Mirkhond, Rauzat as-Safa, histoire depuis les
L’auteur dit dans sa préface que, ses intentions ayant été approuvées par l’émir de Hérat, celui-ci lui donna l’ordre de composer une histoire, sans métaphores exagérées, sans plagiats, prolixité ni obscurité, divisée en sept parties pouvant être lues séparément. L’émir le pourvut de livres et le logea dans la maison d’un de ses confidents, sur les bords de la rivière Djîl, près d’une université que ce personnage avait bâtie. En témoignant sa reconnaissance à ses protecteurs, Mirkhond cite ces beaux vers sur l’histoire : « On voit des bâtiments qui sont ruinés par le soleil et la pluie ; élève l’histoire sur des fondations assez fortes pour qu’elle résiste aux vents, aux orages et à la dévastation. » Les sept parties de l’œuvre sont consacrées : la première aux premières créatures, parmi lesquelles sont les génies, aux prophètes, aux anciens rois de Perse et aux philosophes de l’antiquité ; la deuxième à Mahomet et aux quatre premiers Khalifes; la troisième aux Khalifes Oméyades et Abbassides, et aux douze imams descendants d’Ali. La quatrième partie traite des rois contemporains des Abba>sides,
temps anciens jusqu’à la mort du sultan Abu’l-Ghazi Balladur, 911 H. (1505), plusieurs fois édité. — Ici, comme dans le nom des philosophes ikhwân es-Safa , j’aimerais mieux traduire Safa par « sagesse », plutôt que par « pureté » ou « sincérité »,
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c’est-à-dire des autres dynasties. La cinquième est consacrée à Djenghîz-Khân et à ses descendants qui ont régné dans l’Iran ou dans le Touran ; la sixième à Tamerlan et à ses successeurs ; la septième est l’histoire du sultan Abou’l-Ghâzi Husaïn Bahâdur.
On a traduit ou édité, en Occident, de nombreux morceaux de cette vaste œuvre. Dès le xvne siècle on s’y est occupé de Mirkhond. On lui a fai de nombreux emprunts dans un livre intitulé Les Etats et Principautés du monde qui parut d’abord en français en 1662, puis fut traduit en italien et en anglais, 1715. Une quinzaine d’ouvrages ont été tirés de l’œuvre de Mirkhond : En 1780 une histoire des anciens rois de Perse, publiée à Vienne ; en 1793, le mémoire de Silvestre de Sacy sur diverses antiquités de la Perse et sur les Sassanides ; les histoires partielles des Samanides, des Tahérides, des Ghourides, des Bouyides, des Seldjoukides ; la vie de Djenghîz-Khân ; l’histoire des Atabeks de Syrie et de Perse.
La partie la plus populaire de cette œuvre est peut-être la première ; elle a été traduite en anglais, ainsi que la seconde, par Rehatsek (1) ; mais ces parties sont remplies de légendes, et forment plutôt un ou-
1. Dans [ Oriental translation jund , 3 vol. Londres, 1891-1894.
vrage d’agrément qu’un véritable travail historique. Les articles consacrés aux philosophes et savants grecs, par exemple, sont peu sérieux. Mirkhond attribue à chacun d’eux un certain nombre de sentences qui ne sont pas bien caractéristiques de leur philosophie. A propos de Platon, il cite le « Livre de l’histoire des savants, tarikh el-hokama », excellent recueil bibliographique arabe, fort supérieur à ses propres articles, et il se garde de reproduire les titres des 65 compositions littéraires de Platon qu’il dit être mentionnées dans cet ouvrage. Il donne deux pages de proverbes ou de sentences attribuées à ce philosophe, et il ajoute que toutes ces sentences sont insérées à la fin de Y Akhlâqi Nâsiri , le traité de morale de Nasîr ed-Dîn Tousi. L’une de ces sentences est cette parole de Platon à son lit de mort : Comme ses amis lui demandaient son impression sur la vie, il répondit : « J’y suis entré par force ; je m’y suis promené avec étonnement et maintenant je l’abandonne contre mon gré. Ce que je sais surtout, c’est que je ne sais rien. »
La partie du livre de Mirkhond, concernant l’histoire des Samanides, a été traduite en français par Defrémery (1). On trouve là le nom
