MIC BON
De quoi s'agit-il ? ♦
FLORICOUR.
Monsieur, vous avez chez vous des jeunes comédiens ?
BICHON
Oui , Monsieur. . . . vous savez cela. . . . est-ce que vous seriez dans la partie ?. ■
FLORICOUR.
Je me nomme Fioricour , ancienne haute-contre dans Les Petits Acteurs. 3
l'opéra, et maintenant directeur privilégié exploitant le sixième arrondissement.
michon.
Monsieur est un ancien Colin. . . vous avez eu tort de quitter l'emploi sitôt. . . Directeur , ah ! diable , c'est joli.
floricour.
Monsieur , j'ai besoin de deux premiers sujets , et mon correspondant m'adreèse chez vous , où je dois les trouver.
MICHON
Monsieur, vous ne pouviez pas mieux tomber, c'est avec moi que vous allez traiter.
FLORICOUR.
Avec vous ?
Oui , Monsieur ; c'est mon fils et ma fille , c'est moi qui est le père des enfans.
FLORIGOUR.
Enchanté , Monsieur , car on en dit beaucoup de bien ; avez-vous de grandes prétentions ?
MICHON
Monsieur , vous savez qu'à présent on n'a plus ce qu'on appelle les artistes, pour un morceau de pain. . . les talens se payent.
FLORICOUR.
Ce sont donc de grands taleus ?
MICHON
De grands .... non .... je mentirais ; mais c'est comme cela qu'on les veut aujourd'hui : on n'en veut pas davantage . . d'ailleurs, Monsieur, qu'est-ce que c'est que le talent ?
FLORICOUR.
Tout le monde sait ça. . . le talent c'est. . .
MICHON
Du tout , vous vous trompez , ce n'est pas ça . . vous apprenez un rôle , vous arrivez sur un théâtre quelconque , vous entrez en scène ; si on vous applaudit vous avez du talent , si on ne vous applaudit pas , bonsoir.
FLORICOUR.
Oui , le talent d'être applaudi ; Monsieur , je ne doute pas que vos jeunes acteurs n'en aient beaucoup , mais . . .
Que vous me faites mal de parler comme ça Monsieur ; du talent, c'est commun : mais mes enfans . . c'est à dire que c'est colossal, c'est à vous renverser, c'est à vous casser bras et jambes. . . quand j'entends mes enfans me dire de la comédie, je reste là comme un imbécille, et vous les entendriez. . . que cela serait absolument la même chose.
FLORICOUR.
Ah çà, j'espère qu'ils savent leur emploi, le répertoire des Français , le grand trottoir ?
MICHON
C'est sur le grand trottoir qu'ils vont le mieux , je les exerce toujours sur le grand trottoir; d'ailleurs, ils jouent aujourd'hui pour la fête de M. de Blinville ; dans un quart d'heure ils répéteront généralement et même en costume , devant les domestiques de la maison et quelques voisins qui sont curieux de les entendre.
FLORICOUR.
Je les verrai , mais stipulons toujours ; ( à part ) ne manquons pas cette affaire-là ! ( haut. ) Pour assurer notre marché voulez-vous accepter des avances ?
MICHON
Ah ! des avances. . . ça s'accepte toujours. . . quitte à les garder si on ne s'arrange pas.
FLORICOUR.
Voilà cinq pièces d'or de 20 francs , ce qui fait. . .
MICHON
Ça fait cent francs ( à part) c'est bien joli ! il faut encore poser bien des tablettes et des tassaux pour ça.
FLORICOUR.
Donnons-nous parole . . .
D'honneur , Monsieur . . .