‹ Les petites fleurs de Saint François d'AssiseChapitre 11 sur 32 · DIT L'AME ALLANT AU CIEL · texte numérisé non relu

DIT L'AME ALLANT AU CIEL

E vrai disciple du Christ monsieur saint François, vivant en cette misérable vie, avec tout son effort s* ingéniait de suivre Jésus Christ le maître parfait ; dont advenait souventes fois par divine opération, que si d^un il guérissait le corps. Dieu à la même heure lui guérissait Tâme, tout comme on lit du Christ» Et pour ce que non seulement il servait volontiers les lépreux, mais outre ce avait ordonné que les frères de son Ordre, allant ou demeurant par le monde, servissent les lépreux pour T amour du Christ, lequel \^ulut pour nous être réputé lépreux; advint une fois qu'en un lieu proche de celui où demeurait alors saint François, les frères servaient dans un hôpital les lépreux et malades : dans lequel était un lépreux si impatient et insupportable et arrogant que chacun croyait certainement, et ainsi était, qu'il fût envahi du Démon; pour autant qu'il vilainait de paroles et de coups si outrageusement quiconque le servait, et, qui pis était, vitupéreusement blasphémait le Christ béni et sa très sainte Mère la Vierge Marie ; tant que par nul moyen ne se trouvait qui le pût ou voulût servir. Et encore que les frères s'étudiassent de supporter patiemment leurs propres injures et vilenies, pour accroître le mérite de la patience; néanmoins ne pouvant leurs consciences souffrir celles du Christ et de sa Mère, du tout déterminèrent d'abandonner ledit lépreux ; mais ne le voulurent faire jusques à tant qu'ils l'eussent signifié selon la règle à saint François, lequel demeurait alors en un couvent proche de là. Et comme ils le lui eurent signifié, saint François s'en vint à ce lépreux pervers, et venant à lui, le salua, disant : Dieu te donne paix, frère mien très cher. Répond le lépreux tout grondant : Et

quelle paix puis-Je avoir de Dieu, qui m'a ôté la paix et tout bien, et m'a fait tout pourri et puant ? Et saint François dit : Fils, aie patience ; pour ce que les infirmités des corps nous sont données par Dieu en ce monde pour le salut de Tâme, pour ce qu'elles sont de grand mérite quand elles sont supportées en paix. Répond le malade : Et comment puis-je supporter en paix la peine continue qui m'afflige le jour et la nuit ? Et non seulement suis-je affligé de cette maladie mienne, mais pis me font les frères que tu me donnas pour qu'ils me servissent, et ne me servent comme ils doivent. Alors saint François, connaissant par révélation que ce lépreux était possédé du mauvais esprit, alla et se mit en oraison et pria dévotement Dieu pour lui. Et faite l'oraison, retourna à lui et dit ainsi : Fils, }e te veux servir moi, puisque tu ne te te contentes des autres. Il me plaît, dit le malade ; mais que me pourras-tu faire plus que les autres? Répond saint François : Ce que tu voudras je ferai. Dit le lépreux : Je veux que tu me laves tout et tout ; pour ce que je pue si fortement, que moi-même ne me puis souffrir. Alors saint François tout soudain fait chauffer eau avec moult herbes odoriférantes ; puis dépouille icelui et commence de le laver avec ses mains, et un autre frère mettait l'eau dessus. Et par divin miracle, où saint François touchait avec ses saintes mains, se partait la lèpre et demeurait la chair parfaitement assainie. Et comme la chair se commença d'assainir, ainsi se commença d'assainir l'âme, dont se voyant le lépreux commencer de guérir, commença d'avoir grande componction et repentance de ses péchés et de pleurer^très amèrement ; en^sorte que, durant que le corps se nettoyait au dehors de la lèpre par le lavage d'eau, l'âme se nettoyait au dedans du péché par contrition et par les larmes. Et étant complètement assaini quant au corps et quant à l'âme, humblement se rendit à confesse et disait pleurant à haute voix : Malheur à moi, car je suis digne de l'Enfer pour les vilenies et injures que j'ai faites et dites aux frères, et pour l'impatience et les blasphèmes

