‹ Les petits appartemensChapitre 160 sur 356 · SCÈNE \V · texte numérisé non relu

SCÈNE \V

Mm° DE BLANGY, M. DE BUSSIÈliLS.

M. DE BUSSIÈRES

Je viens , Madame, de faire pari à M. de Courcelles de wis lionnes intentions à son égard.

Mme de blangt, froidement.

Vous avez Lien fait.

M, DE BUSSIERES.

J'ai ajoute que vous n'étiez pas du tout éloignée de tenir la promesse que vous lui aviez faite ce matin.

Moi !

M. DE BUSSIERES.

Du moins vous me l'aviez dit.

Mme DE BLANGY.

Allons , me voilà engagée avec lui.

M. DE BUSSIÈRES

Et dans sa joie, dans son ravissement , il vous demande la permission de se présenter devant vous pour vous remercier.

Mme DE BLANGY, à pClH.

Me remercier! il ne manquait plus que cela, (fiant. ) Eh! Monsieur, qui vous avait chargé de ce soin?

M. DE BUSSIÈRES

Mon amitié pour lui et pour vous, Madame.

Mme DE BLANGY.

Je vous suis obligé.

M. DE BUSSIÈRES

C'est ce que je voulais vous annoncer, avant d'avoir 1 honneur de prendre congé de vous.

Mme DE blaNGY.

AI» ! vous partez?

M. DE BUSSIÈRES

Une affaire importante me rappelle à IJaris.

Liberté entière.

M. de bussiÈres, salue madame de Blan»y , qui lui fait la révérence.

Adieu, Madame. ( Il reste à la même place, et après un instant de silence, il salue une seconde fois, et. prêt à partir, il s'arrête.) Madame n'a pas d'ordre à me donner?

Mmc DE BLANGY.

Aucuu. J'avais des lettres, que je n'ai pas encore écrites , croyant que vous nous resteriez à dîner.

M. DE BUSSIERES.

J'ai dû changer d'avis : j'étais venu chercher ici la solitude et la douleur, je dois fuir quand la joie et le bonheur arrivent. Pauvre Hortense , jamais je n'ai senti plus vivement la perte que j'ai faite.

I\Irae DE BLANGY.

Et moi donc! Lui , du moins, savait autrement reconnaître mon estime et ma confiance.

M. DE BUSSIÈRES

Ce n'est pas elle qui m'eût abandonne'e !

Mme DE BLANGY.

Ce n'est pas lui qui se lût conduit ainsi! qui m'eût traitée avec tant d injustice!

M. DE BUSSIERES.

Moi, injuste? Rappelez-vous que ce matin encore nous jurions ici que notre vie entière se passerait dans un éternel veuvage : notre amitié était à ce prix. Eh bien ! ce serment, qui de nous deux y a manqué?

Mn,c DE BLANGY.

N'est-ce pas vous . en me parlant en faveur d'une personne à laquelle je n'aurais jamais pensé.

M, DE BUSSIÈRES

Et cependant cette promesse vous la lui avez faite?

Mmc DE BLANGY/.

Dans le cas où je renoncerais à ma liberté; mais comme j'y tiens plus que jamais. . .

M. DE BUSSIÈRES

Il serait possible?

M,nc DF BLANGY.

Oui, Monsieur, et j'y tiendrai toujours; car tous les hommes me sont odieux , à commencer par vous. Etesvous content maintenant?

M. DE BUSSIÈRES

.Ah ! que vous êtes bonne ! el que je suis coupable!

Bien coupable , sans doute; car enfin, entre amis, on parle franchement, ou demande des explications... Estce que je vous les aurais refusées ?

M. DE BUSSIÈRES

Oui. vous avez raison : mais je ne puis vous exprimer

ce que j'éprouvais. . . ce qui s'est passé en moi , quand j'ai entendu M. de Courcelles se vanter d'une préférence que l'ancienneté de son amitié lui méritait peut-être j mais enfin , moi aussi , j'étais votre ami , j'espérais que personne au monde ne l'était plus que moi, et voir un autre me disputer ce titre!. . . L'amitié a aussi sa jalousie.

M,De DE BLANGY.

Encore faudrait -il qu'elle ne ressemblât pas à de la tyrannie. . . Vous, que ce matin encore je trouvais si bon, si aimable ! . . .

M. DE BUSSIÈRES

Que dites-vous?

Mme DE BLANGY.

Je ne vous reconnaissais plus. . . c'était du dépit, de la colère , de l'impatience , on aurait dit d'un mari!

M. DE BUSSIERES.

"Vraiment! c'est inconcevable! .. . comme l'amitié nous change! jusqu'à ce pauvre M. de Courcelles que, sans savoir pourquoi, je détestais intérieurement ! mais en revanche , je vais l'aimer , je vais l'adorer, je lui voue dès ce moment une affection ! . . .

Mme DE BLANGY.

Qui va me faire du tort, et c'est moi qui, à mon tour, serai jalouse. . .

M. DE BUSSIÈRES

Oh ! non , ce que j'éprouve pour vous est un sentiment à part, qui ne peut se définir , qui ne ressemble à rien... cela est si différent de ce que j'éprouvais pour Horteuse ! Mme de blangy , sévèrement.

Je l'espère bien.

M. DE BUSSIÈRES

II n'y a aucune comparaison . c'est quelque chose de. . . de bien mieux encore!

Mme DE BLANGY.

A la bonne heure! Sans cela, songez-y bien, je le dis à vous comme je le dirai à M. cie Courcelles, il faudrait à 1 instant même se quitter, ne plus se voir ! De l'amitié', rien que de l'amitié! et comme la mienne n'est pas exigeaute, je vous rappellerai que votre voiture vous attend.

M. DE BUSSIÈRES

Ah! Madame !

Mmc DE BLANGY.

11 ne faut vous gêner eu rien , et puisque vousjavez à Paris des affaires importantes. . .

M. DE BUSSIÈRES

Ma seule affaire, c'était d'être fâché avec vous... et comme , grâce au ciel , elle est terminée . . .

Mmc DE BLANGY.

Vous restez ?

M. DE BUSSIÈRES

J'en ai bien envie ; et si vous le désiriez. . .

Mme DE BLANGY.

E»t-ce que je ne vous l'ai pas dit?

M. de bussières , vivement.

Que vous êtes bonne! Dieu ! M. de Courcelles qui vient de ce côté ! quel ennnui !

Mmc DE BLANGY.

Vous qui deviez tant l'aimer. . .

M. DE BUSSIÈRES

Pas quand il vient. Ah! mou dieu! c'est pour vous remercier de ce que je lui ai dit.

Mmc DE BLANGY.

Voyez ce dont vous êtes cause... Comment faire à présent ?

M. DE BUSSIÈRES

Je n"en sais rien. Songez que s'il y a de la justice , \ devez, comme à moi, lui ôter tout espoir.

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