LE SUFFRAGE UNIVERSEL ET LES ÉLUS DU PEUPLE
citoyens. D'elle tout doit partir, à elle tout doit remonter. Où manque sa sanction, manque l'autorité.
CRITIQUE DE L'OMNIPOTENCE PARLEMENTAIRE ET VRAI ROLE DU SUFFRAGE UNIVERSEL
Une erreur très commune, même de nos jours et parmi les esprits libéraux, consiste à remplacer la souveraineté du peuple par la souveraineté du Parlement. On ne veut pour maître ni un roi héréditaire, ni un César élu; mais on admet que les députés de la nation soient de véritables monarques pendant toute la duré de leur mandat ; on entend imposer au peuple une tutelle, en ne lui laissant que le droit de choisir ses tuteurs ; on est convaincu qu'il appartient à certaines capacités de mener le pays tout en lui répétant qu'il se gouverne lui-même; on va jusqu'à établir parmi les citoyens, grâce aux abus du favoritisme et à la dispensation des influences, des catégories de dirigeants, en dehors desquelles on ne comprend pas que puissent se porter les suffrages populaires.
Qu'arrive-t-il? C'est qu'on perpétue chez le peuple l'état d'enfance, en le traitant toujours comme un enfant.
Si l'on entrait enfin dans la vérité du régime démocratique tel que l'a entrevu Rousseau, on reconnaîtrait que les élus de la nation doivent être toujours liés par un mandat précis des citoyens qui les adoptent comme organes de leurs volontés, et que les citoyens doivent faire directement eux-mêmes tout ce qu'ils peuvent se dispenser défaire faire par autrui : si bien que, dans tout groupe politique dont les membres ne se trouvent pas matériellement empêchés de se réunir, — par exemple,.
dans la commune quie st appelée à être, beaucoup plus qu'elle ne Test actuellement, l'école pratique du citoyen, — les intéressés discutent leurs affaires publiquement et sans intermédiaires. Hors de là, il n'y a que confiscation de la volonté populaire par la volonté de telle ou telle oligarchie parlementaire.
L'organe naturel de la volonté populaire, c'est le suffrage universel. Le suffrage universel n'est pas la souveraineté nationale; il n'en est que l'instrument. Plus cet instrument est précis, mieux se manifestent dans l'évolution politique les aspirations de la conscience publique.
Grâce à la bonne organisation et à la multiplicité des votes, chacun peut conserver intacte sa part de souveraineté, laquelle n'est pas moindre pour lui que pour ceux qui le dépassent en fortune ou en intelligence, vu qu'il est une personne au même titre qu'eux.
Par l'exercice de ce droit de vote, qui est la consécration sociale de la dignité humaine, chacun est acheminé à comprendre que l'allégement de toutes les charges, le développement de tous les progrès sont subordonnés à l'option commune; que le peuple doit régner et gouverner par ses libres suffrages ; que la volonté nationale est tenue, sous peine d'abdication, de demeurer maîtresse de ses choix, et qu'il n'y a dès lors de compatible avec le suffrage universel que le régime républicain.
De même que la souveraineté de tous appelle comme instrument le suffrage universel, le suffrage universel appelle comme forme de gouvernement la république.