SCÈNE X
Les Mêmes, AMORGO, ABOUKIR et FALERPIN, arrivant par le fond, leurs chapeaux à la main.
AMORGO, se dirigeant vers Duvivier, — avec tact et solennité.
Nous venons vous dire, monsieur, que devant l'impossibilité où vous êtes...
DuviviER, Vinterj'ompant, avec tristesse.
Nous connaissons le coupable, monsieur I...
BOispiERRE, de même.
Georges de Cernay !
ABOUKiR, ina'édule.
Georges !...
FALERPIN
Allons donc !
Dv\iviER,péremptoirement, en montrant Cr^ellechamp.
M. de Crellechamp avait des relations avec lalingère... [Tous les regards se portent sur Crellechamp.)
FALERPIN, à mi-voix.
Je m'en doutais !
DUVIVIER, continuant sans s'émouvoir.
La nuit dernière, cette tille, cache'e près de sa porte, a vu passer dans le couloir un homme qui avait remonte' l'escalier, qui venait par conséquent de l'endroit où nous sommes, [montrant le meuble de droite.) où l'on mettait les Jeux de cartes... Elle a reconnu cet homme, au clair de lune...
AMORGO
Mais...
DUVIVIER
Si Monsieur de Cernay e'tait sorti de sa chambre pour un motif quelconque, — pourquoi marcher, comme il le faisait, sur la pointe des pieds, sans pantoufles, sans lumière, sa bougie éteinte ?...
hBOUKiR, fie pouvant encore ad)nsttre Li culpabilité
de Georges.
Mais Georges, enfin !...
FALERPIN
Je mettrais ma tête sur le billot...
BOisPiERRE, impatienté.
Mais tu la mets toujours ! Tu nous ennuies !
ABOUKIR
Enfin, c'est e'videmment bizarre... Mais de là à croire que Cernay...
AMORGO, intervenant.
Ecoutez, Raoul.. . Il a des dettes...
ABOUKIR, haussant les épaules.
Je dois bien trente gilets à mon tailleur, moi!...
AMORGO
Il ne s'agit pas de vétilles... [Avec une certaine solennité, et baissant la voix.) Il y a des cas, mon Dieu ! où trahir le secret professionnel est un devoir. En avril dernier, Georges de Cernay est venu me trouver chez moi, à la banque...
DUViviER, très attentif.
Ah!
AMORGO, continuant.
Il avait alors pour maîtresse une petite actrice des Bouffes : Lilly Lefebvre...
CRELLECHAMP
J'ai entendu dire au Cercle qu'il l'avait lâchée pour une femme du monde...
AMORGO
Enfin, à ce moment-là, il lui avait offert hôtel rue Jouftroy, attelages, rivières, — toute la lyre!... Elle prenait même des bains de lait tous les jours ! On l'a vu : le baron des Nojettes 1...
aboukir, haussant les épaules.
Qu'est-ce que ça prouve, ça?.,. Georges a toujours fait les choses en gentilhomme...
AiMORGO
Enfin, il avait besoin de cent mille francs Il
vient me trouver. Il me demande le service de les lui prêter, en ami, en gentleman... « Parfaitement!... » On signe les billets... Je lui demande une garantie morale...
DUVIVIER
Eh bien?...
AMORGO
« L'he'ritage très prochain de mon oncle, Arthur de Sartemart... » Je savais que c'e'tait vrai. Cet oncle a le diabète. Le docteur Fortemol m'avait même re'pondu qu'il ne verrait pas le Grand Prix... Là dessus le Grand-Prix se passe... Juin!... Juillet! .. Août!... Septembre!... Le diabète est une maladie capricieuse... Si bien qu'il n'y a plus de raison pour que ça finisse... Non seulement, Georges de Cernay n'a pas pu me payer, mais il est même, évidemment, tout à fait à la côte!
CRELLECHAMP, découragé.
Alors, il n"y a plus de doute possible!
FALERPiN, de même.
Aucun ! [Silence.]
CRELLECHAMP, avec amertume.
Un garçon avec qui je devenais intime !...
BOISPIERRE
Et nous, donc !... Il y avait presque un projet de mariage entre son frère et ma petite cousine... AMORGO, hochant la tête, avec amertume.
Et il ne triche môme pas au Cercle!... 11 choisit votre maison!...
BOISPIERRE, indigné.
Oui!
ABouKiR, qui n'a cessé de réfléchir, V interrompant. Moi, je ne peux pas le croire encore !
BOISPIERRE
Comment?...
ABOUKIR, secouant la tête.
Georges nous donnera une explication plausible...
BOISPIERRE, saisissant la balle au bond. Alors, veux-tu faire une chose, toi ?...
ABOUKIR
Laquelle?...
BOISPIERRE
Va donc lui dire que nous savons tout!... Tu verras s'il ne part pas de lui-même!...
ABOUKIR
levais mettre son frère au courant!... Soitl... (// sort par le fond.)