‹ Les penseurs de l'Islam (volume 2)Chapitre 133 sur 192 · CHAPITRE VI. LES HISTORIENS TURCS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. LES HISTORIENS TURCS

autres barbaries de ce genre retracèrent le tableau de la férocité des peuples sauvages. »

La guerre navale qui se déroula alors offre quelques beaux traits. Le Capitan-Pacha rencontre les Russes dans le canal qui sépare Chio du continent. « Au plus fort de l'action, le brave Hasan-Bey, qui montait le vaisseau amiral musulman, aborde le vaisseau amiral russe. Un combat opiniâtre s'engage. Les ennemis sentent que la résistance est inutile et que leur bâtiment va être pris ; dans leur désespoir, ils y mettent le feu. Les navires étaient accrochés l'un à l'autre. Les Musulmans ne peuvent parvenir à se détacher des Russes et à se garantir de l'incendie. Les deux vaisseaux s'embrasent et sautent à la fois avec un épouvantable fracas. Le commandant Hasan-Bey eut le bonheur de se sauver. »

Notre annaliste donne parfois de bons détails techniques. 11 parle ainsi d'efforts qui furent faits dans le courant de la guerre pour améliorer l'artillerie : « On fondait des canons à Constantinople. Ceux dont on s'était servi jusqu'ici étaient trop pesants et de trop gros calibre. Leurs affûts trop massifs et trop élevés en rendaient la manœuvre et le transport très difficiles. Uarabadji-bachi (le chef des charrois) désigna le poids que chaque pièce devait avoir pour être d'un usage commode. On travailla avec

activité d'après les idées qu'il présenta, et l'on fit en peu de temps une assez grande quantité de canons dont la charge était de cent dragmes jusqu'à trois ocques de poudre. On leur donna des affûts légers et solides. On en fit parvenir 60 par terre à Babadaghi (lieu où les troupes avaient leurs quartiers d'hiver) ; les autres furent mis sur des bâtiments quiles débarquèrent à Carakherman. Dix des plus petits, après avoir été éprouvés à charge double, furent rangés devant la maison du grand vizir. Le reste fut confié au Topdjî-bachi (le chef des canonniers). »

Wâsif Efendi a l'esprit philosophique et sage, et est très pacifiste. Comme les pacifistes, il apprécie les qualités défensives d'une race ou d'une armée plus que ses qualités offensives, et il ne craint pas de dire que les Ottomans sont faibles en rase campagne, mais que leur défense dans les places est admirable. A propos d'une défense de Sihstrie par les Turcs, qui fut couronnée de succès, il écrit ces lignes :

« Si les troupes ottomanes avaient montré dans toutes les occasions le courage qu'elles déployèrent dans celle-là, elles auraient toujours obtenu la palme de la victoire, et la terreur de leurs glaives se serait répandue dans toutes les contrées... Mais il est vrai que si le soldat musulman n'est pas resserré dans une enceinte étroite, il se bat rarement avec toute la bravoure i

Page 1