‹ Les petits appartemensChapitre 156 sur 356 · M. DE BUSSIÈRES , M. DE COURCELLES · texte numérisé non relu

M. DE BUSSIÈRES , M. DE COURCELLES

M. DE BUSSIERES.

Que je suis heureux de vous retrouver chez madame de Blangy ! vous , Monsieur , un ami de mon père ; car il nie parlait souvent de vous, de sa fortune qu'il vous devait; et j'ai pu paraître bien ingrat eu vous négligeant ainsi.

M. DE COURCELLES

En aucune façon; vous êtes plus jeune que moi, et à voire âge . les plaisirs. . . Car vous avez été long - temps absent?

M. DE BUSSIERES.

Oui , Monsieur , ce qui ne m'excuse point.

M. DE COURCELLES

Si vraiment 5 en amitié, il est toujours temps de coin-

niencer . et si vous vous croyez en retard , vous me rendrez tout à-la-fois , intérêt et capital. . . Je vous parle là en style de receveur-général.

C est le plus solide.

M. DE C0T7RCELI.ES.

NVst-il pas vrai? Ah ! ça, il s'agit d'affaires. Vous louez donc la maison de madame de Blangy?

M. DE BUSSIÈRES

Oui, Monsieur. ( Avec un peu d'embarras.) Y a-t-il longtemps que vous la connaissez?

M. DE COURCELLES

Cette propriété?

M. DE T.UPSIÈRES.

Non. Celle qui l'habitait.

M. DE COURCELLES

Jetais l'ami de sa famille et de son mari. Une femme adorable, qui mériterait les nommages du monde entier. Si vous la connaissiez comme moi . si vous saviez quel charmant caractère, que de vertus , que de talents, et comme elle s'est conduit envers sou mari. Un excellent garçon, j'en conviens ; mais qui après tout , n'était pas aimable tous les jours.

;,:. DE BUSSIÈRES

On me l'avait dit.

M. DE COURCELLES

Bon couir , mais une tête chaude.; un homme terrible

quand il était en colère, et il avait tant d'occasions de s'v

mettre. Des fausses spéculations, de mauvaises affaires. . .

M. Dli BUSSIERES.

Que dites - vous là... is souffririons que madame

de Blangy. . .

M. DE ( i.ES.

Avec son caractère , avec sa fierté j'élle a b in de

î in, elle ne veut rien. Sans cela. Monsieur, je vous prie de le croire , qu'elle ne manquerait pas d.uuis qui seraient trop heureux... Mais revenons à notre affaire. . . Vous avez loué combien?

M. DE BUSSIÈRES

Ce que vou . |u*il vous plaira. . . le plus

sera le mie

M. DE COURCELLES

Non, Monsieur, le prix qu'elle en donnait elle-même : douze cent francs.

M. DE BUSSIÈRES

Soit; je vous les remettrai. . . Mais vous disiez que ses amis. . . elle en a beaucoup?

M. DE COURCELLES

Tout ceux qui la connaissent. Quand à ses adorateurs , tous ceux qui la voient, et il n'aurait tenu qu'à elle d'accepter les partis les pins beaux , les plus riches. . .

M. DE BUSSIÈRES

Il serait possible ?

M. DE COURCELLES

J'en sais quelque chose ; car c'est toujours à moi que les soupirans s'adressent... 11 faut croire qu'il y a dans ma ph\ sionomie quelque chose de paternel qui les attire et les encourage; mais elle les a tous refusés.

M. DE BUSSIÈRES, gaiement.

Quoi! tous?

M. DE COUBCELLES.

L'uu après l'autre. . . elle ne veut aucun de ces Messieurs.

M. DE BUSSIÈRES, lictnL

C'est charmant!

M. DE COURCELLES, confidentiellement.

Car si elle se prononce , je sais en faveur de qui. . .

M. DE BUSSIERES, avec émotion.

Ah ! vous savez ?. . .

M. DE COURCELLES

Oui, mon jeune ami , quelqu'un qui a sa parole , sa promesse formelle, et elle n'y a jamais manqué. M. de bussiÉres, trouble'.

Vous connaissez cette personne?

M. DE COURCELLES

C est moi.

M. DE BUSSIÈRES

Que me dites-vous là?

M. DE COURCELLES

Je dois 1 épouser dès qu'elle sera consolée, et déjà cela va mieux; déjà, grâce au Ciel, sa douleur éternelle a des absences : témoin , tout-à-1'heure à ce piano où elle ou-

bliait de s'affliger ; c'est à vous que je le dois , je le sais ; mais je voudrais vous devoir plus encore, et puisque vous avez daigne' me parler d'amitié... je viens vous en demander une preuve.

M. DE BUSSIÈRES

Monsieur. . .

AI. DE COURCELLES

Il n y a que moi, auprès d'elle , qui plaide en ma faveur , et on a toujours l'air gauche quand on parle à la première personne. J'ai beau lui répéter que je suis un honnête homme, que j'ai quelques bonnes qualités, un hou caractère , elle peut croire que je suis seul de son avis; niais si ma proposition était appuyée , si j'avais une voix de plus... la vôtre, par exemple!

M. DE BUSSIÈRES

Moi ! Monsieur?. . .

M. DE COURCELLES

Le tout est de la décider. . . Elle y viendra , j'en suis sûr ; car elle m'aime au fond , elle me le disait encore ce matin.

M. DE BUSSIÈRES

Ce matin?

AI. DE COURCELLES

Mais les convenances. . . le respect humain. . .

H. DE BUSSIÈRES

Quoi! celle retraite ce deuil qu'elle s'était imposée. . .

M. DE COURCELLES

Voilà la seule chose qui l'arrête , je le parierais.

ai. de bussières , avec dépit. Cro\ez donc après cela aux douleurs éternelles?... Cela ne m'étonne pas , les femmes sont toutes ainsi.

AI. DE COURCELLES

Et nous aussi.

M. DR BUSSIÈRES

Non, Monsieur, non, ne le croyez pas; il est des hommes chez qui les senlimens profonds ne s'effacent point

aussi aisément.

AI. DE COURCELLES , aVCC illdilli'l l'HCC.

C'est possihlc ! mais cela m'est égal. ( Avec chaleur. ) J'our en revenir a Madame de Blangy , elje ne me croira

peut-être p<is , j'y suis trop intéressé. . . vous, c'est différent. . . et puis un grand avantage que vous avez , c'est que vous l'amusez, vous la faite rire, et cela avance mes affaires.

M. DE BUSSIÈRES

Je suis trop heureux d'être bon à quelque chose , et s'il ne tient qu'à hâter les bonnes dispositions où l'on est pour vous, je tâcherai de me tirer avec honneur de la mission que vous voulez bien me confier.

M. DE COURCELLES

Je ne sais comment vous remercier.

M. DE BUSSIÈRES

En aucune façon. . . cela m'amusera.

M. DE COURCELLES

Je crois que le moment est favorable, elle est seule , et, si avant de vous mettre à table, vous obteniez pour moi une bonne réponse , il me semble que je dînerais mieux.

M. DE BUSSIÈRES

Il est de fait que voilà une raison. . .

M. DE COURCELLES

Positive, n'est-il pas vrai? Adieu, mon jeune ami, du courage. ( Lui donnant une poignée de main. ) Et à charge de revanche dans l'occasion.

( M. de Bussières sort. )

Page 1