CHAPITRE VII
officiers de l’empire et de la discipline de l’armée. Tout cela encore est en rapport avec les soins personnels que prend le monarque, avec son amour pour son peuple et avec une intelligente gestion des revenus et des dépenses publiques. »
Abou’l-Fazl s’occupe alors des enquêtes sur le revenu des terres suivant leurs espèces et leur qualité, puis des collecteurs d’impôts et des trésoriers. A propos des monnaies, il fait en termes éloquents l’éloge de l’or. Il énumère ses propriétés et dit que ce métal est appelé « le grand principe, le gardien de la justice ». L’argent et le bronze ne sont que ses auxiliaires. Notre auteur expose, comme le ferait un bon chimiste, les méthodes pour raffiner l’or, pour raffiner l’argent, pour séparer l’argent de l’or. Il donne la description et le poids des monnaies en cours, la valeur des anciennes monnaies. Il parle un peu à la manière des alchimistes, de « l’origine des métaux » dans leurs mines ; mais en revanche, il dresse la table des poids spécifiques des matières précieuses, or, métaux et pierres, à la façon des savants modernes.
Son attention se porte ensuite sur les harems impériaux et sur les frais qu’ils entraînent. Puis il parle des voyages et des campements. C’est une question sur laquelle a travaillé son maître. Sa Majesté, dit-il, a imaginé le Gulalbar, sorte de grand clos fermé de portes solides,
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ayant une superficie de 100 yards carrés ; il a des divisions réglées, et aux extrémités sont des pavillons pour le souverain et les autorités. Abou’l-Fazl décrit aussi les campements pour l’armée et les usages relatifs aux illuminations. De là, rien n’échappant à sa vigilance, il passe à la cuisine et à l’alimentation. Il donne la statistique des prix de différents articles. « Ces prix, remarque-t-il, varient, comme dans les marches, durant les pluies ou pour d’autres raisons. Nous n’en pouvons donner que le chiffre moyen pour servir aux futures enquêtes. » Il dresse ainsi, par exemple, un tableau du prix des fruits selon leur provenance et leurs qualités. Il y a même plusieurs tableaux, selon que les fruits sont doux, sûrs ou secs. « Sa Majesté, observe-t-il, regarde les fruits comme un des plus grands dons du Créateur, et s’occupe beaucoup de leur culture. Des horticulteurs de l’Iran et du Touran se sont établis ici, et la culture des arbres est dans un état florissant. Les melons et les raisins sont en abondance et excellents ; les melons d’eau, pêches, amandes, pistaches, grenades, peuvent être trouvés partout. Depuis la conquête de Kaboul, de Kandahar et de Kachmir, des chargements de fruits sont importés ; toute l’année les boutiques des marchands en sont pleines et les bazars en sont pourvus. » Les fruits sont suivis des parfums et des fleurs
odorantes. Il en donne la liste et les prix. Il explique la préparation de chaque parfum, ce qui constitue un document intéressant pour l’histoire de la chimie, et il décrit les fleurs dont il est extrait.
Puis vient le tour des étoffes et des châles. Ce chapitre n’est pas dans l’Inde l’un des moins importants. « Sa Majesté, dit Abou’l-Fazl, a amélioré ce département de quatre manières. Le progrès est visible premièrement dans les « Tous châles », qui sont tissus avec la laine d’un animal de ce nom. La couleur naturelle de cette laine est noire, blanche ou rouge, le plus souvent noire ; quelquefois elle est blanc pur. Cette espèce de châles est sans rivale pour sa légèreté, sa chaleur et sa douceur. Les gens les portent généralement sans en changer la couleur naturelle ; Sa Majesté en a fait teindre. » Pour d’autres étoffes, Sa Majesté les a fait tisser plus large de façon qu’on puisse d’un legs faire un habit entier. Il est admirable vraiment de voir un tel souci du détail pratique chez des hommes que nous avons vus tout à l’heure occupés des plus hautes spéculations métaphysiques et religieuses. Par ce soin de connaître les métiers, de les réglementer et de les faire progresser, Abou’l-Fazl rappelle notre Colbert. Le chapitre sur les étoffes se termine par la liste de leurs diverses espèces et de leurs prix.
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Cette étonnante encyclopédie est encore loin d’être close. Voici maintenant des renseignements sur ce qui concerne l’écriture et la peinture. Sont passés en revue la bibliothèque du roi, le bureau des traductions. L’auteur nous apprend quels sont les ouvrages que l’on traduit, et, détail particulièrement curieux, quels sont les principaux livres que Sa Majesté aime à relire.
Après les arts de la paix viennent ceux de la guerre. Les multiples questions de la technique, de l’organisation militaire et de l’armement ne trouvent inférieurs à eux-mêmes ni ce grand souverain, ni son ministre. Il semble au contraire que leur attention et leur talent d’organisateur redoublent, et le sentiment et la recherche du progrès, stimulés par l’intérêt de la matière, se manifestent ici aussi nets, aussi intenses que nous les voyons de nos jours. L’arsenal : « Sa Majesté a examiné avec la plus grande attention le travail dans les arsenaux. Ele a imaginé toutes sortes de nouvelles méthodes et étudié la possibilité de leur application pratique. Ainsi une armure couverte de plaques fut apportée devant Sa Majesté et prise pour cible ; mais aucune balle n’eut la force d’y faire impression. Des armures de ce genre en nombre suffisant ont été fabriquées pour toute l’armée. » Suit une énumération des armes en usage, — il y en a 77, ce qui est beau -