‹ Les petits appartemensChapitre 25 sur 356 · LE PRINCE, MADEMOISELLE D'ALBERTI , LE BARON, LA BARONNE · texte numérisé non relu

LE PRINCE, MADEMOISELLE D'ALBERTI , LE BARON, LA BARONNE

LE BARON

Nous nous empressons de nous rendre à votre invitation ; on avait oublié de me la transmettre , et c'est ma femme...

Oui... je ne sais pas trop moi-même comment cela s'est fait.

LA BARONNE

Monseigneur... {levant les yeux sur le prince.) Ciel ! comment c'est le prince !

LE BARON

Oui. Pourquoi cet étonnement ?

LA BARONNE

Je ne sais... mais il me semble que ce n'est pas lui que j'ai vu.

le baron, souriant avec incrédulité.

Par exemple ! et qui donc auriez- vous vu ?

MADEMOISELLE D'ALBERTI, à part.

Je m'en doute.

la baronne, après avoir de nouveau regardé le prince.

Non , j'en suis sûre à présent , c'était un autre. Le trait est piquant.

LE PRINCE, s'approchant de la baronne.

Qu'avez-vous donc , madame , vous semblez inquiète, embarrassée?

LE BARON

Du tout, mon prince.

LE PRINCE

Mais, vous-même, je vous trouve l'air préoccupé....

LE BARON

Comme à l'ordinaire... j'ai l'air pensif, mais je ne pense à rien.

LE PRINc I .

C'est autre chose.

LE BARON

Puisqu'il nous reste un moment , plairait - il à votre altesse de nous occuper du procès de M. Saint- Alban?

LE PRINCE

Eh quoi! devant ces dames?... cela pourrait les ennuyer.

LE BARON

Non, monseigneur : ma femme sera enchantée... elle partage toute mon indignation... ou plutôt je partage la sienne... Quant à ma nièce...

MADEMOISELLE d'ALBERTI.

Je n'ai qu'un désir, c'est que l'on hâte cette affaire, afin de rendre plus prompte la justification de l'accusé.

LA BARONNE

En vérité, vous ne doutez de rien.

MADEMOISELLE D'ALBERTI

C'est que je connais la justice de son altesse ( à voixbasse, se tournant du coté du prince.) et l'engagement qu'elle a pris...

LE PRINCE , également à voix basse.

Je ne l'ai point oublié , mademoiselle.

le BARON , à MUe d'Alberti.

Mais vous ignorez la conduite coupable de cet étranger?

LE PRINCE

Vous lui en voulez beaucoup?

LE BARON

C'est mon devoir... premier magistrat d'une grande. ville , j'ai entre les mains le dépôt des mœurs, je suis chargé d'entretenir l'union dans les familles et la paix entre les époux.

LE PRINCE

Vous devez avoir de l'occupation.

LE BARON

Plus que vous ne pensez... surtout depuis quelque temps, grâce à M. Saint -Alban qui porte le trouble dans tous les ménages... qui ne respecte pas les maris les plus respectables. C'est au point que si madame {montrant la baronne.') était restée seulement cinq minutes avec lui , je ne serais pas tranquille, et cependant j'ai dans ma femme la plus entière confiance.

LE PRINCE

En effet , je m'en aperçois.

LE BARON

Heureusement tout va rentrer dans l'ordre, grâce à la promesse que vous avez faite...

le prince , étonné.

La promesse que j'ai faite?

LA baronne , avec empressement. Oui, monseigneur... j'ai parlé... ce matin. ..ici. ..à... votre secrétaire.

le prince , à part.

Je devine : c'était Saint-Alban. (haut.) Eh bien, mon secrétaire, que lui avez-vous demandé?

la baronne , avec embarras et à demi-voix. Ce que votre altesse peut facilement m'aceorder : un ordre qui l'éloigné à jamais.

LE PRINCE

Madame, cela est impossible.

LA BARONNE

Cependant votre secrétaire n'y voyait point d'obstacle.

LE PRINCE

Si cela lui convient, c'est différent.

LA BARONNE , à part.

Il paraît que le secrétaire a du crédit, cela me console.

LE PRINCE, au baron qui tire de ses poches une grande quantité de papiers et les dépose sur le bureau.

Eh 1 bon Dieu î qu'est-ce que c'est que tout cela.

LE BARON

Ce sont encore les pièces du procès. J'ai fait un nouvel appel aux maris offensés, el voici un second résultat.