que j'ai eus contre Dieu ; dont pendant quinze jours persévéra en amer pleurement de ses péchés et à demander miséricorde à Dieu, se confessant au prêtre entièrement. Et saint François, voyant un si exprès miracle, lequel Dieu avait opéré par ses mains, remercia Dieu et se partit, allant de là en des pays très lointains : pour ce que par humilité voulait fuir toute gloire mondaine, et en toutes ses opérations seulement cherchait T honneur et la gloire de Dieu et non la sienne propre. Puis, comme à Dieu plut, ledit lépreux, guéri du corps et de Tâme, après quinze jours de sa pénitence, tomba malade d'autre maladie; et armé des sacrements de la sainte mère Église, se mourut saintement ; et son âme, allant au Paradis, apparut dans les airs à saint François qui se tenait en un bois en oraison, et lui dit : Me reconnais-tu ? Qui es-tu ? dit saint François. Et il dit : Je suis le lépreux que le Christ béni guérit par tes mérites, et aujourd'hui je vais à la vie éternelle : dont je rends grâces à Dieu et à toi. Bénie soit ton âme et ton corps, et bénies tes paroles et œuvres ; pour ce que par toi moult âmes se sauveront dans le monde ; et sache qu'il n'est jour au monde, dans lequel les saints Anges et les autres saints ne remercient Dieu des saints fruits que toi et ton Ordre faites en diverses parties du monde ; et partant conforte-toi et remercie Dieu, et demeure avec sa bénédiction. Et dites ces paroles, s'en alla au ciel ; et saint François resta moult consolé. A la louange du Christ. Amen.

COMMENT SAINT FRANÇOIS CONVERTIT TROIS LARRONS HOMICIDES, ET SE FIRENT FRÈRES; ET DE LA NOBLE VISION QUE VIT L'UN D'EUX, LEQUEL FUT TRÈS SAINT FRÈRE.

SAINT François alla une fois par le district du Bourg Saint Sépulcre, et passant par un castel qui se nomme Mont Casai, vint à lui un jouvenceau noble et moult délicat et lui dit : Père, je

voudrais moult volontiers être de vos frères. Répondit saint François : Fils, tu es jeune, délicat et noble; peut-être que tu ne pourrais supporter notre pauvreté et rigueur. Et il dit : Père, n* êtes- vous hommes ainsi que moi ? donc comme vous la supportez, ainsi le pourrai-je faire avec la grâce de Dieu. Moult plut à saint François cette réponse : dont le bénissant, incontinent le reçut dans r Ordre, et lui donna le nom de frère Ange. Et se comporta ce jouvenceau si gracieusement, que à peu de temps de là saint François le fit gardien au couvent susdit de Mont Casai. En ce temps fréquentaient dans la contrée trois renommés larrons, et y faisaient moult maux ; lesquels vinrent un jour audit couvent des frères, et priaient ledit gardien frère Ange qu'il leur donnât à manger. Le gardien leur répondit en cette manière, les reprenant âprement : Vous, larrons et cruels homicides, n'avez vergogne de rober les fatigues d' autrui ; mais encore, comme présomptueux et effrontés, voulez dévorer les aumônes qui sont mandées aux serviteurs de Dieu ; et vous n'êtes même pas dignes que la terre vous supporte ; pour ce que vous n'avez aucune révérence ni aux hommes ni à Dieu qui vous créa : allez donc à vos affaires et ci n'apparaissez plus. Dont iceux troublés se partirent avec grand courroux. Et voici que saint François revint du dehors avec le sac de pain et avec un petit vase de vin que lui et son compagnon avaient mendiés ; et lui racontant le gardien comment il avait iceux chassés, saint François fortement le reprit, lui disant : Tu t'es comporté cruellement ; pour ce que les pécheurs mieux se ramènent à Dieu avec douceur que avec cruelles répréhensions : dont notre maître Jésus Christ, duquel nous avons promis d'observer l'Évangile, dit que point n'est besoin aux sains du médecin, mais aux infirmes ; et qu'il n'était point venu appeler les justes mais les pécheurs à pénitence; et pour ce souventes fois mangeait-il avec eux. Comme ainsi soit donc que tu as agi contre la charité et contre le saint Évangile du Christ, je te commande par sainte obéissance que

