LA CRÉDULITÉ
LA MÉDAILLE DU REVERS {La Crédulité)
Monsieur Barlette, mari d'une femme charmante, entre chez son ami comme une bombe. Les traits contractés par la rage, il piétine en fou furieux et il frappe à coups de poing sur tous les meubles. Son ami cherche à le calmer.
E MARI. — Ah! l'infâme! la misérable!!
l'ami. — Au lieu de briser les meubles, mon cher Barlette, vous feriez mieux de m'expliquer à qui s'adressent vos injures.
LE MARI. — C'est vrai ! {Éclatant en sanglots.) Ma femme me trompe ! mon ami, elle me trompe ! — (Avec rage.) Ah ! Je la tuerai !
l'ami. — La tuer! Est-ce que vous êtes joueur?
LE MARI (pleurant). — Je joue un peu au piquet.
l'ami. — Au piquet ! 1 ! Ah ! alors, vous n'avez pas de motif pour la tuer. — Avoir tué sa femme... c'est un fétiche... ça porte bonheur au Jeu... mais, au moins, faut-il que ce soit pour un jeu qui en vaille la peine! Chacun, moi le premier, vous jetterait la pierre, si vous
aviez tué votre femme pour de simples quatorze d'as — il ne faut jamais gaspiller une chance.
LE MAhi {étonné). — Mais je la tue uniquement parce qu'elle m'a trompé.
l'ami. — Je veux bien le croire, mais la médisance du monde dira que c'est pour des quatorze d'as. D'abord,
Les petites Comédies du Vice -nyj
êtes-vous sûr qu'elle vous ait trompé? N"eit-c2 pas plutôt une pose de votre part?
LE MARI [indigné). — Comment? une pose !
l'ami. — Oui, il y a des gens qui posent à l'époux trahi pour voler la sympathie de leur cuisinière. — Crier que vous avez été trompé par votre femme m'étonne de vous qui visez d'ordinaire à l'originalité. . . Ah 1 si vous en étiez certain, ce serait autre chose...
LE MARI {vivement.) — Mais j'en suis sûr autan' que peut l'être un mari dont la femme a passé cinq heures dans une grotte avec un Jeune homme... un jeune homme du Midi ! ! là, sous mes yeux !
l'ami. — Cinq heures! Mais, en ne la voyant pas sortir, pourquoi, au bout de dix minutes... le temps de
ne pas paraître indiscret n'étes-vous pas allé la
chercher?
LE MARI. — Impossible! ils avaient été surpris et împrisonnés par la marée. — Ah! gredin de docteur! Figurez-vous que Je me désolais de n'avoir pas d'enfants; le médecin me dit: « Rien ne vaut l'eau de mer pour le cas de stérilité. » — Alors, moi^ J'ai eu la bêtise de croire aux bains de mer... mais pas si complets, grands dieux! Et quand Je pense que cet imbécile de médecin va se rengorger et me dire : Vous voyez que mon ordonnance vous a assez bien réussi! {Avec fureur.) Oui, mon cher, cinq heures dans une grotte. pendant que, désespéré sur la falaise, Je m'arrarh )?.5 tous les cheveux.
l'ami. — Vous aviez tort... une tête dépouillée de
2(jS Les f dit es Comédies du Vice
ses cheveux n'a Jamais été un moyen de séduction pour ramener une femme égarée.
LE MARI. — Egarée! vous l'avouez vous-même... Elle m'a trompé, n'est-ce pas? dites-le moi franchement.
l'ami. — Il n'y a que votre temme qui pourrait vous répondre à cette question
LE MARI, — Elle nie énergiquement... elle ajoute même : « Que ma tante meure à l'instant, si j'ai ça seulement à me reprocher! »
l'ami. — Alors, vous avez tort d être incrédule, car on ne joue pas légèrement avec la vie d'une tante.
LE MARI. — Ah ! ouichel celle-là a mis tout son bien en viager; c'est une tante sans importance dont on peut disposer. [Avec fureur.) Oh ! je tuerai ma femme, voyez- vous! Si au moins elle avouait... mais non, . elle me soutient en face qu'elle n'a pensé qu'à moi dans la grotte... Prétendre me faire croire qu'en cinq heures! dans une grotte! ! avec un jeune homme du* Midi ! ! 1 ce garçon-là n'est pas devenu pour elle plusj qu'un frère!
l'ami. — Vous voyez tout en noir.
LE MARI. — Mais cinq heures ! songez-y donc, cinq] heures dans une grotte avec un méridional! et elle m'affirme que le sacripant n'en est pas sorti son meil-j leur ami.
l'ami. — Elle a raison; on peut être resté cinq! heures avec une femme dans une grotte, et en sortir! sans être son meilleur ami; car, en cinq heures, on a| aussi le temps de s'étudier et... de rompre.
