‹ Les petits appartemensChapitre 1 sur 356 · BEATRIX, FABRICE · texte numérisé non relu

BEATRIX, FABRICE

FABRICE à la cantonnade.

C'est bien... tout cela me paraît ordonné à merveille... le prince sera satisfait.

BÉATRIX

Eli ! mon Dieu 1 mon oncle , pourquoi tout ce mouvement?... tous ces apprêts?... qu'est-ce que cela signifie?

FABRICE

Que le Grand-Duc de Toscane change d'appartement... Depuis plusieurs années il habitait l'extrémité opposée de son palais... c'est là qu'il donnait des fêtes galantes, des soupers mystérieux, où il recevait toutes les beautés de la ville... mais les appartemens secrets commençaient à être trop connus , et , par mesure de précaution, nous transportons ici notre quartier général.

BÉATRIX

Mais je ne comprends pas bien...

FABRICE

Il n'est pas nécessaire que tu comprennes... ]e serais même fâché que lu eusses trop de pénétration , cela ne tè servirait à rien et cela pourrait te nuire. Je t'ai fait venir de ton village pour partager les soins (pie

m'impose ma charge : il faut teu tenir là... on ne manque pas d'occupation quand on a comme moi l'honneur d'être valet de chambre de son altesse. BÉATRIX.

Comment êtes vous donc parvenu à une place aussi élevée?

FABRICE

A force dezèle et de discrétion. Voilà comme on fait son chemin.

Air:

Fils d'un simple gondolier,

J e sais le fin du métier ;

J'ai toujours conduit ma barque

En lialiile nautonnier,

Et chacun ici remarque

Ma prudence et mon esprit:

Car pour peu qu'on soit en crédit , J'applaudis à tout ce que l'on dit.

Quand par mon heureuse étoile

Dans ces lieux je fus porté ,

La fortune enfla ma voile

Et j'en ai bien profité;

Je ne crains plus la tempête ;

Favorisé par le sort,

En ces beaux lieux je m'arrête

Et je jette l'ancre au port.

Non, je ne crains plus la tempête:

.lésais, oui je sais louvoyer...

Fils d'un simple gondolier, etc.

Te voilà installée dans le palais : tu pourras circuler librement dans les appartenions... ton air simple, tes manières naïves te feront regarder comme une personne sans conséquence... il faut tout voir, tout entendre, et ne rien dire.

BÉATRIX

Mon oncle . c'esl hir-n facile.

FABRICE

Pas tant que tu crois... depuis dix ans que je fais métier d'être discret, je sais le mal que cela donne... mais enfin j'en suis venu à bout... J'ai conquis la confiance du prince... aussi l'on me met de toutes les parties de plaisir, de tous les soupers fins... pour servir à table ; mais je crois que maintenant nous n'aurons plus ici beaucoup de fêles.

BÉATRIX

Et pourquoi ?

FABRICE

Parce qu'il va nous manquer celui qui en était l'aine, le favori du Grand-Duc, un jeunefrançais, monsieur de Saint-Alban , le plus gai ,1e plus extravagant de tous les hommes... jadis compagnon d'armes du prince, et maintenant compagnon de ses plaisirs.

BÉATRIX

Que lui est-il donc arrivé?

FABRICE

Un accident très ordinaire; on l'a exilé hier au soir.

BÉATRIX. Et pourquoi?

FABRICE

Parce que cet étranger a de l'esprit... Il a voulu agir à la française; se moquer des sots, chansonner les ridicules, et il s'est fait des ennemis. En Italie nous voulons bien que l'on chante , mais à notre manière, rien que des cadences et des roulades; jamais d'épigrammes , ça résonne mal aux oreilles délicates. BÉATRIX.

Ce pauvre jeune homme est sans doute bien à plaindre!...

FABRICE

De quoi te mêles-tu? ne vas-tu pas t'aviser d'être sensible? nous avons bien autre chose à faire... Voyons

si tout est en ordre dans cette pièce! ( l ne porte qui se trouvait masquée par un tableau s'ouvre tout à coup.] Eh! mais, qui nous arrive par cette issue secrète qui n'est connue que du prince et de moi?

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