CHAPITRE VIII. - LES PROVERBES ET LES CONTES
juif surtout (1), avec des particularités pouvant être rapportées à l’ Égypte. Les métamorphoses sont grecques. Il semble donc bien qu’il faille reconnaître dans ces contes la même école que nous avons déjà vue produire le Kalîlah : école grecque d’Orient, imbue de judaïsme, syncrétiste, qui a légué ses traditions et ses œuvres à la Perse où les ont prises les Arabes.
A ces histoires formant l’ancienne collection sont venues s’en ajouter d’autres : d’abord un groupe de contes rédigés à Bagdad, puis un groupe du Caire. Les contes de Bagdad sont des histoires d’amour dans lesquelles intervient souvent le Khalife Hâroun ar-Réchîd ; telles que l’histoire très passionnée de Chems en-Nihar et celle des trois Calenders. Ces récits renferment des traits de mœurs bien musulmans (2). Les
1. Signalons encore comme rapport avec les traditions juives l’histoire de Dallah la rusée. Il est question de cette Dallah, non dans les Mille et une Nuits , mais dans les Mille et un Jours (trad. Paris, 1844, p. 360 et suiv.) ; Masoudi la connaît (Les Prairies d'Or, VIII, 175), et elle est assurément comparable à la Dalilah biblique. V. ce rapprochement fait, par Barbier de Meynard dans la note à ce passage des Prairies d'or.
2. Encore faut-il prendre garde que les noms des personnages et des lieux peuvent avoir été changés, l’histoire restant sensiblement la même. V. par exemple l’histoire de Kaleh Kaïri dans les 1001 Jours et dans les 1001 Nuits ( histoire d' Atalmulc et de la princesse Zélica ) ; les noms des princes ne sont pas les mêmes.
LES PENSEURS DE L’iSLAM
contes égyptiens se distingueraient par un certain tour un peu ironique, et par le genre du merveilleux comportant l’emploi de talismans plutôt que l’intervention d’esprits. Ce sont, par exemple, les histoires groupées autour d’Ahmed ed-Danaf. Pour ce qui est de la différence du merveilleux, elle ne me semble pas bien évidente. Les esprits et les talismans vont ensemble, ceux-ci étant destinés à conjurer ceux-là. Au groupe égyptien appartient le fameux conte d’Aladin. Cette autre merveille de la littérature populaire, Ali- Baba et les quarante voleurs, est apparentée à un conte de l’Égypte antique (1). Cet ancien conte n’a-t-il point lui-même sa source en Grèce ? Cela est bien possible. Les caractères, l’esprit et le décor, le type de servante courageuse et spirituelle qu’est Morgiane, sont tout à fait en harmonie avec les mœurs et avec le génie littéraire de la Grèce.
Nous ne parlons point ici du roman de chevalerie Omar en-No‘man, ajouté aux Mille et une Nuits, de Sindbad, dont nous devons parler en géographie, et de nombreuses anecdotes à peu près historiques.
Dans la célèbre histoire qui forme ce qu’on appelle le cadre (2), celle de Chéhérazade
1. Maspero, Les Contes populaires de V Egypte ancienne , Paris, 1889, p. 150.