‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 36 sur 122 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES SOUVERAINS

tentative. Les paroles musulmanes du témoignage furent supprimées sur les monnaies et dans la liturgie ; le nom du Prophète ne fut plus donné aux enfants. Les mosquées étaient désertées, et plusieurs furent transformées en casernes. Sans tenir compte de la loi musulmane qui défend les images d’êtres vivants, Akbar orna ses palais de scènes tirées des légendes du christianisme ou du bouddhisme ; semblable à Alexandre Sévère, il faisait voisiner dans ses salles l’image de Jésus et celle de Bouddha.

Dans le gouvernement civil, le principe de tolérance et d’harmonisation fut plus efficace. Il fut professé à côté d’Akbar par son ministre et ami Abou’l-Fazl dont nous parlons plus loin.

L’administration d’Akbar continuait l’œuvre d’un souverain antérieur, non mongol, Cher Chah, qui avait gouverné l’Inde avec beaucoup de sagesse quelque temps auparavant, bien qu’il eût été ennemi des Mongols. On s’efforça d’établir plus d’égalité dans les impôts, en répartissant l’impôt d’après le revenu des terres et supprimant les taxes. Cette idée n’a pas été perdue de vue jusqu’à notre époque. A l’occasion de son mariage avec la fille d’un radjah, Akbar remit deux taxes qui grevaient les hindous : l’une sur ceux qui allaient en pèlerinage aux sanctuaires brahmaniques, l’autre, la capi-

LES PENSEURS DE L’iSLAM

tation, perçue d’après la loi musulmane, sur les infidèles. Il s’occupa aussi de la question monétaire; il supprima les monnaies locales, essaya de faire rentrer les monnaies usées et de fixer la valeur de celles qui étaient en circulation. Au point de vue des mœurs, il défendit la cruauté envers les prisonniers de guerre et tua de sa main son demi-frère qui s’en était rendu coupable. Il fit défense aux veuves de se brûler sur le bûcher de leurs maris.

Un autre grand serviteur d’Akbar, le général Todar Mal, capitaine habile et homme d’Ëtat éminent, prit une part considérable à l’œuvre administrative de ce règne. Au milieu de campagnes continuelles contre les rajahs mal soumis, toujours couronnées de succès, il prit une série de mesures fiscales dignes des meilleurs financiers : établissement d’une liste exacte des propriétés ; facilités de plainte données contre les exactions ; l’impôt fixé pour 19 ans ; soins pris pour qu’il ne fût pas intercepté par les chefs maraudeurs ou les barons locaux ; réduction de moitié du nombre des officiers inférieurs ; avances en argent et en semences consenties aux cultivateurs ; obligation d’un rapport annuel à faire par les collecteurs d’impôts ; comptes mensuels à soumettre au trésor ; rapports spéciaux dans les cas de calamités comme grêles, inondations; les impôts recueillis en qua-

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