1. Histoire des Samanides par Mirkhond , éd. et trad. M. Defrémery, Paris, 1845.
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de quelques souverains, qui ont eu des mérites intellectuels et qui se sont acquis des droits à la reconnaissance des lettrés comme protecteurs des sciences ; notamment le prince samanide Nouh fils de Mansour, qui eut un moment pour ministre Avicenne, et Qâbous, souverain du Djordjân, poète lui-même, qui accueillit ce même philosophe et Firdousi. Ces dynasties d’importance secondaire n’ont pas la hauteur de caractère et de génie que nous avons admirée chez les plus grands monarques ; leur relief moral est moindre, ainsi que leur destinée ; il est juste cependant de ne pas les oublier tout à fait.
Nouh passe son règne à trembler devant certains Turcs et à se faire soutenir par d’autres. Il combat des émirs rebelles. Le détail de ces guerres est complexe, et le récit de Mirkhond emprunte aux faits un peu de leur confusion. Nouh, maître de Boukhara et de Samarcande, attaqué par des Turcs et trahi par un général qu’il avait chargé de défendre cette dernière ville, renonce au pouvoir et « se cache avec soin». Les Turcs s’installent dans ses domaines. Mais, la température de Boukhara ne convenant pas à leur chef, ils l’abandonnent, et Nouh y rentre à la grande joie deshabitants. Ildemande ensuite contre des émirs infidèles le secours du maître de Ghazna, le turc Soboktéguin, père
de Mahmoud le Ghaznévide. Leur entrevue est racontée avec assez de cachet par Mirkhond :
« L’émir Soboctéguin, rempli de zèle par le malheureux état des enfants de Saman, fit battre aussitôt le tambour du départ et se dirigea du côté de la Transoxiane. L’émir Nouh alla à sa rencontre jusqu’au pays de Kech. Avant l’entrevue, Soboctéguin demanda à être dispensé de descendre de cheval et de baiser la terre à cause de son grand âge. Nouh avait agréé ses excuses ; mais lorsque Soboctéguin se trouva en présence de Nouh, le respect qu’inspire la royauté ôta de ses mains les rênes du libre arbitre : il descendit de cheval et baisa l’étrier de Nouh. Celui-ci le pressa sur sa poitrine avec un grand respect et une joie parfaite. Les cœurs des hommes reprirent une nouvelle vie, en voyant l’union de ces deux heureux princes, et la rose de la joie s’épanouit dans les jardins des esprits des grands et du peuple. »
Soboctéguin gagna pour Nouh une bataille ; mais Mahmoud fut obligé d’en gagner une autre quelque temps après : « Mahmoud étant arrivé, attaqua les ennemis et en terrassa un si grand nombre que le dos du poisson (qui supporte la terre) fut courbé par leur poids et que la terre fut arrosée de leur sang. Une multitude innombrable fut écrasée sous les
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pieds des éléphants. » Cela n’empêcha pas les émirs rebelles de « sortir sains et saufs de ce nouveau champ de bataille » ; ils se rendirent dans une forteresse « aussi élevée que le ciel et à l’abri des accidents de la fortune ». Finalement Nouh, ayant blessé Soboctéguin en refusant d’être présent sur le théâtre de la guerre, fut obligé de conclure une paix assez peu honorable. Il mourut en 387 (997).
