CHAPITRE IV. — LES HISTORIENS ARABES
par cette porte, appelée Bâb Aghmât, que les Almohades entrèrent, l'épée à la main. Ils enlevèrent le reste de vive force; tous ceux qu'ils rencontrèrent furent massacrés. Parvenus au palais, ils en arrachèrent Témir Ishâk et les chefs Almoravides. Pendant qu'on massacrait ces derniers, le jeune prince pleurait et supphait *Abd el-Moumin de lui conserver la vie. Un de ses ofTiciers qui était à son côté, les mains liées derrière le dos, lui cracha au visage : « Pourquoi pleures-tu ? lui dit-il, est-ce pour papa et maman ? Sois ferme ; conduis-toi en homme. Quant à cet homme que tu implores, c'est un infidèle et un impie ! » Les Almohades se jetèrent sur l'officier et l'assommèrent à coups de bâton. Ishâk eut la tête tranchée l'année suivante.
«Après sept jours de massacre, 'Abd el-Moumin pardonna aux survivants... Il fit enlever les cadavres et fixa à Merrâkech le siège de son empire... Il construisit dans la citadelle une mosquée d'une grande beauté et fit abattre celle qu'avait édifiée Yousouf ibn Tâchefîn. »
On trouverait sans peine d'autres beaux passages relatifs à l'Espagne et au Magreb ; mais mieux vaut en citer un qui se rapporte à l'Orient, car Ibn el-Athîr est surtout connu comme historien des Croisades. On ne lira pas sans intérêt ce bel éloge de Nour ed-Dîn, fils de Zengui,
l'atabek de Mosoul qui un moment menaça la fortune de Saladin et qui fut, avant ce prince, le principal champion de l'islamisme contre les Francs : « Nour ed-Dîn avait le teint brun, la taille haute ; il n'avait pas de barbe, si ce n'est sous le menton. Son front était large, sa figure belle, ses yeux pleins de douceur. Ses États étaient devenus fort vastes, et l'on récitait la prière pubhque en son nom dans les deux villes saintes (La Mecque et Médine) et dans l'Yémen, après que Chems ed-Daoulah fils d'Eyoub y fût entré et en eût fait la conquête. Il était né en 511 (1117 du Christ). Sa réputation couvrit toute la terre, à cause de son excellente conduite et de son équité. .J'ai parcouru les biographies des rois ses devanciers, et je n'y ai pas trouvé, à part les quatre premiers khalifes et 'Omar fils d''Abd el-'Azîz (1), de conduite plus belle que la sienne, ni un prince qui se fût appliqué plus que lui à faire régner la justice...
« Au nombre des belles qualités de Nour ed- Dîn figuraient l'abstinence, la piété et la science. Il ne se nourrissait, ne s'habillait et ne fournissait à ses dépenses particulières qu'au moyen de sommes provenant d'un domaine qui lui appartenait et qu'il avait acquis sur sa part du butin et sur les sommes destinées aux b(