SCÈNE X
FIRMIN, ADELE, DENISE.
ADELE.
Il est parti
FIRTVTIN.
Enchanté de toi , et de tes preuves d'amour.
adÈle , riant.
Il est bien bon.
FIRMIN
Voici l'instant d'agir. Hyacinthe va presser le notaire pour le contrat ; il rassemble ses parens , ses amis.... 11 faut que Lucette vienne traverser son mariage, quelle réclame sa foi, qu'elle confonde son infidèle.
DENISE
Vous croyez qu'il donnera là dedans ?
fip.mi>;.
Assurément. Le cher cousin n'aime Adèle que pour -a fortune, et Lucette étant beaucoup plus riche
DENISE
Mais qui vous fera cette Dame-là ?
FIRMIN
Eh ! parbleu , ma chère Adèle , toi-même.
ADELE.
Moi!
f;rmin.
. Pourquoi pas ?
Air: vous chantiez sur votre roule.
Prends l'attirail dn veuvage, Le voile blanc , l'habit noir ; Avec giàc' , suivant l'usage, Tire à propos le mouchoir.
Quoiqu'un' fill' soit un peu neuve , Pour jouer 1' roi' qu'on t"' donne ici , Tu n' s' ras pas la premier1 veuve Qui n'ait jamais eu d' mari.
DENISE
Quelle idée ! Hyacinthe ne s'y laissera pas tromper. Sonpe/ donc que Lucette est plus grande qu'Adèle, et que
ADÈLB.
Sans doute.
firmin rêvant.
Oh! Diable, c'at dommage !... Il me faut pourtant une
veuve à tout prix.... EL! mais, vous, ma bonne Denise.... qui voi s empêche
DENISE
Oh ! grand merci !
FHlMIN.
Justement vous avez la démarche, et la taille de Lucette , il vous sera Ëacile d imiter le son de sa voix
ADÈLE
Ah ! ma chère , je te prierai tant....
FlRMlir. Vous aurez, assuré mon bonheur!
ADÈLE
Tu me sauveras la vie !
firtviin, la cajolant.
Ma chère Denise !
adÈle, de même.
Ma bonne amie !
DENISE
Ma chère Denise !.... Ma bonne amie! Ne voilà-t-il
pas mes étourdis qui vont me faire partager leur folie ?
ADEI E.
Ah ! tu consens ? Que je t'embrasse !
DENISE
• n moment, »'il vous plait : et si j'allais être victime de ma complaisance ?
FIRMIV.
Comment, que craignez-vous?
DENIS!
Que notre im'.écille se passionne aussi pour moi, et ne veuille m épouser.
E1RM1N.
Non ! je vous en débarrasserai avec quelqu'autre veuve plus riche que Lucettr. Songez seulement à bien contredire le jargon sentimental qui plait tant à Hyacinthe.
Ce n'est pas le plus difficile.
Fl PII».
Prenez un voile bien épais ; moi je cours cberoher notre dupe , et lui apprendre l'arrivée de sa belle. Bon courage , mon Adèle, (il sort.)
ADELE, DENISE.
ADÈLE
Ali', ma chère Denise, je n'oublierai jamais le service que tu me rend '
DENISE
Quelles têtes ! .. Quelles tètes !... Vous me'ritez bien de tous épouser. Allez , vous êtes faits l'un pour l'autre.
adfle.
Ne perdons pas une minute.... vite , la robe, le voile , la chapeau noir. Denise.
J'ai tout ce qu'il me faut. Marton, la femme-de-chambre de la daine du château , m'a précisément chargée de vendre les habits que sa maîtresse a portés a la mort de son onde, et qu'elle vient de lui donner en quittant le deuil. Je vais choisir dans les cartons ma toilette de veuvage.
ADÈLE
C'est délicieux; mais dépèche-toi. Je tremble que Hyacinthe ne nous surprenne.
DENISE
Attends-moi ici un moment; tu jugeras bientôt si j'ai bonne grâce en veuve désolée. ( Elle rentre. )