Qâbous paraît avoir eu plus de mérite personnel ; mais il avait un penchant à la cruauté qui causa sa ruine. Il était le maître du Djordjân et ami des Samanides. Ses débuts furent difficiles ; puis, la fortune lui devenant favorable, il conquit le Déïlem et tout le Tabéristan jusqu’à la mer Caspienne. Mirkhond lui donne de grands éloges : « Chems el-Maali (Qabous), dit-il, était distingué parmi les rois et les grands de l’univers, par la noblesse de son âme, ses qualités généreuses, l’étendue de son intelligence, la perfection de son mérite et l’éclat de sa puissance. Il ne se laissait pas détourner de la voie de la sagesse, ni de la route de la loi religieuse. Il était innocent de toute action défendue et de tout passe-temps prohibé ; de plus il était orné de la parure de la justice et de l’équité et profondément versé dans les diverses branches de connaissances. Les traités dont il est l’auteur sont célèbres dans les
différentes parties du monde. La supériorité de son éloquence dans l’arrangement du discours est bien connue. Chaque lettre qui tombait de sa plume sur le frontispice d’un livre était comme une lentille sur la face du mérite ; chaque perle que le Dou’l-Karnéïn de son ralam (1) tirait des ténèbres de l’encrier était un joyau pour le collier de la fortune. Toutes les fois que le sâhib Ibn Abbad voyait une ligne tracée par Qâbous, il disait : « Ceci est l’écriture de Qâbous ou l’aile d’un paon. »
Mais la sévérité de ce prince envers ses émirs et ses soldats lui attira des haines ; il dut abdiquer en faveur de son fils. Il fut décidé qu’il se rendrait dans un château pour s’y livrer aux pratiques de dévotion. Cependant après peu de temps, les émirs, préférant « se tranquilliser à son sujet » et éviter le retour de ses vengeances, le mirent à mort. Il fut enterré à la porte de Djordjân sous une belle coupole qui porte son nom.
Nous ajouterons à ceci une page tirée d’un chapitre qui se rapporte à un plus grand sujet. C’est l’article où Mirkhond raconte comment Djenghîz-Khân, près de mourir, institua ses
1. Métaphore bien cherchée ; Dou’l-Karnéïn est le conquérant «aux deux cornes», soit Alexandre le Grand 5 le Kalam est la plume.
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héritiers (1). Il forme l’épilogue de la vie de ce conquérant. Le talent de l’écrivain, soutenu par la majesté de la scène qu’il a à retracer, acquiert une ampleur et une simplicité noble qui ne lui appartiennent pas toujours.
« Djenghîz, au cours de l’expédition de Chine, eut un songe funeste qui l’avertit de l’approche de la mort. Emu par ce présage, il donna ordre de faire venir ses enfants et petits-enfants. Comme Djoudji n’existait plus, Djagataï, Oktaï, Touli et les enfants de Djoudji se présentèrent. Il leur dit alors : « La vigueur de ma vie a été changée par l’âge en faiblesse et en impuissance ; la tenue droite de la jeunesse a fait place à la ruine et à la caducité ; et le voyage de l’autre monde, qu’on ne peut éviter, est proche. Par la vertu de Dieu et avec l’aide du ciel, j’ai conquis et subjugué pour vous un royaume si étendu, que du milieu à chacune de ses extrémités, il y a un an de route. Maintenant, je vous recommande d’écarter d’entre vous l’inimitié, de cultiver l’amitié, de n’être qu’un cœur et qu’une langue afin
1. La Vie de Djenghiz-Khân par Mirkhond (texte persan) a été éditée dans la série des Chrestomathies orientales à l’usage des élèves de l’Ecole des Langues orientales, Paris, 1841. — Citons encore comme ayant été éditée séparément l’importante histoire des Seldjoukides : Mirchondi historia Seldschukidarum persice, éd. J. A. Yullers, Gissae, 1838.
que la fortune vous donne ses faveurs. Car le pouvoir est lié à la bonne entente et le malheur est lié à la discorde. Et pour que l’édifice de votre puissance soit fondé sur l’accord, je me suis occupé de fixer la loi, afin que jusqu’à la fin des temps, échappant aux effets néfastes de la dispute et de l’envie, il subsiste avec la garantie de sa sécurité. Que si vous suiviez le chemin de la contradiction, le jardin de cette dynastie serait flétri et fané par les vents de la calamité, et pendant longtemps il ne retrouverait plus sa verdeur et sa floraison. » Puis il confia à l’oreille de ses fils dix conseils, pareils à autant de perles précieuses, et le détail de ccs conseils est exposé dans des livres.
