LA NOUVELLE PHASE DU PRO:- JET DE FEDERATION
L'adhésion de M. Parnell et du parti libéral anglais, dirigé par M. Gladstone, au projet de fédération impériale, fait entrer cette question dans le domaine de l'actualité politique. Elle sera étudiée, discutée au point de vue de la division des pouvoirs, de la décentralisation que désire l'Irlande et dans laquelle elle espère trouver la liberté et la paix intérieure,
Il est intéressant d'observer les contrastes que créent les situations et les circonstances.
En Canada, beaucoup de gens regardent ou feignent de regarder la fédération impériale comme une menace à notre autonomie, On se souvient qu’il ; a quelques mois le premier-ministre de cette province protestait, avec une extrême véhémence, contre un discours de lord Stanley de Preston dans lequel il s'était déclaré favorable à l’idée d’une fédération. Jeté dans le public par M. Blake à Aurora, en 1876, croyons-nous, le projet n’a eu de défenseurs sérieux, n’a pris une furme tangible eu ce pays que depuis une couple d'années. Il n’est sans doute pas encore arrêté dans ses détails, mais la base consiste dans une union intime au point de vue des tarifs, du commerce, de la défense commune, entre les diverses colonies de la Grande-Bretagne—le centre de ce vaste et puissant faisceau dont les membres jouiraient d'institutions libres et calquées sur celles de la mère-patrie.
Ce plan, grandiose dans ses proportions, mérite l'attention de tous ceux qui savent que l'esprit humain ne peut rester stationnaire, que les conditions nouvelles des peuples, leurs progrès, imposent des besoins nouveaux, des changements dans leur économie politique.
En pareille matière, il nc ‘agit pas de
refuser toute discussion, de fermer les yeux à toute lumière et les oreilles à tout argument, à la voix du premier homme qui, souveut sans s'être même donné le
mal de réfléchir, criera à tue-tête que nos | droits les plus chers sont menacés, que:
l'on inédite notre ruine. Le continent que nous habitons ne se prête pas à l’escamotage de la liberté, Nous avons sous ce rapport plus de garanties que n’importe quel peuple de la même force nu-
mérique que nous. Et il est supiôme-
ment ridicule d’insinuer que nous pou-
vons être dépouillés d’une pareelle de nos
privilèges. Nous sommes nos maîtres, les arbitres de nos destinées.
Voilà pourquoi il importe que nous prenions part, en observateurs prévoyauts, à l’étude des problèmes qui se présentent sous des aspects sérieux et pouvant conduire au règlement de difficultés ou de différends. M. Parnell a fait preuve
d'une grande sagacité en endossant le!
projet de la fédération. Il comporte un changement politique. M. Parnell y cuerchera la réforme qu’il souhaite pour l'Irlande.
Les rapports entre l'Angleterre ©t l’Irlande ne sauraient continuer à être ce qu’ils sont aujourd’hui. Les emprisonnements, les évictions ne sont pas des solutions.
L'empire entier est intéressé à ce que cette plaie soit guérie et cicatrisée,
Ici, au Canada, il est de plus en plus évident qu’il faudra bientôt faire des modif-
cations propres à consolider davantage l’é- |
difice si heureusement élevé en 1867.
L'amour et la conservation des institu tions particulières de telle ou telle section, ne sont pas des obstacles à la création d’une puissance homogène, unie par les liens de l’iutérêt commun, par le desir et l'ambition de devenir un grand peuple.
Décourager sans merci les tentatives de fractionnement qui se manifestent ou se manifesteront, tel est le devoir impérieux
| qui s'impose à l’opinion éclairée. Le |moyen le plus sûr de jouir en paix de libertés acquises est de les faire protéger et défendre par un gouvernement fort, Nous avons peut-être trop toléré déjà de mouvements comme ceux de la Nouvelle-Ecosse, du Manitoba, comme celui de la conférence de 1887, car ‘‘l’afllrma- |“ tion du droit de sécession ne peut être
| ‘* permise et ne l’a jamais été par un gou-
‘“ vernement ou une nation sans qu’ils ‘ aient signé leur propre arrêt de mort.” (Greely, American conflict.)
Et la conférence, la campagne des politiciens de la Nouvelle-Ecosse, du Mani-
toba tendent à l’aflirmation du droit de
sécession, de séparation du pouvoir central et souverain.
L'examen pratique d’un projet de fédé-
ration achèvera peut-être d’extirper de uotre sol cette semence malsaine de l’idée
séparatiste qui, d'application impossible, n’est propre qu'à jeter momentar.ément
la confusion dans les couches ignorantes de la population.