‹ Les petites comedies du vice [Par] Eugène ChavetteChapitre 6 sur 31 · L'AVARICE · texte numérisé non relu

L'AVARICE

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Les fctiîcs Cov.édies du Vice q5

MADAME CAMBOURNAC. Oui, CC vicUX SHHS âgC, Ct si

laid, que les juments pleines détournaient la lête. Eh bien?

M. FRAicHOT, éclatant. — Défunt! pour toujours!

MADAME CAMBOURNAC. — Comment! Vrai? il est mort !... et pourquoi? Exprès alors?

M, FRAicHOT. — Un capricc! hier, tout doucement... au moment où le gazier tintait pour éteindre le gaz.

MADAME FRAicnoT. — Il a fait comme ça: Pfuiii! Moi, je croyais qu'il avait trop mangé; pas du tout, il rendait son âme.

MADAME CAMBOURNAC. — O le pauvrc cher homme!

M. FRAicHOT. — Maintenant faut être juste et dire que, depuis l'âge de vingt ans, il était privé de toutes les joies de ce monde.

MADAME CAMBOURNAC. — Il était cuHuque?

M. FRAicHOT. — Non, il était sourd, mais ça ne le gênait pas pour son état de dentiste.

MADAME CAMBOURNAC. — Ça ne fait rien, je comprends que vous le pleuriez.

MADAME FRAicHOT, avcc iiu profoiîd étonnemetit. — Oh! mais vous n'y êtes pas, madame Cambournac! les quinze cents livres de rentes qu'il nous laisse nous empêchent de le regretter; vous n'y êtes pas {pleurant), ça n'est pas ça.

MADAME CAMBOURNAC. — Quoi donc, alors?

M. FRAiCHOT. — Il est parti hier dimanche gras; aujourd'hui les formalités ont lieu — et il faudra l'enterrer demain mardi gras. Comprenez-vous main-

tenant, madame Cambournac? mardi gras!!! c'est-àdire le meilleur jour de l'année pour notre commerce! une recette force'e !

MADAME FRAicHOT. — Et il faudra fermer la boutique! clore le four! arrêter la broche! {Avec désespoir.) Ah l h ciel est sévère pour nous.

M FRAicHOT. — Un jour qui, depuis six ans, nous donnait un bénéfice moyen de mille francs? — Et notez bien que j'oublie exprès l'an i858 où notre concurrent du carrefour, le matin même, eut le bonheur de se pendre, ce qui nous a donné une recette exceptionnelle que je n'espère plus; car c'est une de ces chances qui ne se représentent pas deux fois dans la vie d'un homme !

MADAME FRAiCHOT. — Oui, mais uous payons bien ça aujourd'hui! — Toutes nos provisions étaient faites, sans parler des vieux rôtis de la boutique qui patientaient to jours avec l'espoir de partir au mardi gras!

M. FRAiCHOT. — Nous voici, jusqu'à Pâques, avec douze cents volailles sur le dos qui n'hésiteront pas à se défraîchir.

MADAME CAMBOURNAC. — Si on demandait à retarder la cérémonie jusqu'à mercredi?

M. FRAicHOT. — J'ai cnvoyé l'apprenti chez l'autorité, malheureusement on refusera ! le pauvre cousin se dépêche trop. {Avec regret.) 11 avait bien raison, le pauvre cher homme, quand, depuis trente ans, il nous disait que rien ne se conservait dans sa chambre!

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