incontinent tu prennes ce sac de pain que f ai mendié et ce petit vase de vin; et va derrière eux diligemment par monts et par vaux, tant que tu les retrouves, et présente-leur tout ce pain et ce vin de ma part ; et puis t' agenouille devant eux et dis-leur humblement ta coulpe de ta cruauté ; et puis les prie de ma part qu^ils ne fassent plus mal, mais craignent Dieu et n'offensent le prochain ; et s'ils le font, je promets de les pourvoir dans leurs besoins et de leur donner continûment à manger et à boire. Et quand tu le leur auras dit, retourne-t'en çà humblement. Durant que ledit gardien alla faire le commandement de saint François, il se mit en oraison, et priait Dieu qu'il attendrît les cœurs de ces larrons et les convertît à pénitence. Vient à eux l'obéissant gardien, et leur présente le pain et le vin ; et fait et dit ce que saint François lui a imposé. Et comme plut à Dieu, mangeant ces larrons l'aumône de saint François, commencèrent de dire ensemble : Malheur à nous, misérables infortunés : combien dures peines de l'Enfer nous attendent, qui allons non seulement robant le prochain et battant et blessant, mais même assassinant ; et néanmoins, pour tels maux et si scélérates choses que nous faisons, nous n'avons aucun remords de conscience ni crainte de Dieu. Et voici ce saint frère qui est venu à nous, et pour aucunes paroles qu'il nous dit justement pour notre malice, nous a dit humblement sa coulpe ; et outre ce nous a porté le pain et le vin et si libérale promesse du père saint. Vraiment ces frères sont saints de Dieu, lesquels méritent Paradis, et nous sommes fils de l'éternelle damnation, lesquels méritons les peines de l'Enfer, et chaque jour accroissons notre perdition, et ne savons si des péchés que nous avons faits jusques ici nous pourrons trouver miséricorde de Dieu. Disant l'un d'eux ces paroles et autres semblables, dirent les autres : Pour sûr, tu dis vrai ; mais voici, que devons-nous faire ? Allons, dit icelui, à saint François ; et s'il nous donne espérance que nous puissions de nos péchés trouver miséricorde de Dieu, faisons ce qu'il nous commande, et puissions-

nous délivrer nos âmes des peines de T Enfer I Plut ce conseil aux autres, et ainsi accordés tous trois s'en vinrent en hâte à saint François et lui dirent ainsi : Père, pour moult scélérats péchés que nous avons faits, nous ne croyons pouvoir trouver miséricorde de Dieu : mais si tu as aucune espérance que Dieu nous reçoive à miséricorde, voici, nous sommes apprêtés à faire ce que nous diras, et faire pénitence avec toi. Alors saint François, les recevant charitablement et avec bénignité, les conforta avec moult exemples ; et les rendant assurés de la miséricorde de Dieu, leur promit sûrement de la leur mendier de Dieu, leur montrant que la miséricorde de Dieu est infinie : et eussions-nous infinis péchés, encore la miséricorde de Dieu est-elle plus grande, selon T Évangile ; et Tapôtre saint Paul dit : le Christ béni est venu en ce monde pour racheter les pécheurs. Par lesquelles paroles et semblables enseignements lesdits trois larrons renoncèrent au Démon et à ses opérations, et saint François les reçut dans T Ordre, et commencèrent de faire grande pénitence; et deux d'entre eux vécurent peu depuis leur conversion et s'en allèrent en Paradis. Mais le troisième survivant et repensant à ses péchés, s'adonna à faire telle pénitence, que pendant quinze années continues, excepté les carêmes communs, lesquels il faisait avec les autres frères, le reste du temps toujours jeûnait au pain et à l'eau trois jours de la semaine, et allant toujours déchaux et avec une seule tunique au dos, jamais ne dormait après matines. Entre temps saint François passa de cette misérable vie. Ayant donc icelui pendant moult années continué telle pénitence, voici que une nuit, après matines, lui vint telle tentation de sommeil, que par aucun moyen ne pouvait résister au sommeil et veiller comme soûlait faire. Finalement, ne pouvant résister au sommeil ni prier, il s'en alla sur le lit pour dormir ; et tout soudain qu'il eut reposé la tête, fut ravi et mené en esprit dessus une montagne très haute, en laquelle était un abîme très profond, et de çà et de là rochers brisés et fracassés et