Après avoir terminé ses recommandations, Djenghîz demanda: « Qui de vous convient-il de mettre à ma place après moi ? » Ses fils d’un commun accord, ayant fléchi le genou, répondirent : « Le Père est le maître, et nous sommes ses esclaves. Nous nous inclinons devant sa décision. » Djenghîz dit alors : «J’établis donc Khan Oktaï, et je place dans "es mains de sa capacité les rênes des affaires du monde, et j’ai pleine confiance en toute affaire dans la science et le courage de Karadjar Nouîân. » Après cela, il ordonna que le livre de la promesse (de l’institution d’héritier) de Qabl
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Khan et de Qâtchouli Bahâdir, qui est marqué du sceau royal de Toumeneh Khan, et sur lequel ses pères, selon leur ordre, avaient signé leurs noms, fût apporté du trésor et présenté à ses fils, afin, leur dit-il, que « comme moi et Karadjar Nouïân nous nous sommes engagés par cette voie, la même coutume soit suivie entre vous ». Ensuite il donna à Djagataï la Transoxiane et une partie des contrées voisines de ce pays... Il fit écrire un livre d’alliance entre Oktaï et Djagataï et ses frères... Enfin il ajouta : « Lorsque l’événement inévitable se produira, ne poussez pas de cris et de lamentations ; au contraire tenez ma mort cachée afin que l’ennemi n’en soit pas informé ; et lorsque Hâkim Chéïdarqou et sa suite seront arrivés, mettez-les à mort et n’en laissez subsister aucun, afin que l’autorité demeure tranquille entre vos mains. » Cette dernière recommandation fut exécutée. Ces faits se passaient en ramadan de l’an 624.
Les restes de Djenghîz-Khân furent déposés au pied d’un arbre, près duquel il s’était un jour reposé pendant la chasse, et dont il avait dit qu’il était convenable pour son tombeau.
Un des plus grands historiens de la Perse fut Rachîd ed-Dîn el-Hamadâni, personnage
très considérable, qui fut vizir de trois sultans mongols, acquit une fortune assez importante pour pouvoir fonder des villes, et termina tragiquement sa vie à la suite d’un brusque retour du sort. Quatremère a naguère publié et traduit en français une partie de son œuvre principale, l’histoire des Mongols (1), qu’il a fait précéder d’une longue introduction. M. Blochet a récemment repris l’étude de cet historien (2) et publié d’autres parties de la même œuvre.
Réchîd ed-Dîn était né à Hamadan, selon l’opinion de Quatremère et nonobstant les données de Hadji Khalfa qui le fait naître à Tébrîz et d’Abou’l-Gâzi Bahâdur Khan qui lui donne pour patrie Kazwîn. Les ennemis de ce grand écrivain l’ont dit juif d’origine. Ce n’est sans doute qu’une sorte d’injure, sans fondement, car nous savons d’après Mirkhond que le grand-père de Réchîd ed-Dîn, Mowaffak ed-Daoulah el-Hamadani, fut pris par Houlagou à son service, après que ce prince
1. Histoire des Mongols de la Perse, par Raschid el- Din, éd. et tracl. Quatremère. Paris, impr. royale, 1836. 1 vol. de luxe.
2. Tarikh-i Moubarek-i Ghazani, Histoire des Mongols, éd. E. Blochet, T. II, contenant l’histoire des empereurs mongols successeurs de Tchinkkiz Khagan. Leyde, 1911 ; — Introduction à V Histoire des Mongols de Facll Allah Raschid ed-Dîn, par E. Blochet, 1910 ; — Volumes de la collection du Gibb Memorial.