LE MARI, froissé dans son amour-propre. — Pourquoi romprait-il? le misérable ! Pauline est charmante,' bien élevée, de bonne famille... Mais je le tuerai aussi. le gredin qui fait le dédaigneux... Pauline vaut cenl fois mieux que ce mauvais architecte sans talent, qui devrait s'estimer trop heureux...
l'ami. — Ah ! c'est un architecte!
LE MARI. — Oui, un architecte... sans talent, je le répète; car s'il avait le moindre mérite, il trouverait à s'occuper autrement qu'à perdre son temps dans des grottes.
l'ami, rêveur. — Un architecte... Vous avez de la chance !
LE MARI. — Comment, de la chance?
l'ami. — Oui, oui, je me comprends. Je m'expliquerais avec un autre; mais vous., votre rage de tout tuer, tout massacrer, me fait peur. Oh! je vous vois d'ici; vous pensez à tendre h traquenard ordinain.' : « Ma bonne amie, prépare-moi une malle, je suis oblige d'aller passer trois jours à Gonesse. » Puis vous revicn ■ drez le soir avec un énorme couteau de cuisine. Entre nous, je ne vous conseille pas le couteau, parce que vous pouvez avoir affaire à un gars bien décidé, qui vous désarme et vous fiche une danse ; — tandis qu'avec un bon pistolet... pif! paf!... Le plus malin y est pris à distance. Seulement , l'arme peut éclater et vous emporter quatre ou cinq doigts. De plus, l'explosion fait scandale, la maison est afhçhée et le propriétaire, furieux, vous flanque congé... ce qui est gcnant quand on tient à son logement.
3oo Les petites Comédies du Vice
LE MARr. — Comme moi au mien : mon père y a habité pendant vingt-huit ans, et j'y reste depuis douze années; — c'est une patrie pour moi... Je crois que je mourrais de chagrin dans un autre local.
l'ami. — Sans compter que, quand on est installé depuis si lon;temp3, on a t'ait faire des meubles spéciaux pour telle place ou telle encoignure, qui ne peuvent plus aller nulle part ailleurs; alors, il faut vendre à perte, le déménagement vous ruine...
LE MARI. — J'ai un buffet dans ce cas-là.
l'ami. — Voyez-vous ! il me semble qu'à votre place, si j'avais la main levée pour frapper un coupable, en flagrant délit, mon bras serait retenu par cette seule pensée : « Où mettrai-je mon buffet?» Et puis, entre nous, en y réfléchissant bien — et surtout en admettant cette hypothèse impossible d'une épouse infidèle — je crois qu'on a généralement tort de se faire un monstre de l'architecte. C'est un individu sédentaire qui s'attache aux maisons qu'il construit; l'obligation de vérifier les mémoires lui donne une certaine habitude de droiture qui fait qu'il comprend les nombreuses obligations imposées par telle ou telle situation. Tenez, vous êtes gros, la marche vous fatigue?
i.E MARI. — Oh! ouil Ce m'est un supplice quand il faut accompagner Pauline , qui adore les longues courses à pied.
l'ami. — 11 est bien évident qu'un bras, de vos amis, qui s'offrirait pour vous éviter cette corvée, vous
3oi
X mpterait de ces scènes désagréables qui vous sont faues pour vous décider à sortir ; car elle n'a pas un caractère des plus commodes, votre femme >
LE MARI. - Entêtée et surtout nerveuse; au premie-abord, elle paraît douce. ^ '
L'.Mi. - Bigre! on a le temps d'apprécier un tel caractère, en cinq heures de grotte.
LE MA.U. - J'ai dit cinq heures?... H n'y en avait peut-être que quatre. Dans la colère, on ^^1 pas toujours bien exactement. ^
l'am:. — Mettons-en trois.
LE MARI. — Soit!
.-.M,. - Eh bien - voilà donc une femme promenée par un arch.tece (qui, en trois lieures n'a nr.r temps dëtudier son caractère dans la gro"te) 'IL ces scènes irritantes qui précédaient ,f ^
mari. ,a demande de ces pro e„ d" . onT"' """ '^ naissante du plaisir qu'i^pr c ^ l'o" ^i^ """" nres, des caresses et des prévenan es T. °""
caractère est gardé pour P T "™" ''"
u' 5iiue pour 1 architecte nui Qo„ff
"xr^sC-'r^'"''^'''-"-^^^^^^^^^ -^remme;ur:rre\^;;î°n.:;"'::;r,e"
deux époux. ^ sépare les
LE MARI. -. Moi. j'ai cinquante-Six ans Paulin, a vingt-quatre. ' ^^"^^'^e en
l'ami. - Cinquante-six ans, l'âge du reoos i V
quatre ans, l'âge de la floraison " ''^^^ ' ^^"gf"
qu'à votre âge on traite de """''"''' ^'
sérieuses au sien • c'elt ^' T"^''^'' P^^^ît choses
^s^en,c est le rôle de l'intermédiaire de lui
«■e .,ir,r- nlméc et moins ambifaire entendre raison, et alor. calmée e
tieuse, la femme se fait un devoir de laissai toute
liberté au mari.
