‹ Les petites choses de notre histoireChapitre 6 sur 100 · LA MORT DE CHARLES LEMOYNE · texte numérisé non relu

LA MORT DE CHARLES LEMOYNE

Dans un mémoire justificatif présenté au roi de France en : 725 par Jean-Baptiste LeMoyne de Bienville, gouverneur destitué de la colonie de la Louisiane, nous lisons :

“ Le sieur de Bienville ose dire que l'établissement de la colonie (de la Louisiane) est dû à la constance avec laquelle il s'y est attaché pendant vingt-sept ans sans en sortir, après en avoir fait la découvert: avec son frère d'Iberville, Cet: attachement Jui a fait discontinuer son service dans la marine, où sa famille est bien connue. Son père ayant été tué par les sauvages du Canada, et sept de ses frères étant morts aussi dans le service de la marine. où il reste encore le sieur

de Longueuil, gouverneur de Montréal, au Canada, le sieur de Sérigny. capitaine de vaisseau, et le sieur de Châteauguay, enseigne de vaisseau, lieutenant de roi à la Louisiane. ”

Charles LeMoyne, le père des héros que l'histoire a surnommé les Machabées de la Nouvelle- France, a-t-il bien été tué par les Sauvages ?

Le 30 janvier 1685, Charles LeMoyne faisait son testament devant le notaire Bénigne Basset, à Montréal. La première clause de ce testament se lit comme suit :

*“ Fut présent noble homme Charles LeMoyne, Ecuyer, sieur de Longueuil, le père, lequel estant détenu malade en sa maison de ville du dit Montréal, rue Saint-Paul, toutefois sain d'esprit, mémoire et entendement ainsi qu'il m'est apparu et aux dits témoings, par ses gestes et maintien, toutefois débile à cause de sa dite maladie.”

Une des clauses de l'inventaire de la succession de Charles LeMoyne également dressé par le notaire Basset le 27 mars 1685, dit, au chapitre de la désignation des titres :

“Item: L'acte de garde noble de la dite damoiïselle veuve aux personnes et biens des enfants mineurs du d. deffunt et d'elle donné en ce bailliage du sixième février mil six cent quatrevingt-cinq. ”

M. LeMoyne est donc mort entre le 30 janvier,

date de son testament, et le 6 février 1685, date de l’acte de garde-noble de ses enfants.

Or, ni M. de Belmont, dans son Histoire du Canada, ni M. Dollier de Casson, ni M. de Catalogne, dans son Mémoire sur le Canada, ne nous parlent d'attaques faites dans les environs de Montréal par les Iroquois dans l'intervalle compris entre le 30 janvier et le 6 février 1685.

Nous permettra-t-on une hypothèse ?

On connait la Campagne malheureuse de M. de la Barre contre les Iroquois, en 1684. Charles LeMoyne rendit de grands services au gouverneur de la Nouvelle-France, au cours de cette expédition. C’est lui qui fut envoyé à Onnontagué Pour y conférer avec les chefs et les engager à renouveler le traité de paix.

M. LeMoyne, qui était âgé de plus de soixante ans, revint assez sérieusement malade à Montréal dans l'automne de 1685. 11 mourut quelques mois plus tard. M. LeMoyne ne fut pas le seul à revenir malade du pays des ] roquois. M. de Catalogne écrit : “ Nous partimes de Montréal où la plupart arrivèrent malades, desquels il mourut environ 80.”

La mort de M. LeMoyne fut hâtée, il n'y a pas à en douter, par les fatigues qu’il s’était données pendant la Campagne de M. de la Barre contre les Iroquois.

M. de Bienville ne forçait donc pas trop la note en écrivant, quarante ans plus tard, que son père avait été tué par les Sauvages.

Un acte du 4 mars 1685 entre la veuve Le- Moyne et son fils aîné, d’une part, et la fabrique de la paroisse de Montréal, de l’autre part, cité par MM. Jodoin et Vincent, dans leur Histoire de Longueuil ct de ia famille de Longueuil, dit que Charles LeMoyne fut inhumé dans la chapelle de Saint-Joseph de l’église Notre-Dame de Montréal. Il est assez étrange que les registres paroissiaux de Montréal ne contiennent pas l'acte de sépulture de Charles LeMoyne.

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