‹ Les perce-neige; premières poésiesChapitre 20 sur 21 · CONSOLATION · texte numérisé non relu

CONSOLATION

{Traduction de M. A. Pinsonnault.)

Whj weep for the rose that in death is adoming The tresses of youth with its freshness and bloom ? Why weep for the soûl that to heaven has wended Its way pure and lovely, still young for the tomb ?]

The fairest of crowns should hâve roses amongst them, The sweetest of perfumes are meant for above ; And God would hâve near hira the soûls of the purest, They only are worthy of Heaven and of love.

Yes, God who hath given us eouls, and hath ordered The roses to blossom and bloom upon earth, Hath said that the rose in its beauty be gathered, And giveth the sonl a more beauliful birth.

In the silence of night, as we watched by the bedside, A bright angel whisper'd, " ' Tis time, corne away 1 " At dawn, when we looked for the rose, it had withered ; The soûl had gone home to a ne'er fading day.

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You3 me voyez encore, au seuil de votre porte, Distraire le plaisir que ce beau jour apporte,

Avec la triste vérité.

Pauvre membre souffrant de la nature humaine, J'ai senti, jeune encor, l'aiguillon de la peine Que Dieu jeta sur nous dans sa sévérité.

Et, qui n'a pas souffert dans ce monde éphémère, Qui n'a pas eu sa part de douleur, de misère,

De noirs horizons dans son ciel ?

Qui n'a laissé son sang aux ronces de la route, Et qui n'a pas senti distiller goutte à goutte Dans son cœur ulcéré l'acre saveui* du fiel ?

Comme le Christ sanglant sou» sa croix douloureuse, Chaque homme doit souffrir. L'heure la plus heureuse

N'est point quand on ne souffre pas ; Mais c'est lorsque l'on sait accepter sa souffrance, La bénir et l'aimer, pour que, dans sa clémence. Dieu nous compte là-haut tous nos pleurs d'ici bas.

O grands ! que le bonheur entre ses mains caresse, Yous tous qui souriez ; votre sourire blesse

Et n'a que des dehors menteurs.

Dans vos riches palais que la slendeur décore, Yous riez une nuit, et, lorsque vient l'aurore. On pourrait voir déjà vos yeux rougis de pleurs.

Sous le fard éclatant qui masque ta figui-e, Sous tes habits dorés dont la riche impostui-e

Eecouvre souvent des haillons ; Fils du siècle, arrachant cette splendeui- suprême, On poui-rait retrouver, sui* ta figure blême, Par les larmes creusés, deux livides sillons !

Quand tu passes sur nous, dans ta morgue arrogante, Imprimant de ton pied une marque outrageante

Aux fronts que ton or fait courber ; Dieu tient pourtant sa main terrible sur ta tête ; Demain, tu descendras, peut-être, de ce faîte, Pour venir dans la tourbe à nos côtés ramper.

De ces sommets brillants d'où descend ton sourire. Et d'où, triomphateur, tu crois pouvoii* nous dire :

*' Ayez à jamais le dessous ! " Prends garde ! La douleur autour de toi moissonne, Nous ne monterons pas jusqu'au haut de ton trône, Peut-être, mais tu peux tomber jusques à nous !

Crois-tu donc, insensé, que ton âme sauvage Devra goûter toujours cet enivrant breuvage

Que l'on te verse en ce haut lieu ?

ISTon, tu verras ton cœur souffrir dans chaque fibre Et le malheur viendra rétablir l'équilibre : Il n'est rien d'éternel que la douleui- et Dieu !

Et pourtant le bonheur existe dans le monde. On trouve des heureux ; et la douleur profonde

Ici n'est pas seule à régner.

Le bonheur est pour ceux que misère ou richesse Conserve vertueux, et qui, sans folle ivresse, Savent jouir de l'or et surtout le donner.

Youlez-vous être heureux ? Que votre main dispense Chaque jour son trop plein à la triste indigence

Qui vient gémir à votre toit.

Donnez en même temps une bonne parole, Et que de votre main la généreuse obole S'écoule sans blesser la main qui la reçoit.

Donnez, pour que le Ciel bénisse votre vie, Et que, par vos bienfaits ea justice fléchie

Un jour ne se souvienne plus.

Donnez, pour que vers Dieu, votre nom, de la terre. Par cent bouches porté, monte dans leur prière, Exhalant le parfum de vos belles vertus.

Donnez ; et quand la mort viendra, froide et muette. Frapper ce dernier coup qui, sans merci, nous jette

Tout tremblants dans Téternité :

Pour vous elle sera moins dure et moins cruelle ; Yous vous endormirez doucement sous son aile. Comme un ange de Dieu vers son ciel emporté.

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OISEAUX ET ENEAÎs^TS

A Adrien Péladan.

Tant que la belle saison dure, Que les arbres ont leur verdure Et les champs leur soyeux velours ; On entend leur voix fraîche et douce Gazouiller dans les nids de mousse, Sous le feuillage des bois sourds.

Mais lorsque l'hiver vient étendre Son tapis blanc sur l'herbe tendre, Et que les bois sont désolés ; Ces pauvres petits que la glace, Avec le vent froid, pousse et chasse, Loin de nous se sont envolés.

