‹ Les pensées de J.J. Rousseau: citoyen de GenèveChapitre 48 sur 71 · CONVERSATION, POLITESSE, ART DE TENIR.MAISON · texte numérisé non relu

CONVERSATION, POLITESSE, ART DE TENIR.MAISON

JLiE grand caquet rient nécessairement* ou de la prétention à l'esprit , ou du prix qu'on donne à des bagatelles , dont on croit sottement que les autres font autant de cas que nous» Celui qui COH-

DE J. J. R OU S 6.1 AU. 1*1 Jioft assez de choses, pour donner à tous leur véritable prix , ne parle jamais trop : car il sait apprécier anssi l'attention- qu'on lui donne , et l'intérêt qu'on peut prendre à ses discours. Généralement les gens qui savent peu , parlent beaucoup , et les gens qui savent beau-* coup , parlent peu ; il est simple qu'un ignorant trouve important tout ce qu'il fait , et le- dise à tout le monde. Mais un homme instruit n'ouvre pas aisément son répertoire j il y aurait trop à dire , et il voit encore plus à dire après lui , il se tait.

. Le talent de parler tient le premier rang dans l'art de plaire y c'e:t par lui seul qu'on peut ajouter de nouveaux charmes à ceux auxquels l'habitude accoutume les sens. C'est l'esprit, qui non seulement vivifie le corps , mais qui le renouvelle en quelque sorte ; c'est par la succession des sentimens et des idées qu'il anime, et varie la physionomie : ec c'est par les discours qu'il inspire , que l'attention, tenue' en haleine, soutient long-rems le même intérêt sur le raêrar objet.

. Le ton de la bonne Conversation est courant et naturel j il n'est ni pesant »

iii L£s Pensée!

ni frivole ; il tst savant sans pédanterie #gai sans tumulte , poli sans affectation »

galant sans fadeur , badin sans équivoque. Ce ne sont ni des dissertations » ni des épigrammes ; on y raisonne s^ns ar* gumenter ; bn y plaisante sans j*u* dé mots ; on y associe avec art l'esprit et la raison , les maximes et les saillies , l'ingénieuse raillerie et la morale aultere* On y parle de tout pour que chacuiv ait quelque chose à dire ; on n'approfondit point les questions de peur d'ennuyer i on les propose comme en passant 9 oit les traite avec rapidité , la précision mené à l'élégance ; chacun dit son avis et Pappuie en peu de mots ; nul n'attaque avec chaleur celui d'autrui ; nul net défend opiniâtrement le sien j on dis* pute pour s'éclairer , on s'arrête avant la dispute , chacun s'instruit , chacun s'amuse', tous s'en vont conrens : et le Sage môme peut rapporter de ces entretiens de sujets dignes d'être médités en silence.

L'honnête intérêt de l'humanité , l'épanchement simple et touchant d'un* ame franche, sont un langage bien différent des fausses démonstrations de là) politesse et des dehors trompeurs que

î>e J. J. Rousseau, itf l'Usage du monde dfcige. Il est bien à Craindre que celui qui , dès la première vue , vous traite comme un ami de vingt ans , ne vous traite au bout de vingt amf comme un inconnu , si vous avez quel* tyie service important à hii demander* Quand on voit des hommes dissipés pren-< dre un intérêt si tendre à tant de gens * on présume volontiers qu'ils n'en pren-f lient à personne.

En général , la politesse des hommes est plus officieuse , celle des femmes plus caressante.

J'entre dans des maisons ouvertes»

dont le maître et la maîtresse font conjointement les honneurs. Tous deux ont eu la même éducation , tous deux sont d'une égale politesse > tous deux également pourvus de goût et d'esprit , tous deux animés du même désir de recevoir le monde , et de renvoyer chacun content d'eux. Le mari n'omet aucun soin pour être attentif à tout : il va , vient , fait la ronde et se donne mille peines i B voudrait être tout attention. La femme reste à sa place ; un petit cercle se rassemble autour d'elle , et semble lui cacher le resre de l'assemblée ; cependant E ne s'y passe rien qu'elle -â'apperçoiv»»

i64 Lfs^ .PsnMcs .

U n'en sort personne à qui elle n'ai* parlé ; elle n'a rien omis de ce qui pouvoir intéresser tout le monde , elle n'a rien dit à chacun qui ne lui fût agréable , et sans rien troubler à l'ordre » le moindre de la compagnie n'est pas plut oublié que le premier. On est servi , l'on se met à table ; l'homme , instruit àts gens qui se conviennent > les placera selon ce qu'il sait j la femme sans rien savoir ne s'y trompera pas. Elle aura déjà lu dans les yeux , dans le maintien , toutes les convenantes , et chacun se trouvera placé comme il veut l'être. Je ne dis pas qu'au service personne n'est oublié. Le maître de la maison en faisant la ronde aura pu n'oublier personne :

mais la femme devine ce qu'oir regarde avec plaisir et en offre ; en parlant a son voisin , elle a l'œil au bout de la table , elle discerne celui qui ne mange point , par^e qu'il n'a pas faim ; et celui qui n'ose se servir bu demander , parce qu'il est mal-adroir ou timide. En sortant de table, chacun croit qu'elle n'a songé qu'à lui , tous ne pensent pas qu'elle ait eu le tems de manger un seul morceau ; mais la vérité est qu'elle a mangé plus £ue personne. Quand tout le monde est

de J. J. Rousse ait. i6j parti , l'oifparlfT de ce qui s'est passe".

L'homme rapport* ce qu'on ûu\ a dit , ce qu'ont dit refait- ceux avec lesquels iUs'e^t entretenu», S^ce ft n'est pas toujours là'dessus-qu* la- femme est la plus exacte , en revanche elle a vu ce qui s'est dit tout bas* ^'l'autre î>out de la salle : elle sait ce qu'un tel a pensé» à quoi jendoit tel propos ou tel geste ; il s'est fait à peine un mouvement expressif, qu'elle n'ait l'interprétation toute prête et presque toujours conforme à la vérité. •- , ^

Fin de la première Partie*

; TA.BtE

:DES AHtlCtHS

, Contenus dans ,1a première Partie. .

JD/«tf.

page*

'Evangile.

'Athéisme y fanatisme.

Religion. J

Oraison , dévotion , oYvofo

if

Conscience*

Moralité de nos actions.

as

Passions.

Bonheur. . . T

Ferfu. - ''

Honneur.

Chasteté , ri/refe* » pudeur*

Pitié.

Amour de la patrie.

Amour-propre , amour de soumtme.

Amours.

Amans.

Ami i amitié. '

Sentiment.

Nature , habitudes

Vice.

714 «JMK

Mjqhanceté, méchant.

Bjfgocrisie.

Caractère.

Coquetterie.

Coups du sort.

institutions sociales* .-

Êeuple.

Gouv$m*&®*'~ ~ r '-u. ^ .

£0^, royaume»

Législateur.

Loi-

Liberté.

Dépendance»

Luxe.

Riches, riches ses •

Mendians.

Suicide.,, - , ,, , » •

Aie/. *

Vi 1

Maladie.

Médecine , médecin*

Mort.

Etude.

Etude du monde*

Etude des sciences^

Sciences et arts.

Talent.

ns

Coût.

ÏÎ9

I ma o [nation*

fiUl'H

Signes.

tdêas.

Accent •

Théâtre.

Page 1