‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 127 sur 192 · CHAPITRE VI. LES HISTORIENS TURCS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. LES HISTORIENS TURCS

ques avec les différentes espèces de fers à souliers appelés kabadi, makhzoumi, etc. Ils les travaillent dans le feu.

L'auteur parle d'une cinquantaine de ces corporations ; il y en a d'artistes : peintres, architectes, musiciens, chanteurs, même de fous et de mimes.

Voici à peu près comment il décrit la fonte des canons : Les moules sont préparés dans les salles disposées à cet effet. On met dans le milieu une masse d'argile, destinée à être enlevée après la fonte pour former le creux du canon.

Les fours pour fondre le bronze sont bâtis en deux endroits avec une espèce particulière de pierre, qui peut seule résister à la force du feu. La partie basse des fours est creuse ; la partie supérieure est voûtée. De 40 à 50.000 quintaux de bronze y sont déposés avec des fragments de vieux canons, et on tient prête une quantité suffisante d'étain.

Devant ces fourneaux voûtés, les moules des canons sont enterrés, la bouche en dessus. S'il s'agit de canons de fort calibre, dix moules sont juxtaposés dans la fosse ; si ce sont des couleuvrines, on en met vingt ; dans le cas de petits canons, on en met cent. Lorsqu'on fond de ces canons si gros qu'un homme peut tenir à l'intérieur, on n'en coule que cinq à la fois. On couvre les bouches de ces formes avec

de l'argile. Alors on pratique sur le sol des gouttières, comme celles que font les jardiniers pour conduire l'eau des jardins, qui vont du fourneau aux moules. De chaque côté des fours sont déposées d'immenses piles de bois sec.

Le jour de la fonte étant arrivé, tous les maîtres, calfas, fondeurs, le général de l'artillerie, le premier gardien, l'imam, le muezzin et le muakil, s'assemblent, et, au cri de « Allah ! Allah ! » le bois est jeté dans le four. Le feu est entretenu vingt-quatre heures. Après ce temps, les fondeurs se revêtent d'une espèce de cape qui ne laisse de visible que les yeux, et de manches épaisses pour protéger les mains. On fait venir le vizir, le mufti, les cheïkhs ; quarante personnes sont en outre admises ; mais les serviteurs sont congédiés, pour que le métal en fusion ne risque pas d'être regardé par un mauvais œil. Les maîtres fondeurs, avec des pelles de bois, jettent environ cent quintaux d'étain dans la mer d'airain fondu. Le grand vizir y jette quelques bourses d'or ; les autres personnages l'imitent. Des perches de sapin, pareilles à des mâts, sont employées pour mêler l'or et l'argent au métal. Quand celui-ci se met bouillonner, on rajoute encore du bois ; on fai quelques prières ; enfin avec des crocs de fei on ouvre la bouche des fours. Le métal liquid^ s'en échappe, éclairant les visages des assis

Page 1