‹ Les petites mains: comédie en trois actesChapitre 18 sur 76 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

DB VATINELLfi.

Eofiti, quand vous ne serez plus bon à rien...

Oui... eh bien ! je demanderai quelque chose... pour me repo* ser .. j'entrerai dans Tadministration.

DE VATINBLLE.

Comme on entre aux Invalides ! Avouez^ beau-père, que c'est une étrange manie que celle de noU« époque !... et j'en enragerais... si je ne préférais en rire !

COURTIN

Quoi donc ?

DE VATINELLE

Aujourd'hui, chaque Français vacciné croit avoir droit aune place... encore un peu, on priera le gouvernement de distribuer des numéros d'ordre à messieurs les nouveau-nés. Toi , petit , tu seras dans la diplomatie... tu as la vue basse... Celui-ci sera marqué pour la marine. Cet autre pour les finances, côté des contributions directes. Tout le monde aura son bureau ^ sa petite table , son encrier et sa plume derrière l'oreille... Joli petit peuple 1... tout cela grouillera, griffonnera... et émargera ! Qui veut des places?... prenez vos billets! Et à ces administrateurs, que manquera-t-il?... une seul chose... des administrés!... mais on en fera venir de l'étranger... en payant le port !

COURTIN

Vous faites de l'esprit.

DE VATINELLE

Beau-père, on fait ce qu'on peut... Mais ca qui est certain^ c'est que je ne demanderai jamais de place... même quand je serai vieux.

COURTIN

Et pourquoi?

DE YAtlNËLLE.

Pour deux motifs : le premier, c'est que n'ayant pas fait d'études spéciales, je remplirais fort mal ma place.

Mauvaise raison! Après?

DE YÂTINELLE.

h» secondi c'est que la remplissant fort mal, j'occuperais la posi-

tion d'un autre qui la remplirait pent-étre fort bien... je ferais tort nu gouvernement d^une part... et de Fautre je volerais à un employé laborieux et capable des appointements dont je n^ai pas besoin... Vous voyez que tout le monde y perdrait.

COÛRTIX.

Dites tout de suite que vous ne voulez rien faire !

DE VATINELLE

J'ai sur le travail une petite théorie à moi...

COURTIN

Pourrait-on la connaître, sans indiscrétion?

DE YAIINELLE, s'asseyant.

Volontiers... beau père; pourquoi travaille-t-on dans ce monde?... pour gagner de la fortune, apparemment...

COURTIN

Parbleu! c'est bien malin!

DE VATINELLE

Pourquoi veux-ton gagner de la fortune?... pour en jouir et se reposer.

Se reposer!... c'est-à-dire...

DE VATINELLE

Oui, je sais qu'il y a de par le monde des loups maigres et voraces qui ne se reposent jamais... des joueurs avides et infatigables qui, après avoir ramassé tout Ter répandu sur le tapis, veulent encore gagner la table et les flambeaux ! Moi, je ne suis pas de ceux-là, j*ai la fortune, vous me Tavez donnée... Bien plus, j'ai le bonheur. Je suis content de mon sort, je ne demande rien. Pourquoi voulez-vous que je travaille ? pour faire aux pauvres une concurrence inégale ? ou pour me ruiner... ce qui serait encore plus béte!

COURTIN

Mais cependant...

DE VATINELLE

Ah! cela s'est vu, beau-père!... il ne faut pas trop vouloir gagner les flambeaux 1 Tenez, vous allez crier au paradoxe! mais ji^

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