‹ Les perroquets de la mère Philippe, vaudeville en un acteChapitre 6 sur 26 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

SAINT LEON, sur l'arbre; LUCILE, NICETTE ; en

amazones avec deux petits fusils et tout ce qu'il faut pour la chasse.

lucile et nicette, entrant.

AlR. : Oui , les champs , les forêts ( du Peîit Dragon. )

Que ces bosquets Epais Ont d'attrait* 1

Je voudrais Ne jamais Quitter cette Retraite.

Là > près De mes Filets , \ Je me mets

Aux aguets ; Quels succès Quand j'y lance mes Traits !

LUCILE

Je suis l'eau D'un ruisseau , Je dors sous un ormeau, L'écho

i» LES PERROQUETS,

Répète Ma chansonnette.

NICETTE

Courons , le jour est beau > Visitons ce coteau, Nous y prendrons quelqu'oisean Nouveau.

ENSEMBLE

Que ces bosquets Epais , etc.

LUCILE , quittant son fusil.

Nicette, est-ce que la chasse t'amuse beaucoup ?

NICETTE

Dam ! Mamz'elle... C'est selon ! Par exemple, aujourd'hui je chassais et je pensais à toute autre chose. LUCILE.

Et à quoi pensais-tu donc, INicette?

NICETTE

Dam! à ce qu'on pense quand on est dans un bois : à tout et à rien.

LUCILE

C'est comme moi, Nicette, à rien et à tout; depuis le retour du printemps , je ne fais plus que soupirer. NICETTE.

Ça me fait le même effet , Mam'zeile.

LUCILE , soupirant.

C'est bien étrange X

nicette , de même.

Il y a quelque chose là-dessous !

Ah ! Nicette, j'ai dans l'idée que nous sommes bien ignorantes.

SAINT-LÉON j à part.

Quel plaisir de les instruire !

LUCILE

Pourquoi ma tante ne veut-elle pas nous permettre de chasser hors de ce parc ?

NICETTE

Ah! ça , par exemple, je n'en sais rien; et pourquoi nf nous mene-t-elie pas*u village ?

VAUDEVILLE. i*

LUCILE

Je l'ignore. Pourquoi quand on vient du village, nous faitelle éloigner?

HICETTE.

Pourquoi ?...

LUCILE

Pourquoi sommes-nous les seuls êtres qui ayons de l'esprit et de la raison?

NICETTE

Pourquoi ?....

lucile , presque en même temps.

Pourquoi ?....

nicette , impatientée.

Mais, Mam'zelle, laissez-moi donc placer mon pourquoi aussi!

saint-léon , à pari.

C'est trop juste.

Air : Mon Galoubet.

ma Je voudrais bien ( bis. )

' ~jttjL Savoir tout c'qu'on cherche à nous taire ,

ICXs *^" ]gt je n'en vois pas le moyen.

Mais vous allez m'dire , j'espère ,

Pourquoi vous avez une mère ?

LUCILE

Oh! une mère, c'est différent; c'est que....

Je n'en sais rien.

Au fait, tu m'y fais songer.,.. Pourquoi ai-ie une mère? Jbt a ailleurs, je me souviens qu un jour ma mère disait tout bas à la mère Philippe, en me regardant : « C'est le portrait » vivant de son père.» {Réfléchissant, ) Mon père i

Même air.

Je voudrais hien ( bis. )

Connaître enfin tout ce mystère , Et j'en cherche en vaiu ie moyen.

[Nicette , pourrais-tu , ma chère , Me dire ce que c'est qu'un père 'i

NICETTE

Un père , mam'zelle ? Oh daml....

Je n'en sais rien.

SAINT-LÉON , à part.

Les petites curieuses.

i* LES PERROQUETS,

NICETTE , en soupirant.

Allons , main'zelle , continuons notre chasse.

LUC1LE

Allons.

NÏCETTE.

Peut être que nous serons plus heureuses que ce matin , cet endroit du pdre est 1res épais, il y a toujours des oiseaux sur les arbres.

saint- léon , riant.

Si elles allaient me tirer au vol!

( // se cache dans le feuillage. )

Ll CI LE.

Le premier que je rencontre , je crois que dans ma. colère...

NICETTE

Chut !...

LUCILE

Que vois -tu ?

nicette , regardant dans la coulisse.

Chut i... sur cet arbre... un ramier.... ( Elle ajuste. )

LUCILE, V arrêtant vivement.

!Ke tire pas IVcene , il n'est pas seul.

NICETTE , s' an étant.

C'est ma fine vrai !... Voyez donc, mam'zelle , comme ils battent des ailes.

LUCILE

Air de Psyché*

Ne troublons point leurs jeux , Sous ce riauL feuillage.

NICETTE

Les tuer s'iait dommage , Ils paraissent heureux.

LUCILE

Les ramiers vont ensemble Toujours dans ce séjour.

NICETTE

Qu'est-c' donc qui les rassemble ?

SAINT LÉON, haut.

L'amour.

( // se caehe. )

nicette , se retournant.

Hem! qu'est ce que vous dites , mam'zellef

LUCILE

C'est toi qui parles , Nicelte ?

NICETTE

C'est singulier , j'ai cru entendre un mot que je n'arais pas encore entendu... et pourtant il me semble que je le comprends.

LUCILE

Même air.

Je ne puis définir Ce que mou cœur éprouve.

NICETTE

A ]es regarder , je trouve D'ia peine et du plaisir.

LUCILE

Pourquoi cet air si tendre ?

NICETTE

Je l' demande à mou tour.

LUCILE

Qui pourra nous l'apprendre ?

SAINT-LÉON

L'amour.

( Il veut se cacher , mais les jeunes f die s se retour* ntnt vivement et l'aperçoivent. )

NICETTE

Ah! mon Dieu ! qu'est-ce que c'est donc que cela ?

LUCILE

Sauvons-nous , Nicette. (Criant.} Ma mère ! ma mère!

NICETTE

Mère Philippe ! au secours ! au secours !

saint-Léon ; les appelant.

Lucile , Nicette.

( Elles s'enfuient.)

i4 LES PERROQUETS

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