LE MARI. - On ne le chicane plus pour son cercle...
l'ami. — Ou son café...
cA^uif — On va et on vient...
fv MARI, sealltl- ^-"* ' " , ,
'^" - Et avec d'autant plus de tranqu.lUte qu on sait que sa femme ne reste pas seule à la ma.son, où la solitude pourrait lui donner de mauva.ses pen- :;e:^PourvuV.l-r-l.eurein,^^^^^^^^^^^^^
"■^" Tt^rpo « >■ ouT d.u'nllemme qu.n ::::ite:te:^n:rpr.Jsonfo,erau.balsetau.
'°"'"'' , La toilette rend Pauline toile.
:C -Tls - "t dû causer toilette pendant les aeurhiuresae grotte...., car US y sont restés pendant
j „ v,^,irp«; m'avez-vous dit?
"^L^^Tevousrépaequcdanslafureur.onne
se rend pas bien compte du temps.
Tl- Admettons une petite heure seulennent.
Si vous le voulez.
^."riTour™ ute épouse qui a son architecte la
L AMI. i wui j„„»o • r'pçt tout au
la toilette.... , , • j. ^ne
j^.^^i. - Il ne faut jamais 'urer de rien
femme qui a son architecte.
Les fetiles Comédies du Vice ■;;;,„, O. qu-eUe sac-ifien, le bal ; elle ne rêve
--:;:i^rcrr.i..c.e,..ue.ae...e„ps
n'a qu'un temps' cet état est ^^'^"^''^ ; - ^"^ ' ^ ''" quente les salons, c'est dans le monde officie ,pou obtenir des travaux du gouvernement; alors ans ce cns-là il a les nouvelles de première mam, et, a un rome'nt donné, il peut dire à l'oreille du ma. : « Si Tous avez des fonds, achetez bien vite tels terrants . Puis un beau matin, un jury d'expropnation vient offrir dix fois le prix d'acquisition.
LE M.RI - C'est pourtant vrai ce que vous dites là. Tenez M de Machelard, un parent éloigné que ma remmé avait retrouvé, m'a dit un jour : « Si vous avez de l'argent, achetez donc le rond-point de Courbevoie il est question d'y placer une statue de Napoléon 1^ on vous payera le terrain ce que vous voudrez. » Je n'ai pas cru à la nouvelle et j'ai raté ma fortune.
L'f,„ -Vous voyez comme on manque quelquefois roccasion de laisser une belle fortune à ses enfants. LE MARI. - Mais vous savez bien que )e n ai pas
d'enfants. , , ■ r\ ^^a
L^^Mi - On ne doit jamais désespérer de rien. Quand la tranquillité rentre dans un ménage, elle opère quelquefois des miracles. 11 ne faut pas, par exemple, qu un Lri se mette tout à coup à brailler et gesticuler en menaçant de tuer tout le monde parce qu on est deux
^ ^LE marJ. - Tiens ! vous êtes bon! Mettez-vous à ma place.
3o4 Les petites Comédies du Vice
l'ami. — Quoi ? parce que votre femme est restée une petite demi-heure dans une grotte !
LE MARI. — Oh ! une demi-heure !
l'ami. — Vous souffriez, m'avez-vous dit, et quand on souffre... Tenez, faites-vous arracher une dent, vous supposez aussitôt que le dentiste passe sa vie sur votre mâchoire, et, quand il vous montre la dent, vous êtes étonné de voir qu'il ne s'est pas écoulé plus de six secondes. C'est là votre cas ; votre femme n'a sans doute fait qu'entrer et sortir et vous vous êtes imaginé des siècles.
LE MARI. — C'est peut-être vrai.
l'ami. — Voulez-vous être franc avec moi ?
le mari. — Oui.
l'ami. — Permettez-moi une simple question.
le mari. — Laquelle ?
l'ami. — Êies-vous positivement sûr que votre femme ait été un seul instant dans la grotte?
LE mari. — Dame ! c'est elle-même qui me l'a dit Je la cherchais partout, et quand, en la trouvant, Je lui ai dit : « D'où viens-tu ? » elle m'a appris qu'elle avait été surprise par la marée, etc.
l'amî. — Et c'est sur ce naïf aveu que vous vous forgez des chimères?