se fut emparé de la forteresse d’Alamout, en même temps que Nasîr ed-Dîn Tousi ; et rien n’indique que ce personnage ait suivi une autre loi que l’islam. En tout cas, Réchîd ed-Dîn s’appliqua dès son enfance à la science du Coran. Ayant ensuite appris la médecine, son talent dans cet art lui attira la faveur des souverains mongols de la Perse et en particulier de Ghazan Khan. Il en devint le vizir. En 702, il accompagna ce Sultan dans une expédition à Rahbah sur l’Euphrate, et ce prince lui fit présent d’une mule de ses propres écuries. Il rencontra dans une localité voisine de Rahhah un autre historien, Abd Allah fils de Fadl Allah, auteur du Tarîkhi Wassâf , qu’il accueillit avec bienveillance et auquel il concilia la faveur du Sultan. Un peu plus tard il fut chargé de l’administration des fondations magnifiques qu’avait faites Ghazan Khan dans la ville de Tébrîz.
Ce Sultan étant mort, Réchîd ed-Dîn fut encore vizir d’Oldjaïtou, son frère. Il fit bâtir un faubourg dans la ville de Soultanieh que fonda ce prince ; il en bâtit un autre à l’orient de Tébrîz, qui fut appelé de son nom Rab(a Réchîdî, le quartier de Réchid. Ce quartier renfermait des monuments d’une beauté remarquable. Le vizir y amena l’eau d’une rivière au moyen d’un canal creusé dans le roc et qui
traversait la montagne de Surkhab. Ces vastes fondations étaient payées sur sa fortune personnelle qui était immense.
Réchîd ed-Dîn était grand bibliophile. Il dépensa, dit Mirkhond, 60.000 dinars (que Quatremère évalue en 1836 à 900.000 francs de notre monnaie), pour la copie, la reliure, l’enluminure et les cartes de ses propres ouvrages.
Une si éclatante fortune devait lui attirer des envieux. Il en eut sous le règne d’Oldjaïtou dont il réussit à déjouer les manœuvres. Mais sous Abou Saïd, successeur d’Oldjaïtou, la haine contre lui grandit, et l’envie eut enfin raison de son bonheur et de la confiance du monarque. Il fut destitué. On le rappela à la cour ; mais ce fut pour l’accuser, bientôt après, d’avoir empoisonné Oldjaïtou. Il se défendit avec énergie contre cette accusation dénuée de toute vraisemblance. Un médecin qui avait soigné le Sultan défunt le chargea, en racontant que, tandis qu’ Oldjaïtou était déjà gravement malade, Réchîd ed-Dîn avait conseillé un remède qui avait augmenté la diarrhée et causé sa mort. Le vizir fut donc condamné. On l’exécuta en même temps qu’un de ses fils âgé de seize ans, l’an 718. Sa tête fut promenée dans les rues, son corps dépecé, envoyé par morceaux dans les provinces. Des hérauts criaient : « Voici la tête de ce juif maudit qui
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a dénaturé la parole de Dieu. » Les propriétés de la victime furent confisquées ; et le quartier qu’il avait fait construire à Tébrîz fut livré au pillage.
On doit croire que la haine fut tenace ; car, sous Tamerlan, Miran Chah, fils de ce conquérant, gouverneur de Tébrîz, fit exhumer les restes de Réchîd ed-Dîn du monument où ils avaient été finalement placés et les fit enterrer dans le cimetière des juifs.
Ce grand écrivain avait des talents universels : il savait plusieurs langues, le persan, l’arabe, le mongol, le turc, l’hébreu et peut-être le chinois ; il avait cultivé l’agriculture, l’architecture, la philosophie. C’est Ghazan Khan qui le chargea de composer une histoire des Mongols. Il n’existait alors sur ce sujet que des œuvres fort incomplètes : certains morceaux du Kâmil d’Ibn el-Athîr ; la « série des histoires », Nizâm et-tawârîkh d’Abd Allah Beïdawi, l’ouvrage d’Atâ Mélik Djouwaïni ; mais des annales en langue mongole étaient conservées dans les archives de l’empire ; elles formaient de nombreux cahiers rangés sans beaucoup d’ordre, mais contenant des renseignements abondants. De plus, les grandes familles mongoles conservaient des généalogies et des souvenirs de leurs histoires particulières, qui constituaient des documents précieux.