ACTE l
COURTIN
Ah! oui! sa cravate est très-bien mise... ça doit lui prendre beaucoup de temps... A propos de cravate... je viens d'en acheter deux.., (Dépliant un papier.) Gomment trouves-tu ça?
AMÉLIE
Ah ! c*est trop épais.
J'ai demandé du solide... Dans le commerce, il nous faut du solide ! (Les remettant dans sa poche.) Je prierai ta sœur de me les ourler. Ah çà ! où est donc ton mari?... Je ne Tai pas encore vu...
AMÉLIE
Il ne tardera pas à se lever.
COURTIN
Comment! se lever!
AMÉLIE
Oui... Il n'est pas très-matinal.
COURTIN
A dix heures !
AMÉLIE
Et puis hier nous avons eu une journée très-fiitigante... Nous sommes allés \oir une exposition de camélias...
COURTIN
Qu'est-ce que c'est que cela ?, . . Des fleurs ?. . .
AMELIE.
Ah! il y en avait de magnifiques!... Après, Georges, m'a accompagnée chez ma modiste... et en revenant, nous avons fait trois visites... trois !... Et tout cela à pied !
COURTIN
Parbleu ! . . . j'arrive bien de la gare d'Ivjy.
AMÉLIE
Et le soir, nous sommes allés au Gymnase voir la pièce nouvelle.
Des camélias ! des modistes !... Eh bien? et ses affaires?... quand lesfait-il?
i8 LKS PETITES MAINS
AMÉLIE
Quelles affaires ?
GOURTIN.
Sa place? son bureau?... ou son comptoir? car je ne sais pas au juste ce quMl fait... Dans ses lettres, il ne m'en parle jamais... Quand il fa demandée en mariage, il a été convenu que monsieur de Vatinelle prendrait une occupation... Je n'aurais jamais voulu d'un gendre oisif! Voyons? que fait-il ?
AMÉLIE
Ne te fâche pas!... D'abord il touche nos loyers..,
COURTIN
Ça, c'est bien. Après ?
AMÉLIE
Après?... Il m'aime !
COURTIN
Il t'aime !... C'est un devoir... mais ce n'est pas une profession !
AMÉLIE
Puisque nous sommes heureux !
COURTIN
Heureux ! sans rien faire !... C'est-à-dire que j'ai un gendre qui se croise les bras !
AMÉLIE
Mon bon père...
COURTIN
Ah! voilà qui est fort!... Le gendre de la maison Courtin de Caen!... Mais ça ne me va pas !... ça ne peut pas m'aller... nous ne sommes pas convenus de ça !