LE mari. — Il y a de quoi.
l'ami. — Il était si facile à votre femme d'inventer un mensonge au lieu d'avouer la vérité.
le mari. — C'est vrai !
l'ami. — Et quand, dans sa pureté de conscience, elle vous a tout dit, vous... qui n'y étiez pas... vous pré-
Les petites Comédies du Vice 3o5
tendez mieux savoir ce qui s'est passé dans la grotte que votre femme qui y est restée cinq heures .. car je veux bien vous accorder ces cinq heures auxquelles vous paraissez tant tenir, — et alors vous vous transformez en machine à égorger.
LE MARI. — Vous savez qu'on n'est pas toujours maître de son premier mouvement de colère.
l'ami. — Oui, mais c'est ainsi qu'on met malheureusement tous les torts de son côté... et qu'on se f it des ennemis.
LE MARI. — Comment? Là, vrai ! c'est moi qui ai eu tous les torts?
l'ami. — Non-seulement vous avez suspecté voire vertueuse Pauline, mais vous avez dû insulter ce pauvre jeune homme.
LE MARI. — Je l'avoue.
l'ami. — Que lui avez-vous dit ?
LE mari. — Je l'ai appeli « Propre à rien. »
l'ami. — Et qu'a-t-il répondu ?
LE mari. — Il a souri ironiquement.
l'ami. — Il avait pitié de votre folie. \'otre femme vous pardonnera si vous savez vous y prendre par quelque cadeau; mais voilà un jeune homme qui conservera toujours une bien médiocre idie de votre reconnaissance et de voire urbanité.
LE mari. — J'en suis honteux, car, c'est comme un fait exprès, nous demeurons porte à porte, ei je suis exposé cent fois par jour à le croiser dans la rue.
l'ami. — Faites-lui vos excusas à la première rencontre.
3o6 Les petites Comédies du Vice
LE MARI. — Je n'oserai jamais.
l'ami. — Trouvez un adroit moyen de rapprochement.
LE MARI. — Il me vient une idée.
l'ami. — Laquelle?
LE MARI. — Je vais le faire inviter à dîner par ma femme. {Avec remords.) Pourvu qu'il accepte, grands dieux! !!
LE ROI DES GENDRES (L'Orgueil)
La scjne se passe dans un établissement d'utilité première au prix fixe de : quinze centimes. Une véritable dame est assise à la caisse. A droite et à gauche, un couloir percé de portes latérales ouvrant sur d'étroites cellules.
N monsieur sort d'un de ces réduits précités, et, son argent à la main, se présente à la caisse
LA MARCHANDE {gracicuse). — Ah !
monsieur, il y a bien longtemps qu'on ne vous a vu ! [Avec un sourire). Vous nous avez fait
des infidélités!
LE MONSIEUR. —
LA M\RcuANDE. — Vous avez été malade? Raison de de plus! alors, raison de plus!!
3 1 o Les petites Comédies du \ ic3
LE MONSIEUR. —
LA. MARCHANDE. — Ah! SI votre mal était au pied, c'est au dessous de ma compétence. — Nous ne vous aurions pas vu aujourd'hui, que Gaétan avait l'intcn- " lion d'aller demain chez vous s'informer si vous aviez eu à vous plaindre.
LE MONSIEUR. —
LA MARCHANDE. — Gaétan ? c'est mon second gendre, aujourd'hui veuf et inspecteur à la halle au beurre. Je devrais même dire mon unique gendre, car j'ai rompu avec le premier, M. de Mouchtoit, qui est dans les honneurs, et trouve bon de mépriser un commerce où il a péché une dot. Quand il courtisait Mathilde, c'était une autre gamme : — « Ma bonne madame Lesourd, me disait-il, je vais ce soir au bal du Ministère ; donnez-moi donc de vos adresses, je les distribuerai; j'ai de belles connaissances^ et je vous ferai une jolie clientèle. » — Ah! ouiche! quand il a eu palpé le magot, je n'ai vu aucune de ces fameuses
connaissances saut bon tailleur. Dans son orgueil,
il voudrait me faire vendre ce fonds qui, depuis quarante ans, est pour moi une patrie pleine de doux souvenirs. — J'y ai passé ma lune de mid — Je me rappelle encore le soir de nos noces, quana Lesourd m'amena ici: tout était si neuf et si frais que, par une coquetterie de jeune fille qui s'établit, je voulais aller tout conter à mes amies de pension. Nous n'avions alors d'autres enseignes que : C^est ici ; mol je taquinais Lesourd pour obtenir : Reposoirs hygiéniques ; nd, le jour de ma fête, comme cadeau, il fit inscrirj
3ii
en lettres roses : Au général Cambronne, cette gloire de la France qu'on n'avait pas encore dépouillée. Depuis, tout a prospéré; le ciel a béni nos sueurs ainsi que celles de Gaétan qui continua Toeuvrc de son
beau-père défunt. Le tracas des affaires nous a consolés tjus deux de notre commun veuvage.
