CHAPITRE PREMIER LES SOUVERAINS
Les Grands Khalifes : Mansour, Réchîd, Mamoun. — Saladin. — Le destructeur DU Khalifat Houlagou.
El- Mansour, le second Khalife de la dynastie des Abbassides (1), fut un très grand prince. C'est lui qui fonda Bagdad pour en faire la capitale de l'empire. Celle-ci, sous les Oméyades, avait été Damas. Il bâtit sur une hauteur dominant l'Euphrate, dans le bassin supérieur du fleuve, la forte citadelle de Râfikah en face de Rakkah ; il renforça les défenses de Koufah et de Basrah. Sous son règne, les modes persanes furent en honneur. On cultiva la littérature, l'histoire, la médecine et particulièrement l'astro-
1. Sur l'histoire de ces Khalifes, V. par exemple, Muir, The Caliphate, its rise, décline and fall, 2^ éd., Londres, 1892, et Maçoudi, Les Prairies d'Or, éd. et trad. Barbier de Meynard et Pavet de Courteille, Paris, 1861 et suiv.
nomie, car ce Khalife était astrologue ; les grands jurisconsultes Abou Hanîfah et Mâlik ibn Anas fleurirent à cette époque. Mansour jugea sévèrement ses prédécesseurs. Un traditionniste raconte que dans une réunion de savants qui avait lieu chez lui, la conversation tomba sur les Khalifes Oméyades, sur leur politique et sur les causes de leur chute. Mansour en critiqua plusieurs, loua Hichâm, fils d"Abdel-Mélik, et ajouta : « Les premiers d'entre eux gouvernèrent d'une main ferme l'empire que Dieu leur avait soumis ; ils surent contenir, protéger et défendre les États que Dieu leur avait confiés, parce qu'ils se maintinrent dans une sphère élevée et qu'ils évitèrent toute action vulgaire ; mais leurs fils, perdus de luxe et de vices, n'eurent d'autre pensée en arrivant au pouvoir que de satisfaire leurs passions, que d'enfreindre les lois divines pour s'adonner à tous les plaisirs... ils traitèrent à la légère Dieu et la souveraineté, et Dieu les rendit incapables de régner. »
Mansour choisit la position de Bagdad parce qu'il la jugea facile à défendre et d'un climat sain. L'emplacement était protégé par l'Euphrate et des canaux dérivés de ce fleuve. Quand le Khalife avait été le reconnaître, il y avait trouvé des moines qui lui en avaient vanté l'air, les eaux, le climat. Il fit creuser les Ugnes
des murailles et les principales places, et il posa lui-même la première pierre. La ville avait quatre portes donnant accès aux rues principales ; elles étaient voûtées en ogives, et surmontées de pavillons dans lesquels s'ouvraient des baies également ogivales, et d'où la vue s'étendait sur tout le pays environnant. De la porte de Khorâsan, regardant à l'est, on dominait la vallée du Tigre ; cette porte était appelée aussi porte de la Félicité, parce que la fortune des Abbassides avait commencé dans le Khorâsan. Les autres regardaient la Syrie, Koufah et Basrah. La nouvelle ville fut appelée Médinet el-Mansour ou ville de Mansour, du nom de son fondateur.
Haroun er-Raghid était petit-fils de Mansour ; sa mère Khaïzouran était une esclave originaire de l'Yémen. Il succéda à son frère Hâdi au moment où celui-ci se disposait à le faire périr ; il est probable que Hâdi fut empoisonné par la mère de Réchîd. Hâroun fit la prière sur le corps de son frère, et fut proclamé l'an 170, H. Dans la neuvième ou dixième année de son règne, il quitta Bagdad, qu'il n'aimait pas, et s'installa à Rakkah. Il lui était plus facile ainsi de contenir la Syrie et de surveiller les frontières grecques. Sans être précisément un conquérant, Réchîd déploya dans
tout son règne une grande activité militaire. Il eut à réprimer des soulèvements continuels dans différentes parties de son empire, et il ne cessa de lutter, avec des alternatives de succès et de revers, contre les Grecs. L'étendue des territoires musulmans dépassait alors la science de l'administration ; le Khalife ne pouvait maintenir ses immenses possessions unies et tranquilles sur tous les points. L'Espagne s'était déjà détachée sous le règne de Mansour ; l'Afrique se sépara en fait sous celui de Réchîd. Du côté des Grecs, Réchîd avait en Nicéphore un digne adversaire. En 181, profitant de troubles à Constantinople, il avait conduit lui-même des forces importantes en Asie- Mineure et remporté une victoire près d'Angora. Les prisonniers furent ensuite échangés, et Irène, en payant un tribut, obtint une trêve de quatre ans. Quelques temps après, Nicéphore écrivit au Khahfe une lettre insultante : « Nicéphore, roi des Grecs, à Hâroun, roi des Arabes. Irène a échangé la tour contre le pion ; elle t'a donné de l'argent, deux fois ce que tu aurais dû lui en donner toi-même. Ce n'est qu'une faiblesse de femme. Rends maintenant ce que tu as reçu, ou que le glaive décide. »
Hâroun répondit : « Hâroun commandeur des croyants, à Nicéphore chien des Grecs. J'ai lu ta lettre, fils d'une mère infidèle. La