écueils inégaux qui issaient hors des rochers : dont terrible à regarder était Taspect de cet abîme. Et TAnge qui menait ce frère le poussa et le jeta en bas dans cet abîme : lequel rebondissant et heurtant d^écueil en écueil et de rocher en rocher, à la parfin arriva au fond de cet abîme tout démembré et pulvérisé, selon que lui paraissait ; et gisant ainsi mal accommodé en terre, dit celui qui le menait : Lève-toi, car il convient que tu fasses encore un plus grand voyage. Répond le frère : Tu me parais moult indiscret et cruel homme, qui me vois pour mourir de la chute qui m'a ainsi brisé, et me dis : Lève-toi. Et TAnge s'approche de lui, et le touchant lui remet parfaitement tous les membres et le guérit. Et puis lui montre une grande plaine emplie de pierres aiguës et tranchantes et d'épines et de chausse-trapes, et lui dit que par toute cette plaine lui faut passer à pieds nus jusques à tant qu'il arrive à la fin : où il voyait une fournaise ardente en laquelle lui fallait entrer. Et ayant le frère passé toute cette plaine avec grande angoisse et peine, l'Ange lui dit : Entre en cette fournaise, pour ce qu'ainsi te faut faire. Répond icelui : Hélas, combien tu m'es cruel guide, qui me vois être presque mort pour cette angoisseuse plaine, et ores pour repos me dis que j'entre en cette fournaise ardente ! Et regardant icelui, il vit autour de la fournaise moult Démons avec les fourches de fer en main, avec lesquelles, pour ce qu'il hésitait d'entrer, le boutèrent dedans tout soudain. Entré qu'il fut dans la fournaise et regardant, il voit un qui avait été son compère, lequel ardait tout et tout ; et icelui lui demande : O compère infortuné, comment es-tu venu çà ? Et il répond : Va un peu plus avant, et trouveras ma femme ta commère, laquelle te dira la cause de notre damnation. Allant le frère plus outre, voici qu'apparut ladite commère toute enflammée, recluse en une mesure à blé toute de feu ; et il lui demande : O commère infortunée et misérable, pourquoi es-tu venue en si cruel tourment ? Et elle répond : Pour ce que au temps de la grande famine, que saint François prédit autrefois, mon mari

et moi falsifiâmes le blé et T avoine que nous vendions dans la mesure, et pour ce je brûle serrée en cette mesure. Et dites ces paroles, T Ange qui menait ce frère le bouta hors de la fournaise et puis lui dit : Apprête-toi à faire un horrible voyage, qu'il te faut passer. Et icelui se lamentant disait : O très dur conducteur, qui n'as de moi aucune compassion I tu vois que je suis presque tout brûlé en cette fournaise, et encore me veux mener en voyage périlleux et horrible. Alors T Ange le toucha et le fit sain et fort ; puis le mena à un pont lequel ne se pouvait passer sans grand péril : pour ce qu'il était moult subtil et étroit et moult glissant et sans rampes de côté, et dessous passait un fleuve terrible, plein de serpents et de dragons et de scorpions, et jetait une grandissime puanteur ; et lui dit l'Ange : Passe ce pont, que du tout te le faut passer. Répond icelui : Et comment le pourrai-je passer, que je ne chée en ce périlleux fleuve ? Dit l'Ange : Viens après moi, et pose ton pied où tu verras que je poserai le mien, et ainsi passeras bien. Passe ce frère derrière l'Ange, comme il lui avait enseigné, tant qu'il vint au milieu du pont ; et étant ainsi sur le milieu, l'Ange s'envola, et se partant de lui s'en alla dessus une montagne très haute, loin par delà le pont. Et icelui considère bien le lieu où avait volé l'Ange ; mais restant sans guide et regardant en bas, voyait ces animaux si terribles demeurer avec les têtes hors de l'eau et avec les gueules ouvertes, prêts à le dévorer s'il chéait : et était en tel tremblement, que par aucune manière ne savait que faire ni que dire ; pour ce que ne pouvait retourner en arrière ni aller en avant. Dont se voyant en telle tribulation et que n'avait d'autre refuge que Dieu seul, lors s'inclina et embrassa le pont, et de tout cœur et avec larmes se recommanda à Dieu, que par sa très sainte miséricorde il le dût secourir. Et faite l'oraison, lui parut commencer de porter ailes ; dont avec grande allégresse il attendait qu'elles crussent, pour pouvoir voler par delà le pont où avait volé l'Ange. Mais après quelque temps, pour le grand désir