LK MONSIEUR. —
LA MARCHANDE. — Je dois être riche, dites-vous? — Malheureusement, non. On se figure que nous gagnons des mille et des cents; quelle erreur 1 II reste bien peu
^, chose croyez-moi, quand on a payé les impôts, les
f hlse surtout la remise aux médecinsqu, nous
'r: Je ne ous parle pas des réparations perpétue -
' • ,^ r car il est des gens qui éprouvent le les a exécuter ar .1 J ^^^^ «peindre nos
b„om de mal a re^ N u ^^^^ ^ ^^^.^ ^^. ^^
.nursaneuf '^ ' "^^ ,, ,,, „„-.,„éme, ou
photographe P"".":'^ / Comment empê-
trcetr OnT: eu" aant pas iaire su.re l::;neconsommateurparunser«entev,e, Oh.
„.-„a.le.! nous sommes dévore, panes ,^^^., ^ ^^
riche comme vous le pensez, ]e i
r r.étan -qui sait combien, a mon âge, campagne, et Gaétan, q ^^^^^
Uestpémblede ^^anger d r jn ^^.^^
f-^-^r^-rr::tr^empsaeine
brusque. — ^a, ) ^uia mon journal....
LE MONSIEUR. - ...^- ? ^^^^^^^ ^^ p^ .^jl,,.
LXMAUCHANDE. -Quel e ^^^^^, ^^
.-,.;> Si c'est comme lectiue, ) aime i^
^;t;élVr::'rrN:;rJnit également
38 canes a -, ^ . deux « pour enfants. » -
X; ?'.:"::-:=:': vV;mposs,b,e •'que cette vie. la
:;;:::: c::t::»rie^^=^'.ed.e réputation de
la maison'.
LE MONSIEUR. —
LA MARCHANDF^.^Non, je n'ai pas de préférence pour mon second gendre, mais Je trouve juste d'être reconnaissante envers Gaétan pour son dévouement. Tenez je crois vous avoir dit qu'il est inspecteur à la halle au beurre depuis vingt ans? Eh bien, jamais, aussitôt son ouvrage hni là-bas, il n'a manqué d'accourir ici pour faire un peu de toilette et se laver les mains, afin d'être prêt à m'aider à l'heure de la sortie de la Bourse, qui est le moment de notre coup de feu. — Oh ' nous n'avons pas besoin de lire le bulletin pour connaître les fluctuations de la Bourse ! Nous jugeons tout de suite d après la catégorie de nos abonnés. Depuis six semaines, nous avons les haussiers; demain, peut-être viendront les ^^m/er.; - à tour de rôle ils arrivent ICI... comme à l'ambulance. Si vous voyiez alors combien Gaétan est bon avec ces messieurs! pour tous il trouve un petit mot d'espoir et d'encoura^^ement
afin de leur raffermir le moral et cependant il
pla.de contre son Saint! Oui, monsieur, c'est la Bourse qui forme notre clientèle. - Le public qui fréquente les tavernes italiennes n'est pas mauvais non plus. Nous avons peu d'avocats, ils parlent plus qu'ils n agissent. -Pour la magistrature, la magistrature assise surtout, j'ignore si cela tient à la profession mais nous la voyons tout au plus deux fois par an ' et encore aux vendanges! - Quant à l'armée elle SI it son drapeau. '
(Ace moment, une voix qui chante se fait entendre c.cii wre une des portes.)
L'hiver sur nous met son manteau de glace, Mais bénissons ses frimats bienfaisants.
Car sur le grain tout glaçon qui se place Doit protéger le pain des artisans.
C'est grâce aux froids que les moissons nouvelles Ne craindront plus les insectes divers.
Réchauffons-nous aux baisers de nos belles. Et, verre en main, célébrons les hivers.
LE MONSIEUR. —
LA MARCHANDE. — Il paraît que c'est un poète que le grand monde s'arrache pour ses fêtes et ses dîners; comme on force toujours sa porte, il vient ici se recueillir pour travailler. Il a passé traité avec un éditeur pour lui fournir tout un volume de chansons inédites de Béranger. J'ai hâte qu'il ait terminé sa commande pour être payée de ma petite note.
L'aigle des Francs à la grandeur du monde Sut mesurer son orbe audacieux.
