LA BARONNE, SAINT-ALBAN
SAINT-ALBAN , à part.
J'ai entendu la voix d'une femme... je suis curieux de savoir qui ce peut cire [regardant la baronne.) c'est singulier, ses traits me sont tout- à-fait inconnus... il faut que ce soit une beauté de province. LA BARONNE, àj)art.
Comme il me regarde ! je ne puis me défendre d'un trouble, (haut.) Mon prince...
SAINT-ALBAN, à part.
Ah ! mon Dieu ! elle me prend pour le Grand-Duc' et moi qui suis obligé de garder l'incognito.
LA BARONNE
Votre altesse doit être informée du sujet qui m'amène.
saint-ALBan, avec un peu cC embarras.
Sans doute; mais je serais charmé de l'apprendre de voire bouche.
LA BARONNE
Je croyais que mon mari, le baron de Trigoso...
SAINT-ALBAN
Qu'entends-je ?... Vous éles la femme du baron?... Ali! si voussaviez combien je désirais vous voir ! quelle joie, quel plaisir j'éprouve en ce moment!... Vousne pouvez vous figurer tout mon bonheur!
i. \ B vr.owi:. à part.
Il m'embarrasse ! je ne m'attendais pas à produire une si vi\ e impression.
SAINT-ALBAN , à part.
Si je profitais de la méprise pour la forcer de consentir à mon mariage?... Oh! n<m, mauvais moyen: lorsque je serais reconnu on ne tiendrail plus compte '.!<• mes ordres.
LA BARONNE , à part.
Quels sont donc ses projets?
SAINT-ALBAN, à part.
Elle est prude; essayons de la compromettre... c'est plus sûr.
LA BARONNE
Je viens réclamer la protection de votre altesse.
SAINT-ALBAN
Ma protection?... et contre qui?
LA BARONNE
Contre monsieur de Saint-Alban.
Vous ne pouviez pas mieux vous adresser.
LA BARONNE
Votre altesse sait qu'il voulait entrer dans ma famille; j'ai dû m'y opposer... un homme sans principes; qui se fait gloire du scandale; qui a toujours en même temps cinq ou six intrigues secrètes... personne ne l'ignore
SAINT-ALBAN
Cinq ou six?., il ne faut jamais croire que la moitié de ce qu'on dit.
LA BARONNE
Ce qu'il y a de pis , c'est que ma nièce en est folle... elle a la tête perdue... elle prétend qu'elle l'épousera malgré nous.
saint-alban, avec joie.
En vérité? [à part.) Si elle savait le plaisir qu'elle me fait!
LA BARONNE
Mais certainement je ne céderai point; après la conduite de monsieur Saint-Alban, et la chanson qu'il a faite...
SAINT-ALBAN
Ah ! il fait des chansons?
LA BARONNE
Des couplets affreux... où votre altesse elle-même
n'est point épargnée. Monsieur de Saint-Alhau prétend que ma réserve est affectée, et qu'en dépit de mes scrupules, il lui suffirait d'un quart d'heure d'entretien pour faire ma conquête.
SAINT-ALBAN
Voilà de l'exagération.
LA BARONNE
C'est de la calomnie !... Si jamais il obtient de moi le moindre signe de bienveillance, je consens volontiers à son union avec ma nièce.
SAINT-ALBAN , à part.
Oui?.. Eli ! bien , nous allons voir.
LA BARONNE
Votre altesse ne saurait nous laisser en butte aux poursuites de cet extravagant... Si les tribunaux sont impuîssans pour réprimer de tels écarts, il appartient à voire autorité d'y mettre, un terme... et il me semble qu'un ordre de votre main...
SAINT-ALBAN
\b J c'est là ce que vous demandez?
LA BARONNE
Oui , monseigneur.
saint-ALBAN, s* approchant de la baronne.
Il n'est rien que je ne fas.se pour vous plaire. ( la baronne fait un signe qui marque la joie. ) Mais quel sera le prix de ce service?
LA BARONNE
Ne devez-vous pas rendre la justice pour rien ?
Sans doute; mais ce que vous demandez est peut-être une injustice, et cela se paye plus cher.
LA BARONNE
Ne vous .sullit-il pas de ma reconnaissance ?
SAINT-ALBAN
C'est an sentiment fort respectable, mais ne puis-je aspirer à une plus douce récompense •
DUO
LA BARONNE
Un tel discours , que j'ai peine à comprendre, De votre allesse a droit de m'étonner.
De mon respect quel prix peut-elle attendre? J'ai beau chercher, je ne puis deviner.
SAINT-ALBAN
Ah ! vous voulez en vain vous en défendre , Il est un prix que vous pouvez donner ; Mon espérance est facile à comprendre ; Sans que je parle, on peut la deviner.
LA BARONNE
Je vous assure que j'ignore...
SAINT-ALBAN
C'est difficile à concevoir.
Pouvez-vous ignorer encore De vos yeux quel est le pouvoir ?
saint-ALBAN àpart. la baronne àpa/^tft>ec pruderie.
Je crois qu'il n'est pas temps encore 11 va déclarer qu'il m'adore De me jeter a ses genoux. Et se jeter a mes genoux.
Que cet instant me paraît doux!
C'est un des plus beaux de ma vie.
LA BARONNE
Je sais que la galanterie Autorise un tel compliment.
SAINT-ALBAN
Non, c'est un profond sentiment...
LA BARONNE
Prince!., qu'osez-vous dire; Vous plaisantez assurément...
LE PRINCE
Ah ! madame... {àpart.) J'ai peine à m'empêcherde rire. ( Haut. ) Quand mon amour tient du délire, Dans vos regards laissez-moi lire Le pardon d'un amour malheureux.
LA BARONNE
Votre altesse veut donc que je quitte ces lieux ?..,
LE PRJNCE, la retenant.
Non, demeurez, madame, pardonnez mes vœux; La faule en est à vos beaux yeux Qui me rendirent si coupable.
la baronne laisse tomber un regard tendre , et reprend à part.
Il est vraiment aimable !
Ah! défendons-nous mieux!