DE J. J. ROC SSI AU
je pour la détruire ? De la considération de l'ordre je tire la beauté de la vertu y et sa beauté de l'unité commune ; mais que fait tout cela contre mon intérêt particulier , et lequel au fond m'importe le plus- , de mon bonheur aux dépens du reste Ats hommes , ou du bonheur des autres aux dépens du mien ? Si la crainte de la honte- ou du châtiment m'empêche de mal faire pour mon profit , je n'ai qu'à mal faire en secret , la vertu n'a plus rien è me dire , et si je suis surpris en faute 9 on punira comme à Sparte, non h délit , mais la mal-adresse. Enfin , que le caractère et l'amour du beau soit eau preint par la nature au fond de mon aine, f aurai ma règle aussi long-temps qu'il ne sera point défiguré ; mais comment m'assure* de conserver toujours dans sa pureté cette effigie intérieure qui n'a point parmi les Etres sensibles de modèle auquel on puisse la comparer ? Ne Sait-on pas que les aflfcotions désordonnées corrompent le jugement ainsi que la volonté , et que la conscience s'altère et se modifie insensiblement dans chaque siècle , dans chaque peuple , dans chaque individu selon l'inconstance et la variété des préjugés 1 Adorons l'Etre éternel ,
6 Lis Pensées
d'un souffle nous détruirons ces fantAmet de raison qui n'ont qu'une vaine apparence et fuyent comme une ombre devant l'immuable vérité.
L'oubli de toute Religion conduit k l'oubli des devoirs de l'homme.
Fuyez ceux qui , sous prétexte d'expliquer la nature , sèment dans les cœurs des hommes de désolentes doctrines * et dont le scepticisme apparent est une fois plus affirmatif et plus dogmatique que le ton décidé de leurs adversaires. Sous le hautain prétexte qu'eux seuls sont éclairés , vrais de bonne foi , ils nout soumettent impérieusement à leurs décisions tranchantes , et prétendent nous donner pour les vrais principes des choses , les inintelligibles systèmes qu'ils ont bltis dans leur imagination. Du reste f renversant , détruisant , foulant aux pieds tout ce que les hommes respectent * ils ôtent aux affligés la dernière consolation de leur misère , aux puissans et aux riches le seul frein de leurs passions , ils arrachent du fond èts cœurs le remords du crime , l'espoir de la vertu , et se vantent encore d'être les bienfaiteurs du genre humain. Jamais , disent - ils , la vérité n'est nuisible aux hommes ; je le
BtJ. S. Rousseau, ty trois comme eux , et c'est à mon avis ' une grande preuve que ce qu'ils enseignent n'est pa* une vérité.