Tant que, dans la jeune famille, Le beau soleil du printemps brille, Tant que le sang est chaud en cor ; Autour de nous, ti'oupe joyeuse, De blonds enfants à voix rieuse, Font voltiger leurs cheveux d'or.

Mais, lorsque les neiges de l'âge Tiennent blanchir notre visage, Quand notre hiver tombe des cieux ; Joyeux enfants aux blondes têtes S'éloignent, et nos mains distraites Ferment la porte derrière eux.

PETITS ENFAÎs'TS

A N, Aubin,

Petits enfants, vous ignorez Combien, plus tard, la vie est sombre, Et comme, souvent, vous verrez Votre soleil tacheté d'ombre !

Dans votre grand œil ingénu, Tout se peint en couleurs brillantes, Et vous croyez que l'inconnu N'a que des choses enivrantes.

Enfants, la douleur sur vos fronts Passe sans y laisser de trace ; Vous secouez vos cheveux blonds, Yous souriez, et tout s'efface.

Hélas ! votre plus grand chagrin, Savez-vous, n'est rien près des nôtres ; Car, si vous tombez, une main Se tend aussitôt vers les vôtres.

Quand la douleur descend sur nous, Quant notre âme sombre et se noie.

Il nous faut sourire avec vous Pour ne pas troubler votre joie.

Vous pleurez souvent sans douleur, Et nous, que le chagrin dévore, Nous souffrons sans verser un pleur Enfants, c'est plus cruel encore !

Où vous appelle le plaisir, Yous courez, partout, sans entraves ; Quand vous croyez nous obéir, C'est nous qui sommes vos esclaves.

Il f'ànt sous la loi nous plier.

Car c'est la volonté divine :

A vous les roses du sentier, A nous les ronces et l'épine.

Petits, lorsque vous serez grands.

Songez bicD à toutes ces choses ; Alors, nos cheveux seront blancs.

Les bosquets n'auront plus de roses.

Chers petits enfante, vous saurez Combien la vie est triste et sombre :

A votre tour, veus veillerez Pour nous réchauifer dans noti-e ombre !

AUTREFOIS ET ^lAIZS^TEXAXT

A P. J. 0. Chauveau.

J'ai souvent entcBdii les vieux Dire ''que ça ne va jdIus guère, Que, de leur temps, tout était mieux, Et que le monde dégénère. "

Je vous vois de suite invoquer Le droit de hausser les épaules, Et, tout doucement, vous moquer De ces singulières paroles.

Un instant ; comparons un peu Quelque chose de chaque époque ; Après cela vous aurez lieu De juger s'il faut qu'on se moque.

Dans l'ancien temps, — et vous devez En avoir gardé souvenance, Puisque, pour le moins, vous avez Quarante ans comme moi, je pense, -

Au jour de l'an, chacun faisait Trêve à toute amère pensée, La vieille haine se taisait :

C'était une page effacée.

Bien mieux que le plus beau serm)n;

L'époque des fêtes joyeuses

Savait ramener la raison

Dans les âmes trop rancuneuses.

D« grand matin on s'en allait An foyer de chaque famille ; Partout-chose aisée,-il fallait Embrasser la mère et la fiUe,

Serrer la main du père, et puis Donner au bébé quelque chose :

Point d'or ni d'argent ; quelques fruits Conservés dans la cave close.

Ou bien des jouets peu coûteux, Ne cassant pas quand on les touche, Ou du sucre sans goût pâteux ; ^L'eau m'en vient encore à la bouche !

On jasait, et Ton se disait, Sans arrondir de période, Exactement ce qu'on pensait:

Tenez, c'était bien plus commode.

Quand on était prêt à partir, Il fallait, car c'était l'usage, Accepter, avant de sortir, Un doigt de rhum, pas davantage-

C'était une bonne boisson Tenant tout droit de Jamaïque ; On la gardait à la maison Pour cette occasion unique.

Et partout, le long du chemin, Toujours quelque figure amie.

Brave gens, le cœur sur la main, Et plein l'âme de bonhomie.

Et voilà comment, autrefois.

On vivait, un peu terre à terre ; Et, plus j'y pense, et plus je crois Que c'était la bonne manière.

Aujoiu'd'hui, tel n'est plus le cas, On prétend faire mieux les choses ; Les bouches parlent, mais, hélas !

Les âmes, souvent, restent closes.

Le jour de l'an n'est plus pour nous Qu'une interminable corvée, Et les plus patients ont tous Hâte de la voir achevée.

On se fait encor des souhaits En très grande cérémonie ; On donne aux enfants des jouets, Importés de la Germanie.

On vous offre aussi des liqueurs Aux essences délicieuses Qui semblent réchauffer les cœurs Et rendre les phrases moins crouso.s ;

Eh ! bi»n, c'est moi qui vous le dis : Souhaits, jouets, phrases ouatées, Douces liqueurs, sucres candis, Ce soDt des choses frelatées.

— Donc, je conclus, avec les vieux.

Qu'aujourd'hui, '' ça ne va plus guère, Que, de lôui* temps, tout était mieux, Et que le monde dégénère. "

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