L'hiver borna la course vagabonde De son char d'or ; il a roulé des deux; Mais en tombant sous les neiges mortelles. Il fît jaillir des lauriers toujours verts. Rcchauffons-nous aux baisers de nos belles, Et, verre en main, célébrons les hivers.
LE MONSIEUR. ! !
LA MARCHANDE. — Oh! Mousieur, quel blasphème!! ne dites donc pas que c'est stupide. « Cet aigle qui
fait son orbe et qui roule de son char en faisant jaillir des lauriers, » est-ce assez beau!! Comme il attrape bien la touche du maître! on dirait du vrai Béranger!!
Un jour d'hiver, Lise a fait ma conquête ; Il m'en souvient, c'était au coin du feu. Elle étendit sa jambe si bien faite; Ma main alors
(La voix s'éteint.) LE MONSIEUR. — ?
LA MARCHANDE. — Oui, VOUS avez raison. Avec ses chants il trouble les pratiques, et je m'en débarrasserais bien volontiers, mais Gaétan dit que chacun doit encourager les arts suivant ses moyens. Il est fou des poètes. A la révolution de février, nous en logions un qui ne savait où coucher, et j'avoue même (car il avait un faux air du ministre en fuite) que j'ai eu assez peur pour lui, quand le peuple est entré ici afin de piller — à ce moment-là on faisait arme de tout, — et que Gaétan a arrêté la foule par la fermeté de ces simples paroles : « Il est trop tard! tout a été enlevé la nuit dernière. »
Ah! monsieur, nous parlons de 1848, voilà une triste époque pour notre maison!! Au lieu de nous venir voir, les bourgeois restaient enfermés et mouraient de peur chez eux ! C'est alors que mon gendre m'a dit : « Mettons une seconde corde à notre arc. » Et aussitôt, tous les jours, par la pluie, le vent et la
3 1 6 L.cs petites Comédies du Vice
neige, il a eu le courage d'aller tout dans le haut du faubourg Saint-Jacques prendre des leçons de cathéterisme. Probablement avait-il des dispositions naturelles, car j'entends la légèreté de sa main portée aux n es par ses clients, qui viennent chaque soir lui <lemander de leur assurer la tranquillité de la nuit; il y a .■néme un vieux monsieur qui lui répète toujours » « Gaétan, quand j'ai affaire à vous, je crois boire du bordeaux de la comète. »
Oui, monsieur, c'est un garçon extraordinaire dont j'ai apprécié toute la valeur quand j'ai cru le perdre au cholira de i856. — Pour répondre au besoin du moment... (une troisième corde encore à notre arc!)... il avait annexé les divertissements à l'eau de riz. — Par malheur, autant il est industrieux, de même il est économe; le cœur lui saignant de voir jeter tout ce riz crevé, il en fit sa nourriture exclusive. Vous connaissez l'eff"et de cette céréale? De sorte que mon pauvre gendre... alors que tout le monde péchait par l'excès contraire... avait complètement perdu ses habitudes! Il mourait étouffé, et, le plus horrible, ICI!! ici même!... un vrai supplice de Tantale!! Comprenez-vous bien cette mort... comme Moïse... en vue de la terre promise! — Un miracle l'a enfin rendu à ma tendresse.
LE iMONSIEUR. — ... ?
LA MARCHANDE. — Non, malheurcusemcnt 1 )e sais fort bien qu'un homme n'a pas besoin d'être un Adonis pour être employé à la halle au beurre, mais je dois avouer que Gaétan n'a pas de physique...
Les y dites Comédies du Vice 317
(nia pauvre fille ne regardait pas à la fi^vjre!)... et cela nuit à son avancement. Tenez, nous avons son inspecteur en chef qui vient ici nous visiter quelquefois... à l'époque des fruits. — Je n'ose pas i'inviter à dîner, car, vous le saveZj dans le comm-Mxe, on est tellement logé à l'étroit! surtout ici, où nous vivons presque sur le public. — Bref, il m'a toujours dit : « Si Gaétan avait eu du physique, depuis dix ans il aurait tout le beurre de Paris sur le dos. »
— Ce qui complique encore son malheur, c'est que le gouvernement nous en veut.
LE MONSIEUR
LA MARCHANDE. — Ouï, à ptopos des coutributior S. Un jour je dis au clerc du percepteur : a Je sais qu'il me manque quatorze francs, je vous les apporterai demain. » Là dessus, il me répond sèchement : « Laissez votre montre. » Alors la colère me grimpe et je lui réplique : « Est-ce que vous attendez après mon ar- £;ent pour vous acheter de la politesse? » Il est devenu blanc comme linge et n'a soufflé mot, mais il a tout conté à son patron, qui l'a répété à son chef de division, etc., etc.; enfin, de fil en aiguille, c'est arrivé jusqu'au ministre qui s'est écrié : « Ah! c'est comme ça ? je me vengerai! )) Et la nuit suivante, il a fait construire une colonne Rambuteau devant notre porte.
