voit qu*une prison cellulaire.
La pureté est comme l'opale : elle est prise pour de rinsigniiiance par ceux qui n'aperçoivent pas ses feux.
LA VERTU
Si les joies de ce monde ne sont pas pures, c'est que nous ne le sommes pas.
Le devoir ne fronce les sourcils que tant que tous le fuyez. Suivez-le, il vous sourit.
Comme Ton serait patient avec tous,
si l'on prenait leurs défauts pour de la folie!
128 PENSÉ F. s n'UNK REINE
La bétise se met au premier rang,
pour être vue ; riotelligence se met en arrière» pour voir.
La pureté peut exister sans la candeur; maià la candeur ne peut pas èlro sans la pureté.
Nous luttons contre les défauts qui nous font souffrir nous-mêmes et nous caressons ceux qui font seulement souffirir les autres.
LA VERTU
Ce sont surtout nos mauyaiseB habitudes qui soal désagréables ; tandis que nos défauts paraissent parfois aimables.
Soyez puritain en principe, mais indulgent dans la pratique.