SCENE PREMIERE
LA MERE PHIPIPPE , Madame DE MER VILLE. { Madame de Merville tient une lettre ouverte. )
jVïI! miséricorde! que me dites-vous? Quoi! ma nîece^ après avoir vécu si long-temps dans cette retraite, vous voulez retourner dans un monde dont nous avons tant à nous plaindre i
Air : Lise épouse Vbeau Gernance*
Quittant ce séjour tranquille ,
Quoi ! tous pourriez , à la villa r
Revoir un sexe trompeur
Qui fit tout notre malheur?
Ah ! trop faibles que nous sommes i
Quoi ! vous n'avez pas déjà
Oublié qu'il est des hommes ?
Mme. DE MERVILLE.
Peut-on oublier cela?
Je l'ai bien oublié , moi ! ou du moins je ne m'en souviens presque plus!... mais voyons donc ce que cette lettre contient de si alarmant. Madame de Volange f votre amie y a la tête û légère !
Mme. DE MERYILLE.
Ecoutez, {Elle lit.) « Je vous préviens, ma chère amie , » que M. Dermont est de retour à Paris depuis deux mois....» la mère Philippe, V interrompant.
Dermont! cet extravagant qui, de désespoir de n'avoir pu vous épouser, s'est embarqué pour les îles, il y a vingt ans ?
Mm\ DE MERVILLE.
Lui même ! ( Usant. ) « Il revient avec une fortune im- » mense... il sait, que vous êtes veuve, et il m'a juré qu'il dé- » couvrirait votre retraite, qu'il vous épouserait, vous ren- » drait heureuse, et réparerait ainsi les torts affreux de votre » premier mari... Je me suis bien gardée, comme vous le » pensez, de lui indiquer le lieu de votre solitude, — Vous » voilà prévenue, c'est à vous maintenant à vous tenir sur » vos gardes. — Vingt ans d'absence n'ont pas apporté d« w grands changemens dans le caractère de Dèrmont.l oujours » franc, toujours joyeux, il est déterminé à tout entre- * prendre pour vous posséder. Mon avis est qu'il peut faire » le bonheur d'une femme, et à votre place, je profiterais » de l'occasion pour rentrer dans un monde, trop long- » temps privé de votre présence ».
Eh bien 1 mon avis à moi est que JM. Dermont ne vaut |ias mieux que les autres! — Tous les hommes se ressemblent, et pour ne pas succomber à la tentation de prendre un second mari , rappeliez vous , ma nièce, combien vous avez souffert avec le premier , et que je vous serve d'exemple.
Air : Vaudeville de la Belle Fermière.
Je n'avais que dix-sept ans ,
Un époux désola ma vie ;
3e fus veuve en peu de temps,
D'un second je fis la folie j
Avec lui , Dieu ! quel tourment!
Je fus veuve heureusement ,
Et je jurais bien franchement
En perdant le troisième ,
De n'en pas prendre un quatrième.
Mme. DE MERVILLE.
Je dois en croire votre expérience.
Songez d'ailleurs que Je me suis chargée de l'éducation de votre fille, songez avec quel zèle, avec quelle prudence
Î'e l'ai élevée dans ce château , situé au milieu des bois t en ui cachant soigneusement qu'il existe des hommes.
Il faudra bien qu'elle l'apprenne quelque jour.