MORIN, THÉRÈSE
MORIN
Oui , mademoiselle Thérèse , voilà mon dernier mot -, dans une heure il faut que j'aie mon argent.
THÉRÈSE
Comment , monsieur Morin , pas seulement un jour de delai.
MORIN
Pas un moment de plus , mademoiselle ', si votre tante ne me paye pas ces huit cents francs...
THÉKÈSE.
Huit cents francs ! je croyais qu'il s'agissait de cent e'cus environ.
MORIN
Cent écus!.. cent e'cus !.. voilà bien comme vous êtes tous; vous n'entendez rien aux affaires... c'est-à-dire , c'était trois cents soixante-sept francs, cinquante centimes... il y a onze ans... aujourd'hui, les intérêts, l'intérêt des intérêts... cela fait juste , sept cents soixante-dix francs, quatre-vingt-treize centimes... plus l'assignation, le coût du jugement, et autres menus frais; en tout, huit cents francs bien ronds.
THÉRÈSE
Huit cents francs , pour cent écus !
Les Frères. i
MO iu y.
Ecoutez-donc , chacun son métier.
Air : De Sommeiller encor ma chère.
Du laboureur c'est la manière,
Il srm' pour recueillir, dit-ou.
Quelq' grains de blé , qu'il prête à la terre,
Doivent lui rendre une moisson:
J'imite un exemple aussi sage,
Comme le laboureur prudent ,
Si j' sem' un écu dans 1' village ,
C'est pour qu'il m'en rapporte cent.
D'ailleurs , le ciel sait qu'en prêtant cette somme , je n'avais que le désir d'obliger votre famille, que j'ai toujours aimée... mais ma patience est à bout , et si dans une heure , je ne suis pas soldé, demain, la vente de la maison et du mobilier... ce qui ne changera rien aux sentimens d'estime et d'amitié que je porte à la famille.
THÉRÈSE
Auriez-vous bien ce cœur-là?., quand vous savez que ma pauvre tante est là, malade depuis deux mois, qu'elle ne quitte même plus son lit.
MORIN
Ah! mon dieu ! je le sais... je sais même que vous vous conduisez avec elle comme un petit ange... mais que voulezvous , ma chère amie , chacun a ses devoirs, ses malheurs domestiques... ellea besoin d'argent, moi j'en ai besoin de mon côté; mais l'argent est à moi , et comme ou dit , charité bien ordonnée... vous savez le reste.
THÉRÈSE
Vous n'ignorez pas que Philippe , son fils et mon cousin , est revenu seulement hier soir dans le pays , après avoir obtenu son congé... laissez-lui le temps d'amasser cette somme.
MORIN
Le temps, le temps... encore onze ans, n est-ce pas ?.. je vous le répète, ça ne se peut pas. D'ailleurs , c'est à la mère que j'ai prêté... je ne me soucie pas d'avoir affaire au (ils... c'est un militaire , et c'est tout dire , ça s'occupe plus de gloire que d'argent... au reste, s'il veut me payer, je ne l'en empêche pas... il est sept heures quarante-cinq minutes... à neuf heures précises, je suis ici... je vous donne le quart-d heure de grâce... passé ce délai, j'en aurai tous les regrets du monde,
mais je me mettrai en règle... adieu , ma belle enfant... dans une heure vous me reverrez.