SCÈNE VIL JACQUELINE , PILOU
JACQUELINE , dans la coulisse.
Pilou ! Pilou ! viens donc me voir.
Ah ! te voilà , Jacqueline ? eh ! bien , regarde-moi , est-ce que je n'ai pas l'air d'un homme comme il faut?
JACQUELINE
J'crois bien ! et moi , donc ? Voyons , comment ferais-tu un monsieur conséquent ! supposons que t'es galant et quYas dTesprit....
PILOU
Oui , supposons ! je répéterai ce que j'entends dire tous les jours à des freluquets qui viennent ici 5 j'vas essayer un peu , pendant que nous sommes seuls... tiens, qu'est-ce que tu es > toi ?
JACQUELINE
Ce que je suis? je suis la femme d'un banquier... je suis une grosse bauquière.
PILOU
Et moi , je suis un petit agent de change qui vient te rendre visite. ( II s éloigne et s'annonce). M. Pilou. ( Il s'avance en faisant des révérences). Madame, je vous souhaite le bonjour.
JACQUELINE
Bonjour, monsieur... un fauteuil à monsieur... eh! bien } assis-toi donc.
PILOU
J'attendais le domestique , pour m'approcher le fauteuil. ( // avance le canapé et s'étale dessus ).
Allons , parle...
pilou.
Commence , toi.
JACQUELINE , minaudant.
En vérité , mon cher , vous êtes d'un rare incroyable ! il y a bientôt trois jours qu'on ne vous a vu... où avez- vous été ?
PILOU
J'ai été au bois !
Bon , et ensuite ?
JACQUELINE
PILOU
J'ai été au quai aux fleurs, acheter des géroflées... je veux dire au quai des orfèvres , acheter des diamans.
JACQUELINE
Dites-moi , à combien est la rente?
PILOU
La rente ! je ne connais pas celui-là.
JACQUELINE
Béta,à 89 5o, ça se dit tous les jours 5 tu veux être un homme d'esprit, et tu ne sais pas à combien est la rente ?
PILOU
^Voyons , explique-moi ça.
JACQUELINE
Air: De Mademoiselle Lecomte.
Mon cher Pilon , la rente , C'est de l'argent place' ;
( ty y
Un jour c'est à soixante , Et riendemain c'est baisse' !
Ça caus' bien des disgrâces.
PILOU
Bon , Jacquelin' , on comprend..* C'est comm' les gens en place , Ça monte et ça descend !
JACQUELINE
Voyons > coutinue 5 que faites-vous de la grosse présidente ?
PILOU
Je ne vois plus ça !
JACQUELINE
Oh ! que c'est bien! très-bien ! dites-moi , mon cher , étiezvous hier à l'Opéra Italien ?
PILOU
Au bouffa bouffons... oh! je suis fort là-dessus... j'ai entendu parler l'avoué de monsieur. . . un gros , qui est Rossinisse... tiens I écoute ! oui , j'ai été aux bouffes ! j'ai vu Otello ! oh!., la Pasta ! ah!., ah! ah ! la Pasta , tu vois bien que je ne suis pas si bète... que je suis aimable aussi bien qu eux , et j'vas vous le prouver en vous embrassant.
Jacqueline , faisant une révérence.
Avec plaisir , monsieur.
PILOU
Eh ! bien , repousse-moi donc ? est-ce qu'une dame comme il faut ne se défend pas?
Non , non , j'n'ons pas de temps à perdre. pilou , se frottant les mains* - J'allons t'y nous en donner...
JACQUELINE
Air : Des cancans , des cancans* N'oublions pas que ce soir , J'ons du monde à recevoir.
PILOU
Te v'ià dame de maison ,
D'ia décence et du bon ton !
{Dansant). Tra la la la. (bis),
JACQUELINE
CVest pas Fbon ton qui m'manqirra.
TOUS DEUX
Tra la la! (Ai*.).
Not' habit nous le donn'ra.
Les pciilcs Saturnales. 5
JACQUELINE
Même air.
Comm' il faut beaucoup d'gaîté, Y aura d'I'orgeatet du thé.
t PILOU.
Comm' dans la grand' société, Nous jouerons à l'écarté
TOUS DEUX
Tralala ! {bis),
PILOU
On prendra tout c'qu'on aura!
TOUS DEUX
Tra la la la , tra la la la !
Ah ! comme on s'amusera !