SCÈNE vn
SAINT-ERNEST, LÉON , assis sur le banc
SAINT-ERNEST
Eh! bien, Léon, as-tu toujours de l'humeur?
LÉON , avec humeur.
J'ai tort, assurément , monsieur veut se mêler de conduire la chasse, et il ne connaît pas les environs de son château; il me fait faire dix lieues à jeûa , pour m'amener enfin dans un village, qu'un brutal prend par famine, et qui va devenir mou cercueil, s'il ne tombe un peu de màue. SAINT-ERNEST.
Je vais tout réparer.
Oui, en te jetant dans les amours de village. Pour Dieu , laisse ce M. Eonneau donner sa fille à qui bon lui semble, pourvu qu'il nous donne à dîner.
SAINT-ERNEST
Il ne tient qu'à toi de faire un excellent repas.
LÉON
Qu'est-ce que tu dis donc ?
SAINT -ERNEST
Ecoute. On attend un grand personnage, dont on ne connaît ni le nom ni le pays... Eh ! bien, je suis ce grand personnage.
LÉON
SAINT-ERNEST
Moi-même. On m'accueille, on me fête, on me sert un dîner délicieux!.. Je reçois les honneurs , j'accepte le dîner.
î ÉON.
Quelle extravagance î mais le véritable voyageur arrivera ; tout s'expliquera...
SAINT-ERNEST
Eh! bien, si c'est un galant homme, il rira le premier do notre comédie. S'il est a iseZSOtpour s'en fâcher, je nie charge de l'explication.
LÉON
Ma foi , j'ai x\n appétit de tous les diables ; tu commences à me convaincre ; mais comment veux-tu que, sans aucune
ïuiie, sans équipagi i , nous puissions leur persuader..*
SÀIHT-ERNEST, Ah! mon Dieu! pour un officier de hussards, que tu as peu d'imagination ! d'abord , notre voiture s'est brisée à une lieue du village , tous nos gens >sont occupés à la faire réparer.
LÉON
Pas trop mal. Ces vestes de chasse.
SAJNT- ERNEST.
Servent au mieux notre incognito.
le on.
Ah ! ça , et de quel pays venons-nous ?
SAINT-ERNEST
D'Allemagne, c'est plus commode ) il y pleut des gens d» qualité.
LÉON
Fort bien. Cachons nos fusils et noscarniers dans ces buissons , et hâtons-nous d'aborder le diner : car je tremble que. nous n'arrivions un peu tard.
saint- ernest , ôtant son cavnicr.
Je m'attends d'avance aux bouquets, à la musique... dis donc , Léon, je fais une réflexion.
LÉON
Est-ce que tu veux de la musique pendant ton dîner? tu, n'as qu'à parler.
SAINT-ERNEST
Pour mieux jouer nos rôles , il serait , je crois , convenable que je me misse seul a. table.
Comment ? tu plaisantes , je crois ?
SAINT- ERNEST , liant.
Cela serait furieusement noble.
LÉON
Non, je ne te quitte point : je serai ton capitaine des gardes, ton grand écuyer... ce que tu voudras, pourvu que je jouist>s de la plus grande intimité... à table,