SCENE XI. 5i
dinaire si calme et si tranquille; on dirait qu'il n'y est plus, et qu'il a perdu la tête, voilà M. Bertrand! comme il a l'air rêveur! M. Bertrand... M. Bertrand. Bertrand, sortant de sa rêverie.
Ah! c'est vous, mademoiselle Catherine! pardon de ne pas vous avoir... c'est l'effet du trouble...
CATHERINE
Et lui aussi, qu'est-ce qu'ils ont donc tous...
BERTRAND
Il y a... il y a que mon mariage me donne des idées de toutes les couleurs. Voilà ma«prétendue qui se désespère , et qui ne m'épouse que par frayeur, et ça m'en donne aussi... à cause des suites. Cet autre n'a qu'à vouloir se revenger, comme il l'a dit, ou sur elle ousur moi...
CATHERINE
C'est bien fait, vous voilà jaloux...
Oui, jaloux! si ce n'était que cela? Si c'était un homme comme un autre, un ami, parexemple, je ne dis pas... c'est tout naturel... ça se voit tous les jours , et on n'en meurt pas... Mais être inquiété dans son ménage par un individu pareil, avoir un rival de cette espèce-là, c'est ça qui est déshonorant... c'est là le vrai déshonneur... sans compter le danger... parce qu'enfin, je m'entends, on tient à ce qu'on a, on tient à vivre tout entier... et si ce n'était la crainte de fâcher Alice et surtout maître Baimbaud,. j'aurais déjà renoncé à un mariage aussi équivoque...
CATHERINE
Il serait possible?
BERTRAND
Ah! mon Dieu, oui... Ce n'est pas d'aujourd'hui ,mademoiselle Catherine, que j'ai eu de l'affection pour vous ! ça aurait toujours empiré si le respect dû à votre naissance ne m'avait pas retenu, et puis si cette petite Alice n'était pas venue me jeter un sort... car c'en est un , que vous seule pouvez rompre...
3a LL LOUP-GAHOU,
CATHERINE
Moi... M. Bertrand?...
BERTRAND
Certainement... il ne tient qu'à vous que tout cela s'arrange , parce que maître Raimbaud ne peut pas m'en vouloir d'épouser une de ses pupilles, au lieu de l'autre. Catherine, avec joie.
Que dites-vous J comment, M. Bertrand, vous voulez que je sois votre femme?...
BERTRAND
Je vous le demande en grâce... par pitié et par mesure de sûreté générale...
Eh , mon Dieu ! c'est qu'il n'est plus temps...
BERTRAND
Qu'est-ce que cela signifie?
CATHERINE
Que ce jeune homme que tantôt j'ai amené ici , ce monsieur Hubert...
BERTRAND
Eh bien ?
CATHERINE
Eh bien... il m'a fiancée... et je dois l'épouser...
BERTRAND
Là, encore une... il est donc enragé... Mais j'espère que votre oncle Raimbaud, qui sait ce qui en est, ne consentira pas à une union aussi périlleuse... CATHERINE.
Au contraire*., c'est qu'il y consent, c'est qu'il me l'a ordonné... et je n'ai jamais vu un trouble pareil au sien, il ne savait plus ce qu'il disait! BERTRAND.
Et lui aussi aura eu peur des suites. ..11 y ades gens qui n'ont pas plus de caractère... laisser entrer dans sa famille un être qui n'a ni feu ni lieu !.. donner son nom à des louveteaux !ob !... Mais enfin. mademoiselle, achevez; quand ce beau mariage-là doit-il avoir lieu?...
SGÈNE XL 33
CATHERINE
Demain probablement... car ce soir, près de la Tourelle, je dois aller retrouver mon fiancé...
BERTRAND
Qu'entends-je?... ce soir... dans le bois, près de la Tourelle... il vous y a donné rendez-vous?
CATHERINE
Oui, sans doute... à neuf heures.
BERTRAND
Neuf heures! juste au moment fatal, le moment... le moment où son autre caractère se développe... et votre tuteur a pu y consentir?., fraîche et appétissante comme vous êtes, il a pu vous exposer... il faut ne pas être homme pour souffrir une pareille idée, et je ne la souffrirai pas.
CATHERINE
Que voulez-vous dire?
BERTRAND
Que je puis vous sauver la vie en délivrant le pays et gagner la récompense promise... parce que, grâce au ciel, voilà enfin une occasion, et je ne la laisserai pas échapper... Les arquebusiers et les forestiers sont là; ils n'attendent plus que le signal...