‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 115 sur 122 · CHAPITRE VIII. — LES PROVERBES ET LES CONTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — LES PROVERBES ET LES CONTES

la première fois par Masoudi, au ive siècle de l’hégire, sous leur titre arabe et sous le nom persan de hézâr efsâneh , les mille contes (1). Elles font partie, selon cet historien, de « recueils qui, dit-il, nous sont parvenus, après avoir été traduits du persan, de l’indien ou du grec ». Une variante, au lieu de « l’indien » , porte : « du pehlvi ». «C’est, dit Masoudi, l’histoire d’un roi, du vizir, de sa fille et de sa servante ; ces deux dernières s’appellent Chîrâzâd et Dînâzâd.»

D’après les critiques auxquelles ont été soumis les contes, on peut considérer comme remontant à l’époque de Masoudi, soit à notre xe siècle, et comme ayant fait partie de l’original persan : le cadre (on appelle ainsi l’histoire de Chéhérazade), le pêcheur et l’Ifrît, Hasân de Basrah, le Prince Bedr et la Princesse Djawhar de Samandal, Ardéchîr et Hayât en-Nofous ; Qamar ez-Zémân et la Princesse Boudour ; et d’après plusieurs érudits, ce premier groupe de contes serait d’origine indienne.

J’avoue ne voir dans les contes ici mentionnés aucun trait décelant qu’ils tirent leur origine de l’Inde. Il s’y trouve au contraire beaucoup de superstitions juives, mêlées de quelques détails musulmans ou même chrétiens. Le pêcheur, lassé de ne rien prendre, s’adresse à Dieu ;

1, Les Prairies d’or , t, IV, p. 89.

LES PENSEURS DE L’iSLAM

il se plaint, comme dans l’Evangile, d’avoir jeté trois fois ses filets sans rien prendre. Le Génie qu’il retire ensuite est enfermé dans un vase scellé du sceau de Salomon. L’idée messianique est exprimée : Salomon est mort depuis 1800 ans, dit le pêcheur, et nous sommes à la fin des siècles. Le conteur connaît la légende talmudique qui représente Salomon comme dompteur de génies. Le génie jure par le grand nom de Dieu, idée juive et coranique. Il parle d’esprits rebelles conformément à la tradition juive et chrétienne : ils sont deux, selon le texte de Galland, qui refusèrent de se soumettre à Salomon, et l’un d’eux s’appelle Sacar, nom hébreu. Dans le texte arabe de 1311 H., Sakhar est le nom même du génie qui parle au pêcheur. Le génie naît de la fumée et retourne en fumée ; un rôle important est attribué à la fumée dans les traités de magie arabe. Enfin, le pêcheur renvoie l’Ifrît de nouveau renfermé, dans la mer, pour qu’il y reste jusqu’à la fin des temps ; c’est l’idée eschatologique, corollaire de l’idée messianique. En tout cela et dans tout le reste du conte, rien d’indien.

Il en est de même dans le conte de Kamarez-Zamân.Le Djinn femelle s’appelle Maïmounah fille de Damriât, nom dont l’assonance est plutôt hébraïque (1) ; elle sort d’une citerne romaine

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