— Puis, ils se sont tous mis à monter une cabale contre moi, en prétendant que les tuyaux en plomb, pour la conduite des eaux, étaient malsains, qu'il fallait les supprimer, etc., etc.... et, tout cela, afin de nous retirer d'un seul coup la pratique des étrangers auxquels l'eau de Paris intriguait le corps.
3 I S Les petites Comédies du Vice
LE MONSIEUR. — !
LA MARCHANDE. — Imprudence! oui, vous avez raison ; j'ai peut-être eu la langue trop vive, mais, voyez-vous, c'est que je suis une honnête femme, moi! Je n'ai jamais fait tort d'un sou à personne! — On peut aller aux renseignements chez monsieur Domange, qui, depuis vingt ans, me fait mes déménagements. — Il m'estime, celui-là ! car cent ^""is il m'a dit : « Madame Lesourd, vous marchez en tête pour les engrais de premier choix. » C'est vrai aussi, car je n'ai jamais sophistiqué mes produits, moi! je les livre purs de tout mélange comme je les reçois du client. Je ne fais pas comme certains de mes collègues qui y introduisent un tas de choses par amour-propre, pour augmenter la quantité et avoir l'air de faire un plus grand chiffre d'affaires. Tenez, chez notre concurrent d'en face, on y a trouvé un jour un dictionnaire de Bescherelle, — à coup sûr il n'y était pas venu naturellement, — et il n'en faut pas plus pour perdre une maison! Aussi, aujourd'hui, est-il en faillite; l'huissier est venu pour saisir.
LE MONSIEUR. — lî
LA MARCHANDE. — Oui, c'cst malheurcux, mais, au fond, ce n'est que justice. Ces gens-là voulaient trop gagner — et cependant, ce n'est pas pour nous vanier, mais, dans notre commerce, nous recevons à la fois l'argent et la marchandise. Ils avaient des lésinerics ruineuses; c'est ainsi qu'ils se fournissaient dans la plus mauvaise papeterie d'Angoulême. — Une vraie toile d'araigncc qui trahissait la confiance!!! Nous,
'au contraire — et Gaétan y tient la main — nous /donnons ce qui se fait de mieux à Angoulême! (nous en avons même au chiffre et aux armes de ceux qui le de'sirent). Comme cela notre conscience est tranquille, et s'il arrive un malheur, c'est à des maladroits ou à des gens qui s'exercent. — Bonne marchandise et à discrétion! telle est la devise de Gaétan.
" LE MONSIEUR. — ...!
LA MARCHANDE. — Oui, à discrétionl Au premier .ibord nous paraissons faire une folie, mais, à la fin de l'année, quand nous faisons notre inventaire, tout se compense et ne revient pas à plus de trois curedents par tête. — Il y a les Français qui, peut-être, abusent un peu; mais nous nous rattrapons complètement sur les Espagnols! — Gaétan dit toujours que, dans le commerce, qui ne risque r'en n'a rien et qu'il faut, au besoin, savoir faire des sacrifices et perdre de l'argent...
LE MONSIEUR. —
LA MARCHANDE. — Vous demandez si nous perdons de l'argent? mais à chaque instant! monsieur. Tenez, un exemple.- — Nous recevions un vieux monsieur, .]ui venait peut-être dix fois par jour avec des espérances; il n'y avait que le soir qu'il obtenait un peu de réussite. Gaétan, qui est fort observateur, l'a bien examiné et m'a dit: C'est un vieux militaire qui dévore sa retraite en tentatives; il faut lui proposer un forfait. Alors nous lui avons fait faire un passe-partout que Gaétan lui a donné en ajoutant : « Vous êtes de la maison , seulement tous les mois offrez quelques
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fleurs à ma bel'.e-mère. » Nous nous adressions malheureusement à un homme passionné, qui fit de son passe-partout un moyen d'être aimable; aussi, toute la journée, c'était une procession de femmes qui venaient nous dire : « J'ai la clé du major. » — Comme l'entrée était personnelle, Gaétan a supprimé la clé, mais, bon jusqu'au bout, il lui a dit: « Allez, venez; les jours de succès, vous nous donnerez cinq centimes... juste nos frais, je m'en rapporte à votre délicatesse. » — Il se mit à aller et venir sans relâche, mais il sortait toujours en me disant : « Plaignez-moi ! » — Après huit mois écoulés, comme nous n'avions pas encore reçu son sou, Gaétan, étonné, alla consulter un grand médecin, qui s'écria : « Huit mois sans produire, c'est impossible! cet homme se vante!! » — Alors Gaétan eut l'idée de le pincer sur le fait et fit placer un timbre ttu fond de l'appareil. Je vivrais cent ans que je n'oublierais pas notre émotion quand il arriva; nous étions blancs comme neige à l'idée de prendre un vieux militaire en flagrant délit de mensonge. — Il était à peine enfermé que : ding! ding! : c'était le timbre. — Gaétan me dit : « il est pincé; nous avons notre sou. » — Et bien, monsieur, pas du tout! il osa nous soutenir que le bruit venait de sa montre qui ét-ut tombJe de son gousset. Il parlait même de nous la faire payer. Tout de suite Gaétan, qui a suspecté une intention de mauvaise foi, a préféré perdre notre sou que de mettre le juge de paix là-dedans.