MADEMOISELLE û'ALBERTI , gaîmetlt.

Mais c'est un volume tout entier.

Il faudrait au moins quinze jours pour lire ces pièces.

LE BARON

Je les aurai examinées à fond en cinq minutes. LE PRINCE, promenant ses regards sur les papiers.

Cela me paraît difficile., à moins que vous n'ayez un procédé particulier... Eli! mais, qu'est-ce que j'aperçois?... voici une déposition en sa faveur, une pièce justificative.

LE BARON

Dans quel genre?

LE PRINCE

Dans le genre moral... écoulez : « J'atteste que « M. Saint- Alban est fort aimable; que je suis restée « avec lui un quart-d'heure; que pendant ce temps il « ne m'apris qu'un baiser, et qu'il aurait fort bien pu « m'en prendre deux. » Qu'en pensez-vous , magistrat?

LE BVRON.

C'est une pièce fausse.

LE PRINCE

Cependant c'est une dame digne de foi, une signature que je ne peux pas vous montrer, mais je veux que madame en soi! juge. ( Il s'approche de la baronne et lui montre le papier.)

LA BARONNE , à part.

Que vois-je ! quelle trahison!... c'était Saint-Alban !

mademoiselle d'alberti , s' approchant.

Ne pourrais-] e aussi connaître?

LA baronne, la retenant.

Non, mademoiselle, votre curiosité est déplacée.

le baron.

Celte attestation n'est pas croyable; et s'il est vrai qu'il ait eu avec cette dame un quart- d'heure de tête-àlête, il ne s'est pas contenté...

LA BARONNE

Qu'est-ce que vous dites là , monsieur?

LE BARON

Il est capable de tout.

LA BARONNE

C'est aussi pousser trop loin les préventions. Moi, je soutiens...

LE BA.RON

N'allez-vous pas prendre sa défense?

LA BARONNE

Non, sans doute, je le déteste, et mes sentimens pour lui n'ont jamais changé; mais faut-il pour cela le calomnier, le supposer tout-à-fait étranger à la délicatesse et à l'honneur, capable d'oublier ce qu'il doit à une femme d'un certain rang, de mœurs irréprochables? (s 'adressant au prince. ,)Mais , monseigneur, il a été votre ami, parlez donc pour lui, je vous en prie.

LE PRINCE

Vous vous en acquittez trop bien.

la baronne , à mademoiselle d'Albe?*ti.

Et vous, ma nièce, vous gardez le silence? ce serait pourtant à vous...

mademoiselle d'alberti.

On connaît l'affection que je porte à M. de Saint-AIban; sa justification a bien plus de prix dans votre bouche.

LE BARON

C'est un homme qu'il est impossible d'absoudre ,

d'abord sous le rapport moral; nous avons ensuite le côté politique...

LE PRINCE

A propos, est-il toujours du coté d'Orbitello?

LE BARON

Oui , monseigneur.

LE PRINCE

Et l'insurrection dont vous m'aviez parlé?

LE BARON

La nouvelle est positive.

LE PRINCE

On a reçu un courrier?..

LE BARON

Non; mais une lettre particulière qui donne des détails.

LE PRINCE

Il n'y a plus à balancer... il faut s'assurer de la personne de Saint -Albanj mais vous me dites qu'il n'est plus à Florence; où le trouver?

LE BARON

Je m'en charge.

LE PRINCE

Moi-même je pourrai peut-être fournir quelques ]( nseignemens sur l'endroit où il est caché. LE BARON.

Je n'en ai pas besoin : pourvu que je sois muni d'un ordre...

LE PRINCE

Mon secrétaire va vous l'expédier, (désignant l'endroit où Saint- Alhan s'est retiré.) Vous le trouverez dans cette pièce... ah! remettez-lui ce papier... il est important qu'il en prenne connaissance, (à part. ) C'est la lettre de mademoiselle d'Alberti.

le baron s1 inclinant.

Il sulfit, monseigneur. (// sort.)

LE PRI NCE , à part, le suivant des yeux , tandis que

mademoiselle </' .llherti remonte le théâtre poui

t)hserrerde quel ente lehuron se dirige.

Délicieux! voila le baron transformé en message]

d'amour ! il ne se doute pas de la mission qu'il va remplir, (à la baronne, à voix basse.) J'espère , madame, que vous me saurez gré de ma discrétion : mais une autre fois, je vous conseille de ne pas délivrer de certificats semblables. On ne sait pas dans quelles mains ça peut tomber.

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