SCENE XII
les précédens, BEATRIX , un billet à la main.
SAINT-ALBAN , à la baronne.
Vous n'avez plus qu'à me laisser votre plainte par écrit; l'usage le veut ainsi.
LA BARONNE
Il suffit , mon prince. {Elle s^asseoit à une table et écrit.)
BÉATRIX , à part.
Ah! c'est là le prince! justement, moi qui le cherche partout, (s* approchant et à demi-voix.) Monseigneur, v'ia un papier qu'on m'a donné pour vous.
SAINT-ALBAN
Pour moi?
BÉATRIX
Oui... vous savez bien... c'est c'te belle demoiselle...
SAINT-ALBAN
Qui donc?., [prenant le papier.) c'est l'écriture de mademoiselle d'Alberti !
BÉATRIX
Elle n'a eu que le temps de tracer quelques mots au crayon. .^elle m'a bien recommandé de ne les remettre qu'à vous.
saint-alban , avec émotion.
Elle aurasuque j'étais ici... etsa tendre inquiétude... Voyons. ( il se met à lire. ) « Je vous remercie de vos
«soins; maintenant je suis en sûreté. » Ali! mou Dieu ! aurait-elle couru quelque danger? béa i ki \.
Du tout : mais lorsque ce matin elle a quitté le petit escalier dérobé...
SAINT-ALBAN , étonné.
Le petit escalier dérobé?...
BÉATBJX.
Oui... sous la conduite de mon oncle le valet de chambre pour vous servir, elle était si émue qu'elle pouvait à peine se soutenir.
SAINT-ALBAN , stupéfait.
Comment?
BÉATR1X.
Aussi j'ai voulu la ramener jusque chez elle : à présent elle est mieux... et c'est pour rassurer monseigneur qu'elle a voulu lui écrire.
SAINT-ALBAN, se parlant à lui-même.
Quel motif a pu l'attirer en ces lieux?
BÈATRIX.
Son altesse doit le savoir mieux que moi. SAINT-ALBAN , à part.
En effet , j'ai bien peur de deviner... j'éprouve une émotion., j'ose à peine continuer h lecture de ce billet., je crains maintenant d'en trop apprendre... Allons, du courage l ( lisant.) « Votre altesse peut compter sur « mes promesses comme je compte sur les siennes : « vous n'ignorez pas tout le prix que j'y attache. A ce « soir. » — Voilà qui est clair... c'est un rendes- vous, (à Béatrix.]Won enfant, ne vous éloignez pas, je vais vous remettre la réponse. [Béatrix se retire (Lins une pièce voisine.) Allons, le grand-duc n'a pas perdu d<- temps*.. Si j'avais pu prévoir... le moyen de l'emporter sur lui ! Il ( si toujours sur d'écarter ses rivaux... Je suis furieux!... non pas contre le prince... mais contre ta perfide..* moi «pu l'aimais de confiance... Croyez donc encore aux grandes vérins!... je n'y croyais
guère, je n'y crois plus. Il faut que je me venge de la nièce , de l'oncle, de la tanle, de toute la famille ! LA BARONNE, se Levant.
Monseigneur, je ne sais comment rédiger celte plainte... voilà vingt fois que je la recommence. saint-Alban, à part.
Ah! quelle idée! ( haut. ) Si vous le désirez, je suis prêt à vous servir de secrétaire.
LA BARONNE
Mon prince, ce serait abuser...
SAINT-ALBAN
Au contraire. ( avec intention. ) Je serai charmé de vous rendre ce service, (continuant d'écrire.) Il s'agit d'une grave requête : je conçois que cela vous embarrasse... mais pour moi ce n'est qu'un jeu... la grande habitude !
LA BARONNE
Comment reconnaître?...
saint-alban , continuant d'écrire.
Ne m'avez-vous pas payé d'avance?... Voilà qui est terminé... vous n'avez plus qu'à mettre votre nom.
LA BARONNE
Où faut-il que je signe?
SAINT-ALBAN
Là. (// lui montre de la main la place où elle doit signer, et à la faveur de ce mouvement cache ce ait' il vient d'écrire.) Maintenant je m'en charge...
LA BARONNE
Que comptez-vous faire de ma demande?
saint-alban , se dirigeant vers la table où le baron de Trigoso a déposé des papiers et les prenant à la main.
La joindre aux autres pièces du procès contre Sain t- Alban... (Il la place dans le dossier.) L'affaire est en bonnes mains, et pour la terminer, venez souper ici ce soir.
LA BARONNE,, avec pruderie.
Comment! seule?
SAINT-ALBAN
Non, avec votre ('poux, c'est trop juste. ( à part. ) Il faut bien que le mari soit là pour représenter la morale. ( La baronne sort et Saint- Alban la reconduit jusqu'à la porte du fond. )