LE MON.'^IKUR. ??
LA MARCHANDE..— Lui! Dcur du vIcux militaire!
Lss petites Comédies du Vice 3,,
Dites plutôt qu'il abI,orre les procès. Quand celuMl ura peur, on vendra l'or dans les rues à s.x sou la
'rp%rirs''~"'^''--'^-'^--
lourez ^ous... (une quatrième corde aioureV
ncoreanotrearcl)...qu'navaneuridéeV s dans notre programme : Ici on fan son courriel ul
esgrugeurs,quisontàlapisredetout, nes'^al lis pas m:s à amener Jeurs secrétaires n! détourné pour ne oaver nu '^''^'■■' "" "^ojen
puur ne pa}er qu un couvert. Si vous -vV^ vu la ureurde Gaétan quand il les a balayés Cn trem le Ah 1 on peut le d.re de lui, c'est un v'r i Ln avec les homn,es et une brebis avec les dames r *°"
LE MONSIEUR. — ..,
LA MARCHANDE. — Vous dpmnrn^. v,
nous ayons, au fond de la cour aJ ''r ^"^
réservés pour dame, Ki/ ' "^«"P^rtiments
Cette meL;e(ur;nc, "'"■"." '""' '''"""'- > notre arcn "e. "'^' "i"'' ">" ^"--
-nesmertdeZirq:7;.r;t:r-^.^-^
ipnr. filles à un roman par correspon-
dance. - Avec ce J ^^^^^^ ^^ ^^^„.^„e
r;rir:rrpou:sepe™e„.eaes.u,,s
que rien ne motive.
^K MONSIEUR, -...in ^,^^^ ^^^„,, j,
" rr t'Jz- Tvlnt ici un ieune homme, vous le d,s. - Tenez . ^^ ^.^^^ ^^^
M. de Fontameblard, q"'- «" j lus que
Henri V... Dès qu'il est entre on n enten P H^^ „;, U vous fend la tète et appelle cela d ^^
VI • „ I T'est peut-être assez drole, 1= i>= du N>-g"^! -,^"' P ^,,3t ,i„si qu'on honore
bien, - Mats sd croit <^" j;^ .;! n'a jamais
son parti, il se "-?; °" °"j;' as sans peine s'il pu trouver à se marier,, ecoap ^^,^^^^^.^^ ^^,
colporte aussi dans les «^'°" ^^ Vous le voyez,
m'ont fait perdre plus de «nt clients. >^, ^
riefrot::::. . pens. ^e ie suis ut. .^
-""^^'^=t:r;" ci «arn;ie reconnais mon poste. {Avec joie.)
,-:rcr.rrtl:ous sanver d'un .and danger! Est-ce qu'ils ont
,„a„ renoncé à supprimer les -J-^ /^ien autr, ciBiAN (poursuivant). - '-"on'
chose... Ce matin, en allant au beurre, je rencontre Vaudel, le garçon de bureau, qui m'apprend une épouvantable nouvelle. Je bondis à l'Hôtel-de-Ville où se trouvaient les plans; la Commission d'enquête était en séance; je force sa porte et je lui dis : « Estil vrai que vous voulez faire passer un nouveau boulevard sur notre maison du général Cambronnel — Oui, me répond le préfet. — Pourquoi? — Parce que ce boulevard répond à un besoin qui se fait vivement sentir. — Et nous, lui ai-je demandé, est-ce que nous ne répondons pas au même but? » — Alors il a réfléchi vingt secondes , puis il a dit : « C'est vrai! » et, se tournant vers un secrétaire, il a ajouté : « Vous obliquerez le tracé sur la gauche. »
LA MARCHANDE [avec de douces larmes de reconnais' sance). — O ! Gaétan, tu seras toujours ma Providence!!
Paris.— Imiirimerie Ve P. Larousse et Ce, rue Montparnasse, 19.
Vachette, Eu^i^ne '^'-i^/jo Les petites comédies du
/23P4- vice