SCENE IV. ii
BERTRAND
Et delà plus haute espèce!... j'en suis sûr... puisque maintenant je sais qui...
CATHERINE et ALICE.
Ah , mon Dieu !
RAIMBAUD
Bah! bah! on en dit peut-être là-dessus plus qu'il n'y en a...
BERTRAND
Allons, voilà qu'il va être assez superstitieux pour ne pas croire aux loups- garoux !
RAIMBAUD
Sais- tu ce que c'est?
BERTRAND
Par exemple , ce serait fameux si un fauconnier qui passe sa vie dans les bois ne savait pas ce que c'est qu'un loup-garou. Un loup-garou, c'est tout simplement un homme sur lequel on a jeté un sort pour quelque grand crime ou toute autre chose > et qui est condamné à se changer en loup tous les soirs et à vivre comme tel jusqu'au lendemain matin , où alors il reprend sa forme humaine! J'en ai eu trois dans ma famille! deux mâles et *
RAIMBAUD
Allons! tais-toi... et n'effraye pas ces jeunes filles; je sais bien qu'il y en a... mais on exagère toujours. BERTRAND.
Il ne veut pas... il ne veut pas qu'il y ait des loupsgaroux!.. C'est inconcevable , il y a des gens bornés... et je vous dis, moi, que si nous ne le tuons pas , il arrivera quelque malheur à nos femmes ou à nos filles... car il rode dans le bois , près de la Tourelle.
ALICE
C'est fini, je n'irai plus!
CATHERINE
Ni moi non plus.
i2 LE LOUP-GAROU,
RAIMBAUD
Eh, laissez-moi donc tranquille... vous êtes tous plus poltrons les uns que les autres; quand on a été arquebusier dans l'armée du duc de Bourgogne, quand on a fait les campagnes de Flandre sous le comte Albéric, et sous son fils, qui est un brave chevalier... onne s'effraye pas si aisément... et loup-garou ou non, qu'il vienne, il trouvera à qui parler.
BERTRAND
C'est ça... on le recevra !
RAIMBAUD
En attendant, songeons à notre noce de demain! car je suis trop heureux d'avoir marié une de mes pupilles... en voilà toujours une de placée... il ne reste plus maintenant que mademoiselle Catherine... celle-là, je ne sais pas comment je ferai, parce qu'avec ses idées de noblesse et de grandeur, c'est d'une défaite plus difficile. CATHERINE.
Jene vois pas cela... et si vous le vouliez bien...
RAIMBAUD
C'est ça, je vais te trouver des comtes et des barons., dans ce pays-ci surtout où il n'y en avait qu'un... notre jeune maître, le comte Albéric! et depuis qu'il est exilé, depuis que sous peine de mort il ne peut reparaître dans ses domaines... il n'y a plus que des roturiers dans le canton... ainsi il faut te résigner.
CATHERINE
Mais, qui est-ce qui vous dit que je ne me résigne pas?
RAIMBAUD
Tais-toi, nous parlerons de ça plus tard. Tous nos convives sont-ils arrivés pour le repas des fiançailles?
CATHERINE
Oh! mon Dieu, oui... les quatre témoins etle tabellion.
BERTRAND
Cinq.
( \ I HEBINE.
Le pasteur.