qu'il avait de passer ce pont, se mit à voler ; et pour ce que les ailes ne lui avaient tant crû, il chut dessus le pont, et les plumes lui churent : dont icelui derechef embrassa le pont, et comme en premier se recommanda à Dieu. Et faite Toraison, encore lui parut porter ailes; mais, comme en premier, n'attendit qu'elles crussent parfaitement : dont se mettant à voler avant le temps, rechut derechef dessus le pont, et les plumes lui churent. Pour laquelle chose voyant que par la hâte qu'il avait de voler avant le temps il chéait, ainsi commença de dire en soi-même : Pour sûr, si je porte ailes une troisième fois, j'attendrai tant qu'elles seront si grandes que je pourrai voler sans rechoir. Et demeurant en ce penser, il se voit la tierce fois porter ailes ; et attendant un long espace qu'elles fussent bien grandes, lui paraissait, pour le premier et second et tiers portement d'ailes, avoir attendu bien cent cinquante ans ou plus. A la parfin se leva cette tierce fois avec tout son effort, prit son vol, et vola en haut jusques au lieu où avait volé l'Ange, et heurtant à la porte du palais dans lequel il était, le portier lui demanda : Qui es-tu, qui es venu ici ? Répond icelui : Je suis frère mineur. Dit le portier : Attends-moi, que je veux mener ici saint François à savoir s'il te connaît. Allant ce portier pour trouver saint François, icelui commence de regarder les murailles merveilleuses de ce palais ; et voici que ces murailles paraissaient transluisantes de telle clarté, qu'il voyait clairement les chœurs des saints et ce qui dedans s'y faisait. Et demeurant icelui stupéfait en ce regarder, voici venir saint François et frère Bernard et frère Gilles, et après eux telle multitude de saints et de saintes qui avaient suivi sa vie, que presque paraissaient innombrables. Et venant saint François, dit au portier : Laisse-le entrer dedans, pour ce qu'il est de mes frères. Et sitôt comme il fut entré, il sentit telle consolation et telle douceur, qu'il oublia toutes les tribulations qu'il avait eues, comme si jamais n'eussent été. Et alors saint François le menant par dedans, lui montra moult choses merveilleuses, et puis lui dit :

Fils, il te faut retourner au monde, et y demeureras sept jours, en lesquels tu t* apprêteras diligemment en toute dévotion; pour ce que après les sept jours je viendrai pour toi, et alors tu t^en viendras avec moi à cette demeure des bienheureux. Et saint François était vêtu d'un manteau merveilleux adomé d'étoiles très belles, et ses cinq stigmates étaient comme cinq étoiles très belles, et de telle splendeur, qu'elles illuminaient tout le palais avec leurs rayons. Et frère Bernard avait sur le chef une couronne d'étoiles très belles, et frère Gilles était adomé de merveilleuse lumière ; et moult autres saints frères aperçut-il parmi eux, lesquels au monde n'avait jamais vus. Congédié donc de saint François, s'en retourna, bien que mal volontiers, au monde. S' éveillant et retournant en soi et reprenant ses sens, les frères sonnaient prime : en sorte qu'il n'était demeuré en cette vision sinon de matines à prime, bien que lui fût paru demeurer moult années. Et racontant à son gardien toute cette vision par ordre, dans les sept jours il commença de prendre fièvre, et le huitième jour vint pour lui saint François, selon sa promesse, avec grandissime multitude de glorieux saints, et emmena son âme au royaume des bienheureux de la vie étemelle. A la louange du Christ. Amen.

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